Chapitre 10 : Les Filles Pauvres.

Write by L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 10 : Les Filles Pauvres.

**Calvin Harris Otando**

Je roule pendant de longues minutes, la musique à fond dans le véhicule, jusqu’à la plage du lycée Léon MBA. Je me gare sur le parking, devant le restaurant où j’ai rendez-vous avec mes gars.

Je prends quelques minutes, histoire de me remettre de mes émotions. Je me parle intérieurement, me répétant que je me fiche de tout ça et que les paroles de cette femme n’ont aucune importance. Elle peut dire tout ce qu’elle veut avec les vipères qu’elle a pour sœurs ou amies, je n’en ai rien à foutre. De toute façon, je vais bientôt m’en aller loin de ce fichu pays et de toute cette famille de merde.

Je me répète ça en boucle. Mon téléphone sonne, c’est mon père. Je ne décroche pas. Je soupire longuement par la bouche. Dès que je me sens plus ou moins calme, j’arrête la musique et descends du véhicule pour me rendre au restaurant. Mes deux potes sont déjà là, avec le frère de Loïc.

J’arrive à leur niveau, on se salue en code et je prends place.

— Ça dit quoi, le CH ? demande Wilfried, le frère de Loïc.

Je me caresse la tête, un léger sourire aux lèvres.

— On est là, ivounda . On se maintient.

— Mais hier, tu as fait comment ? On t’a cherché.

Je passe une main sur mon visage.

— C’est une histoire de malade. Moi-même, je ne l’ai pas comprise.

— Tu as dit que tu t’es endormi ? intervient Yohan.

— Man, laisse. Je te dis que moi-même ça m’a wise . Je me couche à peine et je pars direct. Quand je me réveille, je sens que oh, il est déjà quatre heures du matin. Je fia .

— Ce n’est pas le sort qu’on t’a lancé ? balance Loïc.

Je le regarde de travers. Il éclate de rire.

— Ah, on ne sait jamais, poursuit-il en riant. Les filles te détestent tellement après t’avoir rencontré que peut-être l’une d’entre elles t’a jeté un sort.

Je fais un rictus.

— C’est ça…

— Ah, tout est possible.

Je hausse légèrement les épaules.

— Hum… Vous avez déjà commandé ?

— Non. On t’attendait, répond Yohan.

— Je suis là maintenant.

Wilfried fait signe à l’une des serveuses qui s’approche. On commande et on attend. Ils en profitent pour me dire qu’ils ont invité quatre filles qu’ils ont rencontrées la veille en boîte. Ils me racontent en même temps comment ça s’est passé. Je rigole à certains moments de leurs histoires ; ils me disent que j’ai vraiment raté un bon show.

Nos commandes arrivent. Nous commençons à boire. Mon téléphone vibre dans ma poche : un message de Winnie.

Winnie F.E : Donc tu ne me permettras pas de te féliciter de vive voix ?

Un deuxième message arrive.

Winnie F.E : Depuis hier, pas de nouvelles.

Un troisième.

Winnie F.E : En tout cas, bonjour quand même. J’espère que tu vas bien.

Le téléphone de Yohan sonne. Il regarde l’écran et sourit.

— Je crois qu’elles sont dehors.

Il se lève.

— Je reviens.

Il s’éloigne.

Je verrouille mon téléphone sans répondre et me tourne vers les deux autres.

— J’espère au moins qu’elles sont jolies, hein. Sinon, je ne paie même pas une seule bouteille à qui que ce soit.

Loïc éclate de rire.

— C’est justement ce qu’on te reproche. Tu es trop sauvage.

— Ris bien… mais tu me know.

Loïc secoue la tête, amusé.

— En tout cas, je pense que tu peux avoir ton compte. Elles sont passables.

Je le fixe avec insistance et ils éclatent tous les deux de rire. Yohan rentre et avec lui sept filles. Je regarde les gars qui en font de même avec moi. On se regarde en mode ‘’what ? '’ Ils ont dit quatre et là elles ont invité tout leur quartier ? Qui va les assumer ?

Je bouge la tête de gauche à droite, des filles pauvres et mendiantes, on les reconnaît à des milliers de kilomètres. 

