Chapitre 21 Le Goût des Lèvres

Ecrit par belleetrebelle

Le matin de Noël enveloppa la maison sur la colline d'une lumière dorée et tendre.


Les enfants se réveillèrent les premiers, comme toujours. Reine trottina vers ses parents, ses petits pieds nus claquant sur le carrelage, et grimpa sur le canapé où ils étaient restés assis. Maël la suivit de près, encore à moitié endormi, son ballon sous le bras par réflexe. Noé, plus lent, apparut dans l'encadrement de la porte avec son air sérieux des matins difficiles.


« Papa ! Maman ! C'est Noël ! »


Samuel ouvrit les yeux, désorienté une seconde. Clarisse était toujours contre lui, réveillée par le bruit. Leurs regards se croisèrent, complices et gênés à la fois, avant de se tourner vers les enfants.


« Joyeux Noël, mes amours », murmura Clarisse en attirant Reine contre elle.


« Joyeux Noël », renchérit Samuel, ébouriffant les cheveux de Maël.


La matinée fut douce et désordonnée. Ils préparèrent le petit-déjeuner tous ensemble, se bousculant dans la cuisine que Samuel avait laissée volontairement sobre. Noé battait les œufs, Maël beurrait les tartines, Reine « aidait » en renversant la moitié du jus d'orange sur la table. Clarisse riait — ce rire que Samuel n'avait pas entendu depuis si longtemps, cristallin et léger.


Ils mangèrent longuement, prolongeant le moment, repoussant l'instant où il faudrait affronter la réalité du lendemain.



Après le petit-déjeuner, Samuel proposa de faire visiter la maison à Clarisse pendant que les enfants découvraient leur cadeau. 


Elle accepta, curieuse malgré elle. Depuis trois ans, elle n'avait vu que des photos partielles, des angles choisis, des pièces en chantier. Découvrir la maison finie, habitée, vivante — c'était autre chose.


Il commença par le salon, immense et baigné de lumière, avec sa baie vitrée ouvrant sur la véranda et la vue sur la ville.


« Tu voulais un salon ouvert sur l'extérieur, dit-il. Pour que les enfants puissent jouer dans le jardin tout en restant sous surveillance. »


Elle hocha la tête, émue qu'il se souvienne de ce détail.


Il l'emmena dans les chambres des enfants. Celle de Noé, avec son bureau pour les devoirs et ses étagères remplies de livres. Celle de Maël, décorée aux couleurs du foot, avec un ballon siglé en veilleuse. Celle de Reine, peinte en jaune doux, avec des étoiles phosphorescentes au plafond et une collection de poupées sagement alignées.


« Tu as pensé à tout », murmura-t-elle.


« Je voulais qu'ils se sentent chez eux. Qu'ils aient leur espace. Leur refuge. »


Ils montèrent à l'étage. La chambre parentale était vaste, lumineuse, avec un dressing digne de ses rêves d'autrefois. Samuel ouvrit la porte, la laissa regarder, mais n'entra pas. Comme si cet espace était trop intime, trop chargé de sens.


Puis ils redescendirent à la cuisine.


C'était la pièce la plus sobre de la maison. Des placards blancs basiques, un plan de travail fonctionnel, des appareils électroménagers standards. Rien de l'élégance qu'ils avaient imaginée ensemble, des îlots centraux, des crédences colorées, des rangements astucieux.


« J'ai fait le minimum, expliqua Samuel, les mains dans les poches. Je me suis dit que… que c'était à toi de choisir. La cuisine, c'était ton domaine. Je n'ai pas voulu décider sans toi. »


Clarisse le regarda longuement. Dans ses yeux, quelque chose vacillait — une émotion qu'elle ne contrôlait pas.


« C'est joli, Samuel. Vraiment. Tu as fait du beau travail. »


Elle s'approcha de lui, posa une main sur son bras.


« Merci. Pour tout. Pour cette maison. Pour ce Noël. Pour… pour hier soir. »


Il baissa les yeux, incapable de soutenir son regard sans que tout son être ne s'embrase.


