Chapitre 1 : Mon Chéri.

Ecrit par L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 1 : Mon Chéri.

Winnie Fleur Ella

Je sors de ma classe contente d'apprendre que le dernier cours n'aura pas lieu, notre prof a dit qu'il ne viendra pas. Ne vous méprenez pas, hein, j'aime l'école. Feu mon père me disait souvent : « ma princesse, quand on est enfant de Makaya, c'est-à-dire pauvre, on doit aimer et faire l'école parce que c'est notre principale porte de sortie. » Prenant cette phrase au sérieux, je me suis évertuée à la mettre en application. C'est ainsi que depuis le moment où j'ai eu l'âge obligatoire pour aller à l'école, six ans au Cours Primaire Élémentaire 1 (CP1), je n'ai jamais redoublé, j'ai toujours occupé la première place et raflé tous les tableaux d'honneur. C’est le manque de moyens qui fait qu'ils sont tous empilés dans une caisse à la maison, sinon ils joncheraient les murs de notre salon. 

De plus, j'ai dû sauter une classe, le Cours Moyen 2 (CM 2) pour me retrouver en sixième parce que j'avais passé mes examens en candidate libre en classe de Cours Moyen 1 (CM 1). Et tout comme pour le reste, j'avais fini première de mon centre devant les élèves de ce niveau, ce qui fait que je me retrouve en terminale D à dix-sept ans au lycée d'État de L'estuaire. Donc, j'aime et je fais l'école. 

Pourquoi donc suis-je contente de ne pas avoir mon dernier cours aujourd'hui ? Eh bien, parce que j'aurais le temps d'aller voir mon chéri—je ris. Eh oui, j'ai mon chéri qui apprend au lycée français Blaise Pascal. 

Vous l'aurez compris : c'est un gosse de riche qui vit dans une cité à Angondjè Château pendant que moi je reste dans les fins fonds de Rio—je ris. Comment s'est-on rencontrés jusqu'à avoir une relation ?

Tout a commencé l'année dernière, alors que nous étions en première. On avait un devoir de groupe qu'on devait exposer et, avec les autres membres, on restait souvent tard au lycée pour travailler. 

Ce jour-là, nous avions fini autour de seize heures et avions marché jusqu'aux charbonnages. Une des filles nous avait entraînées fouiller le moutouki  chez un de ses abonnés qui vendait quand même des habits de qualité et après là, elle nous avait emmenées boire un jus dans un fast-food qui se trouve à quelques mètres du lycée en question. 

Nous étions assises et il y avait naturellement beaucoup d'élèves de cet établissement, il était dans un coin avec ses amis. Je ne l'avais pas remarqué franchement, je n'avais pas la tête dans les histoires des garçons et je n'étais pas là pour m'attarder sur les visages des gens autour. Autre chose, il était assis derrière moi, donc impossible pour moi de le voir. 

Nous avions fait une heure là, au moment où nous étions sorties de l’endroit, j'avais ressenti une petite tape sur l'épaule, lorsque je m'étais retournée, il se tenait là devant moi et m'avait tendu son téléphone.

— Tu peux mettre ton numéro de téléphone ? dit-il d’un air serein.

Eh oui. Il l'avait fait ainsi, sans aucune forme de procès, aucune formule de politesse, juste une tape à l'épaule et cette demande comme si c'était une chose logique et naturelle que je lui donne mon numéro.

Devant son culot, j'avais arqué un sourcil et lui avais répondu :

— Pardon ? 

— Je t'ai demandé de mettre ton numéro, reprit-il, toujours serein

— Parce que ? dis-je, le sourcil toujours arqué

— Je te le demande, répliqua-t-il en me fixant dans les yeux

— Tchrrr, piaffai-je.

J'avais tourné mes talons et j'étais partie avec les deux autres filles. Non mais il se prenait même pour qui ?

— Non mais y a des personnes qui se prennent quoi. Genre, il croit trop que les gens sont à sa botte, koh mets ton numéro, commenta Precally, l'une des filles

— Même pas un bonsoir ou un s’il te plaît pour essayer quand même de faire un peu genre. Tu sens un pourri gâté, renchérit Cynthia

— C'est ça les enfants des riches, des mal élevés qui ne respectent personne et pensent que tout leur est permis et que le monde leur appartient, ajouta Precally

— Conneries, dit Cynthia

— Vraiment les vraies conneries. Pardon, on zappe, il faut laisser ce fou, dis-je

— Ouais. Tu vas prendre les bus de l'autre côté, non ? demanda Precally, changeant de sujet.