Yohan, qui est devant elles, nous regarde en nous indiquant avec les yeux que lui aussi est dépassé par la situation. Il me regarde particulièrement et me mime un '’laisse couler’’ avant qu’ils n’arrivent jusqu’à nous. 

Je prends le temps de les regarder  : certaines portent des collants aux motifs du drapeau américain, d’autres multicolores, avec des petits débardeurs croisés dans le dos. Chacune a sa couleur, des ballerines en plastique elles aussi multicolores, et des tresses faites à base de laine rouge et noire. Elles ont des montres-jouets aux bras et du cuivre autour du cou en guise de chaînette.

Yohan fait les présentations et, malgré toute ma bonne volonté, je ne peux pas empêcher un énorme fou rire de sortir. Les gars me regardent avec insistance et je me lève, incapable de me retenir de rire.

— Excusez-moi, dis-je en riant.

Je m’éloigne et sors complètement du restaurant pour rire, jusqu’à devoir prendre appui contre un mur.

— Ça ne se fait pas, man, lance Loïc derrière moi.

Je me retourne pour le regarder. Lui-même peine à garder son sérieux et finit par rire avec moi.

— Gars, arrête ça… arrête, tente-t-il de dire en essayant de se reprendre.

— Mais pourquoi toi-même tu ris ? demandé-je toujours hilare.

— C’est toi qui me fais rire.

Je le regarde en riant et il éclate à nouveau.

— CH, arrête, dit-il en me giflant l’épaule.

Ça m’amuse encore plus.

— Tu es un vrai enfoiré, ajoute-t-il, amusé.

Je ris encore quelques minutes avant de finir par m’arrêter, soufflant bruyamment par la bouche.

— Ah… dis-je en essuyant les larmes qui ont coulé de mes yeux. Vous avez ramassé les danseuses de zaïko là où ?

Il me regarde de travers et je repars de plus belle.

— Ce n’est pas sympa, CH. Arrête ça.

Je reste amusé.

— Blague à part, ce n’est pas bien. Tu as mis les pauvres filles mal à l’aise. On ne fait pas ça.

— C’est ma faute si elles m’ont fait rire ?

— Oui. On go les rejoindre, donc laisse déjà tes rires ici.

Je souffle.

— Ah… Mais je vous préviens, je n’assume pas vos histoires là.

Il me fixe avec insistance.

— Je suis sérieux. Je ne dépense pas mon gain pour ça. C’est bad.

— J’ai compris. On peut y aller ?

Je renifle légèrement.

— Oui.

Il me regarde… et j’éclate encore de rire.

— T’es un vrai con, lâche-t-il en me poussant sur le côté.

Il me faut deux minutes pour me reprendre. Nous finissons par rentrer et je prends sur moi pour garder mon sérieux.

— Vous avez mis du temps, remarque Wilfried.

— J’étais au téléphone, en train de parler avec ma meuf.

Ils me regardent tous les trois avec insistance genre : ‘’tu as une meuf depuis quand ?'’ Mieux je pose déjà le décor pour décourager les bêtises, je ne veux pas me mélanger aux conneries que je vois là. En termes de filles pauvres, j’ai déjà la fille Ella qui occupe cette place, je n’en ai plus besoin. Surtout pas pour me coltiner la qualité-là qui n’a aucun sens de la mesure.

— Vous-mêmes vous savez comment elle est à s’imaginer des choses quand elle ignore où je me trouve, renchéris-je.

— Je vois, lance Wilfried. En tout cas, j’espère que tu l’as rassurée.

— Oui. Je lui ai dit que dès que je finis ici, j’irai la rejoindre.

— Ok.

Au moins là, les choses ont le mérite d’être claires. Pour éviter d’être désagréable, mieux vaut que j’aie une meuf virtuelle.

Je prends une de mes bouteilles, l’ouvre et bois une grande gorgée en me calant dans mon fauteuil pour bien les observer. Apparemment, elles se sont assises selon qui les a invitées, ce qui fait que quatre d’entre elles restent libres. Je les regarde à tour de rôle et me pince la lèvre inférieure pour ne pas éclater de rire. Loïc me cogne le pied sous la table et, quand je le regarde, il bouge subtilement la tête comme pour me dire ‘’ arrête’’.