« C'est la maison de notre famille, Clarisse. Même si nous ne sommes plus ensemble, elle sera toujours là pour eux. Pour toi. »


Elle ne répondit pas. Mais sa main resta sur son bras, légère, chaude, présente.




Le reste de la journée passa dans une douceur feutrée.


Ils préparèrent les plats ensemble — ceux du traiteur à réchauffer, ceux que Samuel avait cuisinés à honorer. Noé mit la table avec une fierté d'homme en devenir. Maël disposa les serviettes en les froissant à peine. Reine installa ses poupées sur des chaises, pour qu'elles aussi participent au festin.


Le repas fut long, joyeux, bruyant. Ils parlèrent des souvenirs d'avant, des Noëls chez les grands-parents, des cadeaux ratés et des fous rires. Les enfants écoutaient, buvant chaque histoire, construisant leur propre légende familiale.


Après le dîner, ils nettoyèrent ensemble, dans une chorégraphie rodée par des années de vie commune. Samuel lavait, Clarisse essuyait, les enfants rangeaient. Personne ne dirigeait. Personne ne discutait. Cela venait naturellement, comme si le temps n'avait pas passé.


Ils regardèrent deux films, blottis dans les canapés, les enfants finissant par s'endormir un par un, vaincus par l'émotion et la fatigue. Samuel les porta dans leurs lits — Noé trop grand pour être porté, mais il fit semblant de dormir pour recevoir un baiser sur le front.


Quand il redescendit, Clarisse avait commencé à rassembler ses affaires. Les sacs des enfants étaient prêts, près de la porte. Son propre sac était posé sur une chaise.


Le départ était pour demain, mais déjà l'ombre de la séparation planait sur la pièce.


« Je vais t'aider », dit Samuel.


Ils rangèrent en silence, évitant de se regarder, trop conscients de ce que cette nuit signifiait. Quand tout fut prêt, Samuel ouvrit le réfrigérateur.


« Un dernier verre ? »


Elle hésita. Puis hocha la tête.


Ils s'installèrent dans le salon, les lumières tamisées, le sapin clignotant doucement. Le vin était léger, fruité — un de ceux qu'ils aimaient autrefois.


Ils parlèrent du bon vieux temps.


Des premières années, quand tout était simple. Des voyages qu'ils avaient faits, des projets qu'ils avaient eus. De la naissance de Noé, de celle de Maël, de l'attente de Reine. Des rires et des larmes, des disputes et des réconciliations, de tout ce tissu complexe et précieux qui avait été leur vie commune.


Un verre en entraîna un autre.


Samuel sentait le vin lui monter à la tête, mais ce n'était pas l'alcool qui le grisait. C'était elle. Sa présence. Son parfum. La manière dont ses yeux brillaient dans la pénombre.


À un moment, alors qu'elle reposait son verre, sa main effleura la sienne.


Il ne réfléchit pas. Il attrapa sa main, doucement, comme on attrape un oiseau fragile.


Elle le regarda, surprise. Mais elle ne retira pas sa main.


Alors, dans un mouvement fluide, presque inconscient, il l'attira vers lui. Elle se retrouva assise à califourchon sur ses cuisses, ses genoux de part et d'autre de ses hanches, ses mains posées sur ses épaules.


Leurs visages étaient si proches qu'il sentait son souffle, tiède et parfumé.


Il leva une main, caressa sa joue. Elle ferma les yeux une seconde, un frisson la parcourant. Puis elle rouvrit les yeux et le regarda, et dans ce regard, il lut tout ce qu'elle n'avait pas su dire depuis trois ans.


Elle se pencha et l'enlaça, serrée, comme s'il allait fuir. Comme s'il était un rêve qui allait se dissiper.


Il la serra contre lui, respirant l'odeur de ses cheveux, sentant la chaleur de son corps à travers leurs vêtements. Trois ans d'absence, trois ans de manque, trois ans à rêver de ce contact — tout cela se concentrait dans cet instant suspendu.


« Je veux sentir tes lèvres, mon bébé », murmura-t-il contre son oreille. « Tu me le permets ? »


Elle recula un peu, le regarda. Dans ses yeux, il vit le désir, nu, évident. Mais il vit aussi la peur, l'hésitation, le poids de tout ce qui s'était passé.