— Oui. J'espère que je ne vais pas trimer là-bas, dis-je

— Non, y a toujours des bus là-bas pour Rio, dit Cynthia

— Ok. Bon les filles, on se voit demain au lycée, dis-je

— Ok, acquiescèrent-elles.

On s’était fait la bise, puis j’avais pris mon chemin pour aller monter un peu plus loin dans le bus. Cette histoire s’était arrêtée là… du moins, je le croyais.

Pourtant, le lendemain, à ma sortie du lycée, une voiture était garée devant le portail. Quand nous étions passées à côté, le chauffeur avait klaxonné et baissé la vitre. En regardant son visage, je l’avais reconnu. Comme la première fois, j’avais piaffé, puis tourné les talons pour m’en aller avec les autres.

Le jour d’après, et tous les autres jours pendant près de trois mois, il était là. Ma réaction restait la même à chaque fois, jusqu’au jour où il avait arrêté. La première fois, j’avais trouvé ça étrange et, même si je faisais genre d’être neutre et détachée, je ne cache pas que j’avais ressenti un pincement au cœur en ne voyant pas sa voiture devant le lycée.

Un jour était devenu deux, puis trois, puis une semaine entière durant laquelle je m’étais posé énormément de questions sur lui. Pourquoi ne venait-il plus ? Avait-il eu un problème ? S’était-il lassé ? Est-ce que je ne l’attirais plus ? Était-il passé à autre chose ?

Malgré moi, un malaise s’était installé, une sorte de vide qui s’était glissé dans mon cœur. Sans m’en rendre compte, j’avais pris l’habitude de le voir là… et de l’envoyer balader.

D’un autre côté, il faut être honnête : ce gars était vraiment beau. Non pas que je le voulais, mais c’était quand même flatteur de se faire draguer par quelqu’un de sa trempe. Beau, presque métis, le teint très clair, toujours propre sur lui, roulant en grosse voiture et, en plus, élève au lycée français — ce n’était pas courant.

C’était tout ça qui me peinait. J’avoue que, quelquefois, en passant en bus devant son lycée, je jetais des coups d’œil pour voir si je l’apercevrais. Mais rien. J’avais fini par me faire une raison.

Puis, un soir, alors que je rentrais des cours et que je quittais le carrefour pour longer la piste qui menait chez moi, j’avais entendu un klaxon particulier. Un son familier, parce que oui, il avait une façon bien à lui de klaxonner, rien à voir avec les autres.

Instinctivement, j’avais tourné la tête dans la direction du bruit. Mon regard s’était arrêté sur une voiture que je n’avais jamais vue auparavant, aux vitres teintées. Une seconde plus tard, il les avait baissées et nos regards s’étaient accrochés. C’était lui. Il était là, à quelques mètres de moi. Il était revenu.

Aussi fou que cela puisse paraître, j’avais été heureuse de le revoir après presque deux semaines de silence. Il était là, dans mon quartier. En réalisant ça, je m’étais aussitôt reprise : que faisait-il là ? Et surtout, comment avait-il su où j’habitais ?

Après quelques secondes à nous regarder, je m’étais approchée de la voiture et, une fois près de lui, j’avais croisé les bras contre ma poitrine.

— Je peux savoir ce que tu fiches ici ? demandai-je, visage fermé

— Peux-tu mettre ton numéro de téléphone ? répondit-il en me tendant son téléphone, me fixant dans les yeux

— C'est une blague ? dis-je en arquant un sourcil

— …

— Tu crois que je vais te donner mon numéro de téléphone avec cette façon de me le demander ? repris-je. Je ressemble à une personne qui est à ton service ? Tu te prends pour qui ? 

Il m’avait fixé dans les yeux, neutre

— N'importe quoi, lançai-je

J'avais tourné les talons et j'avais fait quelques pas puis j'étais revenue lui arracher son fichu téléphone des mains pour mettre mon numéro.

— Voilà, tu peux maintenant me ficher la paix ? dis-je en balançant son téléphone dans sa voiture

Il m’avait regardée et avait esquissé un faible sourire — le tout premier que j’avais vu de lui. Il était incroyablement beau.

Et là, sans prévenir, il avait remonté ses vitres et était parti, me laissant sur le cul, bouche bée. Il venait de se passer quoi, là ?