Je pose ma main devant ma bouche et tourne un peu le visage sur le côté. J’écoute leurs conversations sans y participer. Quand la chicha arrive, je me jette dessus et l’accapare pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce que Yohan prenne l’embout et le redonne à la fille à côté de lui. Quand elle le met dans sa bouche, je fais une grimace.

Il me regarde avec insistance. Il me connaît assez pour savoir que si j’ai dit non, c’est que c’est mort. Je suis trop jeune pour choper les microbes de personnes dont je ne suis même pas sûr qu’elles se brossent les dents au moins une fois par jour, non merci.

— Tu aspires et tu recraches, explique Yohan.

Elle s’exécute et prend deux bouffées.

— Tu aimes ? lui demande-t-il.

Après avoir renvoyé la fumée, elle sourit.

— Oui, ça a le goût de la pomme.

La fille assise à côté de Loïc lève la main.

— Je peux essayer ?

— Oui.

Loïc prend l’embout et le lui tend. Elle tire à son tour, mais avale la fumée et se met aussitôt à tousser.

— N’avale pas, conseille Loïc. Tu tires et tu souffles pour faire sortir la fumée.

Elle réessaie. Cette fois, elle renvoie la fumée correctement.

Les autres filles veulent toutes essayer à leur tour et l’embout fait rapidement le tour de la table. Les gars tirent également dessus.

Yohan finit par me tendre l’embout.

— Tu ne prends plus ?

Je porte ma bouteille à la bouche.

— Je passe mon tour.

— C’est toi qui voulais la chicha.

— J’ai changé d’avis.

Je me mure dans mon silence en descendant mes bouteilles. Deux heures plus tard, on change de coin pour aller chez Jacky Cochon où l’on mange. Après ça, on fait un tour dans une piscine privée derrière la Maringa, en enchaînant les cocktails jusqu’à la nuit. La température monte et les gars commencent déjà à tripoter et doigter ouvertement ces filles. Certains en gèrent même deux chacun. Il y en a une qui reste toute seule et qui n’arrête pas de me regarder.

Mes sens sont en éveil, j’ai vraiment envie de baiser, mais je refuse de tomber dans la bêtise.

Je regarde l’heure à mon poignet : vingt heures trente 

— Il faut que je rentre, dis-je en me levant.

Yohan repousse la fille qui était assise sur ses jambes.

— Comment ça ?

— Je pars rejoindre ma meuf. Tu as oublié ?

Il fronce les sourcils. Je n’ajoute rien et me retourne pour sortir. Il me suit dehors et tente de me toucher.

— CH, attends.

Je m’esquive.

— Ne me touche pas avec tes doigts que tu as trempés partout là.

Il lève les mains, amusé.

— D’accord… mais comment ça, tu t’en vas ?

— C’est quoi mon rôle ici ?

— On s’amuse. Et si tu arrêtes de jouer aux difficiles, tu pourras ken au moins deux ou trois.

— Je ne toucherai pas ces filles.

— Tu es trop compliqué.

Je déverrouille le véhicule.

— Je vais me chercher ailleurs.

— On va faire un tour en boîte dans un moment. Peut-être que tu trouveras ton compte là-bas.

— Je veux trouver mon compte maintenant, Yo. J’y vais.

— Ce n’est pas cool.

Je grimpe dans le véhicule.

— Je suis habitué.

— CH ?

Je démarre sans attendre mon reste. J’ai mon sang qui bouillonne et mes bourses qui sont pleines. Si je reste ici, je vais faire une connerie. 

Je roule pendant plusieurs minutes et quand j’arrive à son carrefour, il est vingt-et-une heures. Je vais garer à son entrée…

PLUS TÔT DANS LA JOURNÉE 

**Winnie Fleur Ella**

Je suis à la maison en train de laver le linge pour ma mère et moi. Je n’ai pas lavé depuis près de trois semaines. J’étais concentrée sur mon examen, et après, ce sont les cordes qui étaient occupées. Les cordes appartiennent à tout le monde : celui qui lave les installe, les autres se débrouillent pour mettre leurs affaires soit sur les murs, soit sur les nattes au sol.

Résultat, je me retrouve avec énormément de linge à laver. Ça m’occupe toute la matinée. À la fin, j’ai les doigts moisis et blancs, mal aux bras et au dos à force de me pencher pour brosser le linge, mais au moins, c’est terminé.