Puis, sans un mot, elle approcha ses lèvres des siennes.


Le baiser fut d'abord doux, hésitant, comme un premier baiser. Puis plus profond, plus urgent. Trois ans d'abstinence, trois ans de solitude, trois ans à rêver l'un de l'autre sans oser se l'avouer — tout cela se déversa dans cette étreinte.


Ses mains à elle s'enfoncèrent dans ses cheveux. Ses mains à lui parcouraient son dos, ses hanches, redécouvrant chaque courbe, chaque secret.


Sur cette chaise, dans le salon illuminé par le sapin, ils s'embrassèrent comme deux adolescents découvrant leur corps pour la première fois. Lentement, fiévreusement, avec cette urgence douce de ceux qui ont trop attendu.


Quand leurs souffles s'apaisèrent enfin, quand leurs corps retrouvèrent un semblant de calme, Clarisse resta lovée contre lui, son visage enfoui dans son cou.


« T'es un sucre, mon bébé », murmura-t-il, la voix rauque.


« Hummmm », fit-elle, blottie contre lui, les yeux fermés.


Il sentit le désir remonter, irrépressible.


« J'en veux plus, mama », souffla-t-il, ses lèvres contre sa peau. « S'il te plaît. »


Elle se raidit imperceptiblement. Elle leva la tête, le regarda. Dans ses yeux, le désir était toujours là, mais quelque chose d'autre s'y mêlait — de la peur, du doute, la mémoire de tout ce qui les avait séparés.

Le silence de la nuit n'était troublé que par le léger crépitement des guirlandes du sapin et les battements de leurs cœurs mêlés.


Clarisse sentait contre sa cuisse la preuve évidente que Samuel n'était pas aussi apaisé qu'il voulait le paraître. Son corps, lui, ne mentait pas. Il était tendu, dur, brûlant à travers l'étoffe de son pantalon.


Elle aussi. Elle mourait d'envie de le sentir en elle.


Mais la peur, la raison, les trois ans de distance — tout cela pesait encore. Pourtant, quelque chose en elle, de plus fort que la peur, commençait à prendre le dessus.


Sa main, comme mue par une volonté propre, se posa sur lui.


Samuel sursauta, la regarda, incrédule. Était-il en train de rêver ?


Elle ne dit rien. Elle commença à bouger doucement sa main, paume contre l'étoffe, dessinant des cercles lents, appuyés. Ses doigts épousaient sa forme, la mémorisaient, la réveillaient.


« Clarisse… », souffla-t-il, la voix étranglée.


Elle ne répondit pas. Elle se redressa légèrement, et ses doigts entreprirent de déboutonner sa chemise. Un à un, les boutons cédèrent, dévoilant sa peau, son torse qu'elle connaissait par cœur et qu'elle avait tant manqué.


Elle posa ses paumes à plat sur lui, remontant lentement le long de son sternum, écartant les pans de la chemise. Puis elle se pencha et déposa un baiser au creux de son cou, juste là où battait sa carotide, affolée.


Un autre baiser, plus bas, sur sa clavicule. Encore un, au milieu de sa poitrine.


Samuel avait fermé les yeux, la tête renversée en arrière, ses mains immobiles sur ses hanches, n'osant pas bouger, n'osant pas croire à ce qui arrivait.


Quand ses lèvres rencontrèrent les siennes, ce fut le feu vert.


Il n'y alla pas de main morte.


Ses mains à lui, longtemps retenues, longtemps sages, se firent soudain impérieuses. Elles remontèrent le long de son dos, trouvèrent la fermeture de sa robe, la firent glisser. Le vêtement tomba, découvrant ses épaules, sa poitrine nue — elle n'avait jamais eu besoin de soutien-gorge, sa poitrine menue et fière se suffisant à elle-même.


Il attrapa ses seins.


Ses paumes épousèrent leurs courbes parfaites, ses pouces trouvèrent les pointes déjà durcies, les firent rouler doucement sous sa peau. Clarisse gémit contre sa bouche, un son qu'elle retenait depuis trois ans.


Sur la chaise, dans la pénombre dorée du sapin, ils s'aimèrent.