— Il est parti ? C’est tout ? m'interrogeai-je toute seule.

Je suis restée debout quelques minutes, puis je suis rentrée chez moi avec un tas de questions dans la tête. Ces questions m’ont hantée pendant deux mois et demi, sans aucune nouvelle de lui.

J’avoue que je ne connaissais rien aux histoires de garçons : je n’en avais jamais eu avant, et tous ceux qui m’avaient draguée jusque-là n’avaient jamais été insistants comme lui. Mais là, je ne comprenais pas. Le gars m’avait harcelée tous les jours pendant trois mois pour avoir mon numéro, et maintenant qu’il l’avait eu… plus rien. Zéro appel, zéro message, même pas un bip. Il avait donc fait tout ça pourquoi ?

J’en avais parlé avec les filles, et nous avions émis des théories : peut-être que mon numéro ne s’était pas enregistré dans son téléphone, qu’il avait perdu son téléphone, qu’il était occupé, ou qu’il avait décidé de laisser tomber… Nous avions exploré plusieurs options, puis fini par lâcher l’affaire. Bien que frustrée, pour une raison que j’ignorais, je m’étais faite une autre raison.

Et un soir, vers vingt-deux heures, j’avais reçu un message classique disant :

Inconnu : Demain après les cours, disons treize heures trente, je serai devant ton portail pour te récupérer, ne me fais pas perdre mon temps. 

J’avais regardé le message et, malgré moi, je m’étais mise à rire nerveusement. Ce type se prenait vraiment pour le nombril du monde, ma parole. J’avais écrit un long message de quatre pages pour lui répondre, mais je ne l’avais finalement pas envoyé, décidant de l’ignorer.

Le lendemain, comme annoncé, il était devant le portail à treize heures trente. Je l’avais vu, nos regards s’étaient croisés, et je suis passée mon chemin pour monter dans mon bus pour Rio. Silence radio le reste de la journée, et le soir, je lui avais envoyé un message.

Moi : Quand tu apprendras ce que c’est que le respect, nous pourrons parler.

Aucune réponse de sa part pendant les deux semaines qui ont suivi. Je ne m’étais pas attardée là-dessus, car mon père était tombé malade pendant cette période, et c’était assez sérieux. Malgré le petit traitement qu’il prenait selon nos moyens, ça n’allait toujours pas.

Un vendredi, alors que je quittais les cours, l’autre-là était arrêté à la route dans sa grosse voiture et m’avait klaxonnée comme d’habitude. Je m’étais approchée pour le remettre à sa place, quand j’avais vu des gens arriver avec un homme qu’ils portaient dans leurs bras, ma mère en pleurs en tête de file. Je m’étais rapprochée pour demander ce qui se passait, et elle m’avait expliqué que mon père faisait une crise et qu’il fallait l’emmener d’urgence à l’hôpital.

Le temps de marcher jusqu’au carrefour m’avait paru long. Contre toute attente, le sauvage là nous avait proposé de nous y emmener. Bien que surprise, ma mère était montée avec mon père et un voisin à l’arrière, moi à l’avant avec lui. Il avait démarré. L’objectif était de nous déposer à l’hôpital général, mais la queue qu’il y avait là-bas nous avait fait changer de plan : direction la polyclinique Chambrier.

— Ah mon fils, pardon, on n'a pas les moyens pour une consultation ici oh, déclara ma mère. Pardon, allons même nous déposer à Melen , je vais te compléter pour le carburant.

— Dans son état si on traîne, ce ne sera pas bon, répondit-il. Ne vous inquiétez pas, je vais payer la consultation.

 Je l’avais regardé avec de grands yeux, et nous étions descendus avec mon père, pris d’urgence. Il avait payé la consultation et même les frais des examens demandés ce jour-là, en plus d’attendre avec nous jusqu’à dix-neuf heures pour les résultats, qui malheureusement se soldèrent par un décès.

Mon père est décédé ce jour-là, et c’est dans ses bras que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Il m’avait laissée faire et m’avait serrée contre sa poitrine en me disant qu’il était désolé. C’est lui qui nous avait ramenés au quartier vers vingt-et-une heures, après que les parents de mon père aient pris le relais pour les formalités de transfert du corps à la morgue. Ma mère l’avait remercié, et il était parti chez lui.