Je prends rapidement ma douche et me pose sur le lit. Je récupère la pommade que Calvin m’avait donnée la dernière fois et la frotte sur mon épaule et le long de ma colonne vertébrale. C’est tellement efficace que je me sens apaisée presque instantanément.

Après avoir rangé la pommade, je m’allonge et regarde mon téléphone pour voir si j’ai reçu des messages, mais rien. Je n’ai aucune nouvelle de Calvin depuis l’appel d’hier pour avoir des nouvelles de son examen. On a à peine échangé cette semaine et on ne s’est plus vus. Je ne sais trop quoi penser de toute cette histoire. C’est sûr que les choses entre nous ne sont plus comme avant, quand on s’écrivait et s’appelait tout le temps.

Je soupire et décide de lui écrire.

Moi : Donc tu ne me permettras pas de te féliciter de vive voix ? 

Moi : Depuis hier pas de nouvelles. 

Moi : En tout cas, bonjour quand même et j’espère que tu vas bien.

J’envoie les trois messages en me rongeant les ongles. J’attends sa réponse en vain. Je relis mes messages pour voir si j’ai dit un mot de travers ou qui a sonné comme si je réclamais quoi que ce soit mais je ne le perçois pas. Alors pourquoi il ne me répond pas ?

Et s’il était avec une autre fille ? pensé-je.

À cette idée, je me redresse et m’assois sur le lit. Il est certainement avec une autre fille, c’est sans doute pourquoi il ne me répond pas et que depuis le dimanche, il n’a pas cherché à me revoir. 

Mon humeur change et la tristesse commence à m’envahir le cœur.

— Winnie ? appelle maman depuis le salon.

— Maman ?

Je me lève pour la rejoindre. Elle est sortie tôt ce matin pour aller je ne sais où.

— Tu n’as pas préparé ?

— Je m’apprêtais à venir le faire. Je viens de terminer avec le linge.

— Il est quatorze heures. C’est quel linge que tu laves depuis le matin qui ne pouvait pas finir ?

Je garde le silence.

— Maintenant moi j’ai faim. Je dois faire comment ? Mourir, non ?

Je ne réponds toujours pas.

Elle s’assied autour de la table.

— Je viens là, je me dis que non, j’ai laissé quelqu’un à la maison qui va préparer… mais je reviens, il n’y a rien ?

— Je pars préparer.

— Et entre-temps, je mange quoi ?

— Je peux d’abord aller te prendre les rognons avec les frites en attendant.

— Je ne veux pas les rognons. Prends-moi le poisson braisé avec les beignets de cinq cents. Ne me prends pas le petit poisson, hein.

— Ok.

Je vais chercher l’argent dans mon sac à la chambre et vérifie combien il me reste. Dans l’argent qu’il m’avait donné pour le bac, j’ai dépensé vingt mille pour mes deux tenues de sport et les chaussures, quinze mille pour le taxi et le repas, cinq mille pour les fournitures – règles, stylos et autres – et cinq mille pour les robes que j’ai portées cette semaine. En tout, quarante-cinq mille. Il me reste donc cinquante-cinq mille sur les cent mille que maman avait laissés.

Dans les trente mille qu’il m’a donnés samedi dernier, maman a pris dix mille. J’ai mis cinq mille en crédit et gardé le reste. Cette semaine, comme je ne suis pas sortie, je n’ai presque rien dépensé. Bon, si, maman m’a emprunté quinze mille, mais comme elle a dit qu’elle me rendrait, je ne considère pas ça comme une dépense.

Je récupère cinq mille dans l’enveloppe et sors de la chambre.

— Tu as combien là ? demande maman.

Je lui montre l’argent.

— Cinq mille.

— Ah ok. Prends-moi donc le crédit de mille francs là-bas… et même un jus. J’ai soif.

— Ok. Je prends quel jus ?

— Le Djino pamplemousse.

Je prends la bouteille et me rends à la route. J’achète le poisson de mille cinq cents, les beignets de cinq cents, un jus et le crédit. Mon billet est quasiment fini.

Je m’apprête à sortir quand une petite voisine me bloque à la porte.

— Winnie, tantine Flora a dit de prendre aussi la bouteille d’huile, annonce Janys.