Ce ne fut pas doux. Ce fut urgent, brûlant, désespéré. Elle chevaucha ses cuisses, leurs fronts collés, leurs souffles mêlés. Il la guida, la fit descendre sur lui, centimètre après centimètre, la regardant dans les yeux pour guetter la moindre hésitation, la moindre peur.


Il n'y avait que du désir.


Quand il fut entièrement en elle, tous deux s'arrêtèrent une seconde, immobiles, à goûter cette plénitude retrouvée. Trois ans. Trois ans sans cette chaleur, sans cet abandon, sans cette communion silencieuse.


Puis elle commença à bouger.


Ses hanches ondulaient, lentes d'abord, puis plus rapides. Samuel l'accompagnait, ses mains sur ses fesses, la guidant, la pressant. Chaque mouvement les rapprochait un peu plus de l'oubli, de cette frontière où plus rien n'existait qu'eux deux.


Les gémissements de Clarisse devinrent plus aigus, plus pressants. Elle enfouit son visage dans son cou, mordilla sa peau, laissa échapper des petits cris étouffés à chaque poussée.


« Sam… », haleta-t-elle. « Sam, je… »


« Je sais, mon bébé. Je sais. Lâche-toi. »


Elle explosa contre lui, un long frisson la parcourant des pieds à la tête, ses ongles s'enfonçant dans ses épaules. Il la sentit se contracter autour de lui, vague après vague, et cela suffit à le précipiter à son tour dans l'abîme.


Ils restèrent enlacés, haletants, incapables de bouger, incapables de parler.


Puis, doucement, il la souleva — elle pesait si peu contre lui — et se leva.


« Viens, dit-il, la voix rauque. Je veux te montrer quelque chose. »


Il la porta jusqu'à l'escalier, monta les marches sans la lâcher, ses bras solides la maintenant contre lui. Dans le couloir du premier étage, il poussa une porte.


Leur chambre.


Celle qu'il avait conçue pour eux, avec le grand lit king-size qu'elle avait toujours rêvé d'avoir, les rideaux de lin blanc que le vent ferait danser, la vue sur les collines de Yaoundé.


Il l'allongea sur le lit, doucement, comme on pose un trésor. Puis il se déshabilla complètement, sans hâte, laissant son regard à elle boire chaque parcelle de son corps.


Elle tendit les bras vers lui.


Il vint.


Cette fois, ce fut différent. Plus lent, plus profond, plus tendre. Ils avaient le temps. Ils avaient la nuit. Ils avaient cette chambre qu'il avait construite pour eux, sans jamais savoir si elle y poserait un jour la tête.


Ses lèvres à lui redécouvrirent chaque centimètre de sa peau. Son cou, ses épaules, la courbe de ses hanches, l'intérieur de ses cuisses. Elle se tordait sous ses caresses, suppliait sans mots, l'attirait contre elle avec une faim que les années n'avaient pas émoussée.


Quand il entra en elle, ce fut comme une prière exaucée.


Ses gémissements à elle, ses râles à lui, se mêlèrent dans le silence de la chambre, s'élevèrent, emplirent l'espace de leur musique intime. Ils firent l'amour longtemps, changeant de position, ralentissant, accélérant, se perdant et se retrouvant.


Elle finit par s'endormir dans ses bras, épuisée, comblée, la tête sur sa poitrine, sa main sur son cœur.


Il resta éveillé un long moment, à regarder le plafond, à écouter sa respiration, à goûter la douceur de ce qui venait d'arriver.


Il ne savait pas ce que demain serait. Il ne savait pas si elle resterait, si elle partirait, si tout cela n'était qu'un répit avant la prochaine tempête.


Mais ce soir, pour cette nuit, elle était là. Dans ses bras. Dans leur lit. Dans la maison qu'il avait construite pour elle.


Rien d'autre ne comptait.



Le petit matin les surprit enlacés.


La lumière filtrait à travers les rideaux de lin, dessinant des ombres dorées sur leurs corps nus. Samuel fut réveillé par une sensation de chaleur, de plénitude. Clarisse était lovée contre lui, dos contre torse, ses fesses pressées contre ses cuisses, sa main posée sur la sienne.