En rentrant, il m’avait envoyé un message, super poli et gentil, en me présentant ses condoléances. Le lendemain après-midi, il était arrivé tout seul à la maison pour me voir, et on m’avait dit que mon ami était là.

Je suis allée le rejoindre, et il était effectivement assis sur une vieille chaise en plastique dans un coin de la cour. J’avais pris un tabouret et m’étais assise près de lui.

Après m’avoir demandé comment j’allais, il m’avait remis un sachet de pâtisseries pour ma mère et moi, en expliquant que, peut-être, on aurait du mal à avoir l’appétit, et que quelques sucreries seraient une bonne alternative.

J’étais vraiment surprise par cette attention, après l’image que je m’étais faite de lui jusqu’à présent. Pourtant, il avait été là pour moi pendant tout le décès, et quand il ne venait pas, il m’appelait ou m’envoyait des messages pour prendre des nouvelles de moi et de ma mère.

Il avait clos l’histoire en me remettant une enveloppe de cent cinquante mille comme sa participation pour le décès. J’étais tellement surprise que j’avais même refusé. Attendez… je ne connaissais même pas son prénom le jour où il me l’avait donné. Aussi fou que cela paraisse, je ne lui avais jamais demandé, et il ne me l’avait pas dit non plus. Concrètement, on ne se connaissait pas, et il me donnait cent cinquante mille ?

Il avait insisté, et j’avais accepté pour pouvoir remettre l’argent à ma mère en précisant que c’était de sa part. Elle n’avait rien dit. Le décès était passé, nous avions enterré mon père, et la vie devait reprendre son cours. Je suis donc retournée à l’école après presque trois semaines d’absence. Heureusement, nous étions quasiment en fin d’année et je n’avais pas manqué d’évaluations importantes.

Avec les filles, nous avons reparlé de lui et de tout ce qu’il avait fait pour ma famille et moi durant cette période. Nous étions arrivées à la conclusion que, sous ses airs prétentieux et irrespectueux, c’était quelqu’un de bien.

Le même jour, il était venu me chercher à la sortie des cours, et bien sûr, je l’avais suivi sans faire de chichi. Nous étions allés dans un petit restaurant où nous avions mangé tout en prenant des nouvelles.

C’est ce jour-là que je lui avais demandé son nom. Il m’avait appris qu’il s’appelait Calvin Harris Otando, mais que tout le monde l’appelait C.H. Il avait dix-sept ans et était en première S au lycée français. Je lui avais dit que je m’appelais Winnie Fleur Ella, seize ans, et que je faisais la même classe que lui. Il m’avait répondu qu’il le savait, qu’il avait appris ces informations durant le décès. J’avais dit ok et l’avais remercié pour tout ce qu’il avait fait pour nous pendant cette épreuve. Il m’avait souri et m’avait dit que ce n’était rien.

Après ce jour, nous nous parlions tout le temps et nous nous voyions de temps en temps. On rigolait beaucoup ensemble sur tous les sujets, sans jamais aborder la question d’une éventuelle relation amoureuse : il n’en avait jamais fait allusion.

Au bout de deux mois d’amitié, je lui avais demandé par message ce qu’il attendait de moi. Il m’avait répondu : “rien”. Frustrée et déçue, je l’étais… parce que, sans le vouloir, mon cœur s’était attaché à lui, et son “rien” n’était pas la réponse que je voulais entendre. D’ailleurs, j’avais boudé quelques jours et je répondais assez froidement à ses messages.

Le week-end de la même semaine, il était venu me chercher au quartier et m’avait emmenée chez lui, enfin, chez ses parents. Il n’y avait personne à part le gardien. Nous n’étions pas allés dans la grande maison, mais plutôt dans les studios à l’arrière. Il m’avait dit que c’était son coin personnel, même s’il avait toujours sa chambre dans la maison familiale.

Comme je le pensais, c’était vraiment un gosse de riche, et le luxe dans son studio m’intimidait presque plus que le fait de me retrouver seule avec lui.

Il m’avait mise à l’aise et m’avait apporté à boire avant de s’asseoir en face de moi. Il voyait que j’étais tendue, alors il s’était efforcé de me faire rire pendant une bonne partie du temps.

— Au fait, j’allais oublier, dit Calvin après près d’une heure. J’ai un cadeau pour toi.

— Un cadeau ? dis-je en posant mon verre de jus.

— Oui, dit-il en se levant. Je reviens.