Je la prends. Finalement, il ne me reste que six cents francs. Je retourne à la maison avec la petite, à qui je donne les cent francs du haut, puis je me sépare d’elle.

— Tu as vu Janys ? demande maman.

— Oui. J’ai pris l’huile. Le crédit est arrivé ?

— Oui. Merci.

Je lui donne sa commande et me rends à la cuisine pour préparer.

Depuis le salon, elle m’interpelle :

— Tu m’as dit hier que Calvin a eu le bac, non ?

— Oui.

— Mais pourquoi, depuis là, il ne t’a pas encore appelée ?

— Je ne sais pas.

— Toi, tu l’as appelé ?

— J’ai appelé hier et je lui ai écrit aujourd’hui. Il ne m’a pas répondu.

— Mais il faut rappeler. Tu dois toujours tout faire pour qu’il pense à toi.

Je garde le silence.

— Tu sais qu’il ne reste que quelques semaines. S’il ne te voit pas, il va te donner l’argent comment ?

Je ne réponds toujours pas.

— Tu sais que vous êtes nombreuses… et toi tu es là à ne pas te faire remarquer. Finis de préparer, tu vas l’appeler.

Je ne dis rien et m’attelle à ma tâche.

Quand je termine, je la trouve endormie sur la chaise. Elle a tout mangé et a également fini le jus. Je débarrasse puis je viens la réveiller.

— Maman ?… Maman ?

— Hum ?

— Va dormir à la chambre.

Elle se gratte le cou.

— Il est quelle heure ?

— Seize heures trente.

— Ah…

Elle s’étire.

— J’ai mal au corps. Le travail du ménage est en train de me tuer. C’est à cause de ça que je te conseille ici tous les jours.

Je garde le silence.

Elle se lève et part dans la chambre. Je ferme la porte de l’intérieur et vais moi aussi me coucher, avec des idées plein la tête. Le sommeil m’emporte sans même que je m’en rende compte.

Lorsque j’ouvre les yeux, il est déjà dix-neuf heures.

Je me lève pour aller retirer le linge de la corde. Au retour, ma mère est au salon devant la télévision.

— Ça a séché ?

— Une partie seulement. Je vais remettre à la corde demain matin.

— Ok.

Je vais ranger, puis je me sers à manger avant de revenir m’asseoir.

— Pardon, sers-moi aussi là-bas. Je n’ai pas encore mangé.

Je retourne dans la cuisine et le fais. Nous mangeons toutes les deux puis nous nous installons devant la télévision après le repas.

Le temps passe sans qu’on ne s’en rende compte, jusqu’à ce que mon téléphone sonne sur la table. Je regarde l’écran et je suis surprise par la personne qui appelle.

— Pourquoi tu écartes les yeux ? demande maman.

— C’est Calvin qui m’appelle.

— Mais tu attends quoi pour décrocher ?

Je réponds.

— Allô ?

— Je suis à ton entrée, dit Calvin.

— Hein ?

— Je suis pressé, Winnie. Ne me fais pas attendre.

La ligne coupe.

— Il dit quoi ? demande maman.

— Il est à la route.

Elle me regarde.

— Tu fais quoi encore assise là ? Lève-toi rapidement, tu vas le rejoindre. Regardez-moi les choses.

Je me lève, enfile mes babouches et sors avec mon téléphone en main pour le rejoindre. C’est à mi-chemin que je me rends compte que ma robe n’est pas terrible et que mes babouches… ce sont les pac-pac . Si je retourne me changer, je vais encore perdre du temps. Je soupire et me présente ainsi devant la voiture. Je toque à la vitre et il déverrouille pour me permettre de monter, ce que je fais. 

Il se décale sur le côté et me regarde de la tête aux pieds à deux reprises, la lumière est allumée dans le véhicule.

Je me gratte l’arrière du cou.

— Je n’ai pas eu le temps de me changer… tu as dit que tu étais pressé.

Il lève les yeux au ciel.

— C’est le clou du spectacle. Vraiment, aujourd’hui j’ai été servi.

Je garde le silence.

Il coupe la lumière du véhicule puis démarre.

— Mets ta ceinture.

— Où est-ce qu’on va ?

— Dans un endroit moins bruyant… où on pourra être à l’abri des regards.

J’arque un sourcil.

— J’ai envie de baiser… 


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