Chapitre 11 : Imbécile.

Ecrit par L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 11 : Imbécile

**Winnie Fleur Ella**

Il coupe la lumière du véhicule puis démarre.

— Mets ta ceinture.

— Où est-ce qu’on va ?

— Dans un endroit moins bruyant… où on pourra être à l’abri des regards.

J’arque un sourcil.

— J’ai envie de baiser.

Je bloque la ceinture avant que la languette n’entre dans la boucle, je le regarde et il en fait de même.

— Quoi ? demande Calvin.

— C’est pour ça que tu m’as appelée ?

— Pourquoi d’autre je t’appellerais à vingt-et-une heures un dimanche ?

Je garde le silence.

Il gare la voiture sur le côté.

— Rentre chez toi.

Je le regarde.

— Winnie, descends de cette voiture immédiatement, dit-il en élevant légèrement la voix.

Je reste immobile.

Il retire sa ceinture et descend. Je le vois contourner la voiture pour venir de mon côté.

— Descends de ma voiture, ordonne-t-il en me tirant par le bras.

— Tu me fais mal, Calvin.

Il me tire dehors et me pousse sur le côté avant de claquer la portière.

— J’avais quatre filles à portée de main toute la journée, avec lesquelles je pouvais faire tout ce que je voulais. Je les ai laissées parce que tu m’as envoyé des messages à la con toute la journée. Je traverse la ville pour venir te voir et tu me poses des questions débiles ? Tu as raison, Winnie.

— J’ai dit quoi de mal ? Je t’ai simplement posé une question.

— Va poser cette question à ton père.

J’écarquille les yeux. Il recule légèrement, comme s’il vient seulement de réaliser ce qu’il a dit.

— Winnie !

Je tourne les talons et commence à marcher pour rentrer à la maison.

— Winnie, s’il te plaît…

Il me rattrape et m’attrape par le bras.

— Je suis désolé.

Je dégage mon bras, les larmes coulant sur mes joues.

— Va te faire foutre, Calvin.

Il me rattrape une nouvelle fois et me serre dans ses bras.

— Je suis désolé, bébé. Je te jure que je suis désolé. Je ne voulais pas dire ça.

— Mon père, Calvin… dis-je en pleurant.

— Je suis vraiment désolé. J’ai bu toute la journée, Winnie, et je n’ai pas réfléchi avant de parler. Je te promets que je ne voulais pas parler de ton père.

Je renifle, sans répondre.

Il murmure à mon oreille :

— Je suis désolé, Win. S’il te plaît, pardonne-moi.

Je ne réagis pas.

— Tu me pardonnes ? demande-t-il doucement.

Je hoche la tête.

Il dépose un baiser dans mon cou.

— Merci. On retourne à la voiture ?

— Tu m’as fait descendre de ta voiture comme une malpropre.

Il me tourne vers lui pour me faire face.

— J’étais contrarié, Win. J’ai eu une semaine difficile et toute cette journée… pff. Je sais que j’ai merdé. C’est juste que j’ai cru que tu serais excitée de me voir, comme moi je l’étais. Alors ta réaction m’a fait réagir comme ça.

Je le regarde dans les yeux quelques secondes, je soupire et reprends le chemin inverse pour aller m’arrêter devant la portière de la voiture. Il vient m’ouvrir, je grimpe et m’installe confortablement. Il ferme, fait le tour et monte de son côté. Après avoir mis sa ceinture, il démarre. Personne ne parle pendant le trajet jusqu’à ce qu’il s’arrête dans une ruelle derrière la cathédrale Sainte Marie. Il s’adosse sur son siège, ferme les yeux, pousse un long soupire.

Je l’observe un petit moment, il a les traits tirés et une grosse veine qui passe sur sa tempe.

Je prends sa main dans la mienne et entrelace nos doigts.

— Tu sais que tu peux me parler si tu le veux?

Il garde les yeux fermés.

— Je veux juste baiser, Winnie.

Je ne réponds pas.

Il tourne la tête vers moi et ouvre les yeux.

— J’ai bu toute la journée, Winnie. Et je reviens d’un endroit où j’ai laissé mes potes avec des filles venues pour baiser. On était à la piscine et, à l’heure où je te parle… je suis sûr qu’ils sont déjà en train de le faire.

Il soutient mon regard.

— Quand je suis parti, il y avait déjà des doigts qui allaient et venaient dans les sexes, Winnie. Littéralement. Il y avait même une fille assise à côté de moi qui se caressait dans tous les sens pour attirer mon attention.

J’avale ma salive.

— Regarde la bosse dans mon pantalon.

Il saisit ma main libre et la pose dessus.

— Touche comme elle est dure, Win. Laisse-moi te baiser.

J’avale difficilement.

— D’accord.

Un sourire étire ses lèvres.

— Tu es la meilleure.

Il retire sa ceinture et m’embrasse.

Je me dégage légèrement de sa bouche.

— On le fait ici ?

— Oui.

Il recommence à m’embrasser.

Je m’écarte encore.

— Comment ça ? On pourrait nous surprendre ici.

Il déboucle ma ceinture.

— Ne t’inquiète pas. Personne ne nous verra.