Il était parti et était revenu avec un petit sachet qu’il m’avait tendu en s’asseyant près de moi. Je l’avais pris et y avais découvert un BlackBerry flambant neuf. C’était le téléphone à la mode, et ce n’était pas n’importe qui qui le possédait.

Je l’avais regardé avec de grands yeux. Moi, je n’avais qu’un petit Alcatel à clapet, plus en très bon état, offert par mon père pour mon BEPC deux ans plus tôt, mais là… je tombais des nues.

— Un BlackBerry ? dis-je, choquée.

— Oui. J’ai demandé à mon père de me le ramener quand il est allé en France voir mon grand frère qui y étudie. Je me suis dit que tu voudrais en avoir un et que ce serait plus facile pour nous de communiquer. La messagerie classique, ce n’est pas trop mon truc, répondit-il en esquissant un faible sourire.

Sans réfléchir, je m’étais penchée et avais posé mes lèvres sur les siennes. Il n’avait pas attendu pour répondre à mon baiser et l’approfondir un peu. Nous nous étions arrêtés au bout de quelques secondes, et il m’avait regardée avec son beau sourire sur les lèvres.

— Pas mal pour une débutante et tes lèvres sont super douces, dit-il en souriant.

 J’avais baissé le regard en me pinçant les lèvres.

— Je préfère quand tu me regardes dans les yeux et…, ajouta-t-il en relevant mon visage, saisissant mon menton.

Il avait à nouveau posé ses lèvres sur les miennes pour un autre baiser – plus profond et plus long que le premier. C'est lui qui y avait mis un terme et avait souris.

— Tu apprends vite, c'est bien, dit-il en souriant. J'ai apprécié ce baiser.

 J’avais répondu à son sourire.

On s’était embrassés une troisième fois, mieux que les deux précédentes. Ensuite, il s’était arrêté et m’avait demandé si j’aimais le cadeau. J’avais acquiescé. Il m’avait aidée à paramétrer le téléphone et, après une petite séance d’apprentissage et une longue période de bisous et câlins, il m’avait déposée au quartier. J’avais montré le téléphone à ma mère, et elle m’avait dit que c’était bien.

La semaine suivante, il m’avait ramenée chez lui, où nous avions commencé avec des caresses assez osées sans en faire trop, puis une troisième fois où j’avais eu droit à ma première séance de léchage. Autant je recevais un cunnilingus qui m’avait envoyée dans les hautes sphères, autant j’avais effectué ma première fellation.

À mon quatrième passage chez lui, il m’avait dévirginée et depuis lors, nous sommes ensemble. Ma mère le sait ; je ne lui ai jamais rien caché, et ce dès le premier jour. Nous étions assez proches à la base, et nous le sommes devenues encore davantage après la mort de mon père, étant donné que nous ne sommes plus que toutes les deux. Oui, je suis enfant unique.

Je disais donc que ma mère était au courant de cette relation dès le début et n’a jamais été contre, surtout parce que, selon elle, il ne m’était d’aucun préjudice. Au contraire, je n’ai que des avantages depuis que je le connais.

Je l’ai dit : mes parents n’ont pas d’argent. Mon père était maçon sur de petits chantiers, et ma mère femme de ménage. La vie n’était pas très rose financièrement : il y avait des jours où nous devions manger du riz sec faute d’autre choix, et parfois le taxi pour aller à l’école faisait défaut.

Mon père avait un cahier de bons chez le boutiquier, avec lequel j’empruntais de l’argent qu’il remboursait dès qu’il le pouvait. Avec sa mort, ça n’allait pas être facile pour nous.

Mais Calvin était là, et me donnait de l’argent sans que je lui en demande. C’était lui qui avait pris en charge mes fournitures scolaires cette année — enfin, il m’avait donné de l’argent pour que je le fasse —, il s’assurait que j’aie toujours de quoi manger, que ce soit au lycée ou à la maison, et me remettait des sous pour tous mes besoins. Je le répète : je ne lui ai jamais rien demandé, il a tout fait de sa propre initiative, et ma mère l’a vu. Elle n’a donc jamais été contre cette relation.

Il m’est déjà arrivé de découcher plusieurs fois pour passer la nuit chez lui, et elle m’a encouragée à le faire. Bref, tout ça pour dire que j’ai mon chéri et que je vais passer l’après-midi chez lui. Il m’a dit hier qu’il n’avait pas cours…


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