Chapitre 3

Ecrit par Spice light


– Noëlle ZINGA –



— C’est qui qui rit comme une truie dans le salon ? demandé-je depuis la cuisine, exaspérée.


Les rires cessent immédiatement, mais je sors quand même voir.


Une fille est assise à côté de Balzac.


— Bonjour… dit-elle en chuchotant.


— C’est à moi que tu murmures ainsi ? demandé-je, agacée.


— Eh Noëlle, pardon… tu n’as pas à mettre mon invitée mal à l’aise, intervient Balzac.


— Tssuip ! Ton invitée a trop quoi sur elle ? N’importe quoi, dis-je en retournant à la cuisine.


Aujourd’hui, exceptionnellement, j’ai décidé de faire à manger.


J’ai eu Zaïre à 19 ans. À peine le bac terminé, j’étais enceinte.

Tout ce que je voulais, c’était vivre avec mon homme.


Jany était débrouillard. Les filles se battaient pour lui.

J’avais fait exprès de tomber enceinte pour sécuriser ma place… Je secoue la tête en y repensant.


J’étais jeune. Follement amoureuse.

Et aujourd’hui, malgré tout, je remercie cette petite fille d’il y a dix-sept ans. Sans elle, je serais peut-être sans enfant.


Papa n’était pas d’accord pour que je vive avec Jany. Il l’a même fait enfermer.

C’est son grand frère, Zaïre, qui avait payé la caution.


Pendant ma grossesse, Jany était présent. Vraiment présent.

Le jour de mon accouchement, il a réservé le taxi pour toute la journée tellement il était ému.


— Notre fils s’appellera Zaïre pour remercier mon frère. Et on ajoutera le nom de ton père pour apaiser les tensions, avait-il dit.


Mais un an plus tard, il a recommencé à courir les femmes.

Partout.


Alors moi aussi, j’ai voulu faire pareil.

Je sortais avec d’autres hommes pendant que je vivais encore chez lui.


Quand il l’a appris, la dispute a été violente.

J’ai pris mon fils et je suis rentrée chez mes parents.


Il venait voir son enfant. Toujours.

Mais il m’ignorait. Comme si je n’existais plus.


Cette indifférence me détruisait.

Alors j’ai multiplié les conquêtes.


J’ai avorté cinq fois après Zaïre.


La dernière grossesse a failli me coûter la vie. Infection, typhoïde… tout en même temps.

On m’a retiré les trompes.


J’ai passé plus d’un an à l’hôpital.


Mon fils n’avait que cinq ans.

Son père avait quitté la ville.

Et moi, j’étais clouée dans un lit.


C’est à ce moment-là qu’il s’est rapproché de ses oncles.

Et ça, j’aime ça.


Aujourd’hui, je ne peux plus avoir d’enfants.

Et j’ai perdu totalement l’audition de l’oreille gauche.


Alors oui, je veille.


Une fille trop polie ? NON.

Trop parfaite ? NON.

Trop douce ? NON PLUS.


Je sais reconnaître le danger.


Et cette fille assise dans mon salon avec Balzac… je ne la sens pas.


— Au lieu de fouiner partout, tu ferais mieux d’appeler ton fils. Les résultats du bac viennent de tomber, dit mon père en ouvrant le frigo.


— Je ne fouine pas, papa. Je m’intéresse à ma famille.


— À la vie des membres de ta famille, nuance, répond-il en sortant.


Maman est dans sa boutique à l’entrée du quartier.

Aujourd’hui, j’ai voulu me reposer.


Mais je n’ai jamais su me reposer vraiment.





– Zaïre ZINGA –



Attendre les résultats du bac m’angoisse.


On ne sait jamais ni le jour ni l’heure. Chaque notification me fait sursauter.


Ces derniers temps, je passe plus de temps dehors avec mes amis. Après les résultats, chacun prendra sa route. Certains, on ne se reverra peut-être plus.


Nous sommes chez Moïse, dans notre quartier. Ici, tout le monde se connaît. On fréquente les mêmes écoles, les mêmes églises, les mêmes terrains.


On joue à la PlayStation en attendant d’aller au terrain MIPEPE.


Mais mes pensées reviennent à Marie-Danielle.


Le mois passé, j’ai fait une crise de panique en pensant à elle.

C’était la première fois que je me confiais à oncle Balzac.


On était assis derrière la maison.


— C’est délicat comme situation, m’a-t-il dit calmement. Rien n’est impossible… mais ça peut devenir compliqué.


— Compliqué comment ?


— Surtout si maman s’en mêle.


Il parlait de ma grand-mère.

Dans cette maison, quand on dit “maman”, c’est toujours elle.


— Tu sais comment elle est. Elle protège ses filles coûte que coûte.


Je savais.


— Et puis il y a ses filles…


Il parlait de ma mère, Noëlle, et de ma tante.


— Ta mère est très protectrice avec toi. Et ta tante suit toujours son avis. Si elles décident que cette relation n’est pas bonne pour toi, elles peuvent influencer maman. Et quand maman prend position… toute la maison suit.


Je passe une main sur mon visage.


— Alors je fais quoi ?


— Prends un peu de distance. Pas pour fuir. Pour te construire. Reste présent dans sa vie, mais sans provoquer de conflits. Quand tu seras plus indépendant, émotionnellement et financièrement, leur voix pèsera moins lourd.


— Donc je dois attendre ?


— Non. Tu dois te préparer.



— Hey ! Les résultats sont sortis pour les pédagogues ! Pour nous, ça ne saurait tarder ! crie Jordy.


Panique générale.


Je consulte mon solde d’unités.

Je tape mon code.


Réponse immédiate :


Ville-Ange – Bless School Group – Sciences

ZINGA Zaïre : 70 %


Je saute de joie.


Je cours à la boutique de maman.


— Maman ! Je l’ai ! 70 % !


Elle m’embrasse en pleurant.


Je rentre à la maison.

Ya Noëlle pleure aussi. Son unique enfant vient de réussir le bac.


La maison est en euphorie.


Mon téléphone sonne.


Marie-Danielle.


— Allô Zaïre. Félicitations, doudou. Ma mère vient de m’appeler pour le bac.


— Merci, ma chérie. Ton attention me touche.


— Je te laisse célébrer avec les tiens. Bye.


— Bye… je t’aime.


Je le dis dans le vide.


Elle a déjà raccroché.


Et je ne sais pas pourquoi…

mais ce silence me serre plus le cœur que la peur des résultats.


Dilemme 1: AMOUR COM...