Chapitre 1
Ecrit par Spice light
Marie-Danielle YILU
Assise au bas de mon lit, j’essuie une énième larme qui menace de couler.
Je ne pleurerai plus pour un homme, m’étais-je juré. Et pourtant, je me sens faible.
Michée… je le croyais être mon idéal. Mais bon, deux ans de relation pour m’annoncer qu’il ne voyait pas l’importance d’une histoire où l’on ne se croisait que deux fois par an.
Mais au fond, c’est la faute à qui ?
J’ai toujours été casanière. Les sorties n’étaient pas mon fort, mais pour lui, je faisais des efforts. Parfois, je lui proposais des rendez-vous qu’il déclinait. Puis chacun de nous est parti étudier dans des villes différentes.
Lorsqu’il est rentré chez ses parents pour les vacances, il m’a mis une pression énorme pour que je vienne aussi. Je venais à peine de déposer mes travaux de fin d’année et j’ai profité du mariage d’une cousine pour justifier ma venue précipitée.
Le jour du mariage civil, je n’y suis pourtant pas allée, prétextant le rangement de la maison et le manque de place dans le véhicule. Lorsqu’ils sont partis à l’état civil, j’ai moi aussi levé le camp pour aller voir Michée chez l’un de ses amis, où nous avons couché ensemble. Je suis rentrée cinq minutes avant les parents.
J’avais déjà vingt ans, mais c’était ma nature. Et au vu de notre éducation, le seul homme à présenter aux parents était celui qui allait t’épouser. Je devais donc gérer ma relation discrètement. Mes cousines et cousins le connaissaient, mais les sorties entre filles étaient interdites. J’ai grandi dans ce cadre-là.
Aujourd’hui, plus de huit mois après notre rupture, j’ai toujours mal.
Je me lève et vais m’installer à la véranda. Notre parcelle est clôturée de fleurs, comme la plupart de celles du quartier.
Je prends une chaise et contemple les enfants qui jouent sur un terrain juste en face de chez nous.
Ce terrain, quand j’étais toute petite, on l’appelait MIPEPE (envoûtement ou problème). Aucun match ne s’y jouait sans qu’une bagarre n’éclate. Aujourd’hui, les choses ont changé. Le terrain a été racheté et il faut désormais payer pour y jouer. Les enfants se tiennent donc à carreau. Les parents les inscrivent officiellement, et plus question de bagarres à la fin des matchs.
— Depuis que je t’appelle, tu es distraite. Pourquoi ?
— Hein ? Je réponds à l’ouest. Que se passe-t-il, Zaïre ?
— Je t’appelle, tu ne réponds pas, et pourtant j’étais juste devant toi. Toujours accroché à ton téléphone… Un jour, je le balancerai contre le mur.
— Tu exagères. Et puis, sache que je suis plus grande que toi, répondis-je, exaspérée. Que veux-tu ?
— Tes parents t’appellent. Ils sont chez nous.
— Hum… attends-moi, on part ensemble.
— Moi, je vais à la répétition. Dimanche, je viens te chercher pour l’église ?
— Non, merci pour la proposition.
— D’accord. À plus tard, bébé.
— À plus.
………
Aujourd’hui, c’est mon départ. Les petites vacances sont finies ; je rentre donc à Stonvilles. Ville-Ange va tellement me manquer.
Je ferme mon sac et le dépose au salon. Et qui vois-je assis avec mes parents et mes frères ?
Zaïre. Ce garçon aime trop me coller.
Je me souviens que, lorsqu’il était enfant, il aimait renifler les aisselles de tout le monde et enfouir sa tête sous l’épaule de quelqu’un pendant son sommeil. Il a grandi ainsi… sauf qu’il ne renifle plus. Je suis sûre qu’il a dû humer une mauvaise odeur.
— C’est moi qui te raccompagne à l’agence de voyage.
— Sérieux ? dis-je en regardant Siméon et Masiya, mes frères.
— J’ai un rendez-vous professionnel à 8 h, je ne peux pas t’accompagner, dit Siméon.
— Et moi, j’accompagne maman à l’hôpital, réplique Masiya.
— Papa ? dis-je en regardant mon père.
— Marie-Danielle, va avec Zaïre. Ce n’est pas un inconnu.
— C’est votre neveu à tous, ajouta-t-il.
— Ah non, hein ! Pas son neveu, plutôt son amoureux, dit Zaïre très sérieusement.
— Mais vraiment ! s’exclama Masiya en éclatant de rire, bientôt suivi des autres.
Énervée, je prends mon sac et sors sans leur dire au revoir.
— Mais au revoir quand même, la fille ! me lance maman en riant derrière moi.
Je retourne vite à l’intérieur leur faire la bise, puis sors, suivie de Zaïre.
Nous nous installons dans le véhicule — le nôtre, il n’y en a que deux.
— J’étais sérieux tout à l’heure, Marie-Danielle, me dit-il.
— À propos de quoi ?
— Je suis ton amoureux, dit-il en regardant la route.
— Tu es N.O.T.R.E N.E.V.E.U, comme l’a dit mon père.
— Non, Marie-Danielle. Nous ne sommes pas une famille, mais si tu me laisses une chance, nous le deviendrons pour la vie, dit-il en me regardant, tout en se garant sur le parking de l’agence.
— Nous sommes arrivés, et c’est tant mieux, répondis-je en prenant mon sac sur la banquette arrière. Sur ce… à mes prochaines vacances.
Je descends et disparais dans la foule.
Zaïre ZINGA
Je regarde Marie-Danielle disparaître dans la foule.
Comme je l’ai dit à son père, je ne suis pas son neveu, mais bien son amoureux, et cela ne changera pas. Elle a vingt ans et moi dix-sept, mais je m’en fiche.
Le plus important, c’est mon amour pour elle.
J’ai mal chaque fois qu’elle souffre d’une rupture. Elle me répète souvent que ce n’est pas encore le moment. Mais aujourd’hui, j’ai tenu à être clair, même si elle a fui la conversation.
Les YILU vivent dans notre quartier depuis plus de douze ans. Mes parents — en réalité mes grands-parents — sont leurs plus proches amis depuis leur déménagement. À l’époque, j’étais très petit, trois ans peut-être, mais j’ai très vite accroché à Marie-Danielle.
En grandissant, je me suis dit que c’était mal et j’ai pris mes distances dès l’âge de dix ans. Mais il y a deux ans, j’ai compris qu’il me la fallait.
Je sais que les gens parleront, mais je m’en moque. Je suis prêt. Les relations entre nos familles prendront sûrement un coup, mais on finira par arranger les choses. Et ainsi, nous deviendrons une vraie famille.
Je compte l’épouser plus tard. Mais dès l’année prochaine, je dois voyager vers le plus grand pays du football. Avant cela, je veux que Marie-Danielle m’attende.
Je reviendrai pour elle.
Et je l’aime.
Mais avant tout, voici un aperçu de ma famille…
Les ZINGA.