Il sourit dans la pénombre. Il n'osait pas bouger, de peur de briser le charme.


La porte s'ouvrit soudainement.


Maël apparut dans l'embrasure, ses cheveux en bataille, son pyjama froissé. Il cligna des yeux, mit une seconde à comprendre ce qu'il voyait.


Papa et maman. Dans le même lit. Tout nus.


Ses yeux s'écarquillèrent. Un grand sourire illumina son visage.


Il tourna les talons et dévala l'escalier en hurlant :


« NOÉ ! REINE ! VENEZ VITE ! PAPA ET MAMAN ILS SONT EN TRAIN DE DORMIR ENSEMBLE DANS LE GRAND LIT ! »


Samuel éclata de rire. Clarisse, réveillée en sursaut, enfouit son visage dans l'oreiller en gémissant.


« Oh non… »


Les pas précipités des enfants résonnèrent dans l'escalier. Noé arriva le premier, essoufflé, un sourire en coin. Reine trottina derrière, son doudou traînant par terre.


Ils s'arrêtèrent sur le seuil, regardant leurs parents, hilares et gênés à la fois.


« Vous vous êtes réconciliés ? » demanda Noé, avec cet espoir qu'il n'osait plus formuler depuis longtemps.


Samuel regarda Clarisse. Elle le regarda aussi. Dans ses yeux, il lut la même question, la même incertitude.


Il prit sa main sous les draps.


« On est en train d'essayer, mon grand. On est en train d'essayer. »


Maël, lui, ne s'embarrassa pas de nuances. Il sauta sur le lit, atterrissant entre eux, suivi de près par Reine qui grimpa sur le ventre de Samuel.


« Trop bien ! Vous êtes encore amoureux ! »


Noé, plus réservé, s'approcha lentement et s'assit au bord du lit, observant ses parents avec une intensité grave.


« C'est pour de vrai, cette fois ? demanda-t-il. Pas juste pour Noël ? »


Clarisse sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle tendit la main vers son fils aîné.


« Viens là, mon grand. »


Noé se glissa dans ses bras, et soudain, ils furent tous les cinq entassés dans le grand lit, un enchevêtrement de bras, de jambes, de rires et de larmes.


« C'est pour de vrai, murmura Clarisse contre les cheveux de Noé. On va essayer. Pour de vrai. »


Samuel la regarda par-dessus les têtes des enfants. Dans ses yeux à elle, il vit la même peur, la même espérance, la même fragilité.


Mais il vit aussi autre chose. Une promesse.


Celle qu'ils allaient essayer. Vraiment. Pas à pas. Sans certitude, mais avec tout l'amour qu'ils n'avaient jamais cessé de se porter.


Dehors, le soleil se levait sur Yaoundé, baignant les collines d'une lumière neuve.

Dans la chambre, une famille se réinventait.

C'était fragile. C'était imparfait. C'était tout ce qu'ils avaient.

Et pour l'instant, cela suffisait.

« Sam, s'il te plaît… ne faisons pas ça. »


Il la regarda longuement. Il vit son combat intérieur, la guerre entre ce qu'elle voulait et ce qu'elle s'autorisait. Il vit la fragilité derrière la force, l'envie derrière la raison.


Et il comprit.


« Okay, dit-il doucement. Si tu ne veux pas, je ne veux pas forcer. C'est pas grave. »


Il la serra dans ses bras, simplement. Pas de geste brusque, pas de frustration. Juste une étreinte apaisante, rassurante.


« C'est pas grave, répéta-t-il contre ses cheveux. On a tout notre temps. Ou pas. Mais ce soir, je suis là. Tu es là. C'est déjà beaucoup. »


Le corps de Clarisse se détendit contre lui. Ses bras, qui avaient commencé à se crisper, l'étreignirent à nouveau, mais différemment — plus confiants, plus abandonnés.


Leurs respirations ralentirent ensemble, s'accordant comme deux instruments qui retrouvent leur harmonie.


Ils restèrent ainsi longtemps, enlacés sur cette chaise, bercés par le clignotement doux des guirlandes et le silence de la nuit.



Partir après la prem...