Il recule son siège, me saisit par la taille, me soulève pour me faire asseoir à califourchon sur lui. Mon cœur bat vite dans ma poitrine. Si quelqu’un nous attrape ici, on va dire quoi ? 

Il prend mon visage en coupe, m’embrasse avec entrain. Sa bouche a le goût de l’alcool et son haleine aussi. Il laisse mes joues pour mes fesses qu’il presse en les soulevant comme s’il voulait me les arracher. Je gémis contre ses lèvres. 

Il rentre un doigt dans mon slip et me l’enfonce dans l’anus.

— Arh, gémis-je.

Il fait rentrer son autre main à l’avant et enfonce deux doigts dans mon sexe déjà bien humide. Il enclenche des va-et-vient rythmés dans mes deux orifices, je gémis de plaisir. 

Il augmente la cadence et étouffe le son de ma voix qui se fait forte par un baiser. Je suis rapidement frappée par un orgasme mais je suis incapable de dire s’il vient de mon sexe ou de mon anus. 

Dans tous les cas, je ne réfléchis pas longtemps parce qu’il me décale, baisse son pantalon, enfile son préservatif et me fait m’empaler sur sa queue après avoir mis mon slip sur le côté. Je soupire d’aise, il en fait de même.

— La prochaine fois, je vais te sodomiser. Il y a un potentiel à exploiter là-bas, dit-il en souriant.

Je ne réponds pas.

Il claque mes fesses.

— Baise-moi, Ella… baise-moi.

Je commence à bouger sur lui. Il grogne, me serre contre lui, me mord l’épaule, puis le cou, puis la joue. Ses mains pressent mes fesses, les giflent, tandis que ses doigts explorent encore mon corps. Ses grognements deviennent plus profonds jusqu’à ce que nous jouissions presque en même temps.

Nous restons ainsi quelques secondes. Il me caresse le dos et dépose de petits baisers sur mon visage.

— Je t’ai déjà dit que tu étais incroyable ?

Je relève la tête pour le regarder. Il sourit. Je souris aussi.

— Toi aussi, tu es incroyable, Cal.

Nous nous embrassons.

— J’adore tes lèvres, murmure-t-il entre deux baisers. Elles sont si douces.

Il claque ma fesse droite.

— Aïe !

— Et ça… ça pourrait me tuer, ajoute-t-il avec un sourire.

Je lui donne une légère tape sur la poitrine.

— Va là-bas, tu m’as fait mal.

Il rit. Je me redresse.

— On ferait mieux de partir comme ça.

Il me retient.

— Calvin…

— Je veux sentir ton poids sur moi.

— On peut aller à l’arrière. C’est plus sombre là-bas. Les prêtres peuvent venir nous trouver ici.

Il éclate de rire.

— Imagine… ils sont en train de nous regarder à travers les vitres et ils se branlent.

Je lui tape à nouveau sur la poitrine.

— Arrête ça. Ce n’est pas drôle.

Il continue de rire.

Je me dégage finalement et prends un mouchoir dans la boîte pour m’essuyer. Il m’observe avec un sourire pendant que je remets correctement mon slip avant de m’asseoir.

— Tu ne me nettoies pas aussi ? demande-t-il.

— C’est une question ou un ordre ?

— Nettoie-moi, Winnie.

Je le regarde un moment, puis je prends trois mouchoirs. Je retire le préservatif, nettoie son sexe et j’emballe le tout dans un mouchoir.

— Il y a un gel nettoyant dans le coffre.

Je le récupère, en verse un peu sur nos mains et nous les nettoyons avant que je ne le range.

— Voilà.

Il me fixe dans les yeux.

— Tu me trouves détestable ?

— Hein ?

— Je te demande si tu me trouves détestable.

— Détestable comment ?

Il arque un sourcil.

— Genre… quelqu’un qui énerve ?

Il garde le silence.

— Eh bien…

Il détourne finalement le regard et remonte son pantalon.

— Laisse tomber.

Il démarre la voiture.

— Je vais te déposer chez toi.

Je lui attrape la main.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Lâche ma main, Winnie.

— Mais qu’est-ce qui se passe ? On était bien tout à l’heure. Pourquoi tu te fâches maintenant ?

Il serre le volant.

— Je t’ai demandé de me lâcher, Winnie.

Je ne bouge pas. Il attrape ma main et la balance loin de lui avec force, au point où je la cogne contre la vitre. Je le regarde choquée, il prend automatiquement la route et conduit assez vite. À plusieurs reprises, on manque de cogner d’autres véhicules mais par chance, il ne le fait pas. Dès qu’il gare à mon entrée, j’ouvre la portière et descends en la claquant derrière moi.

Il baisse la vitre.

— Il faut casser ça on verra, imbécile.

— C’est toi-même l’imbécile, répliqué-je énervée.

Il a un mouvement de recul. Il ne s’attendait visiblement pas à ce que je lui réponde, mais je suis tellement énervée que je ne veux pas réfléchir.

— Tu es un vrai connard, Calvin, et pour ta question, la réponse est oui, tu es quelqu’un de détestable. 

Il retire sa ceinture et descends de la voiture en claquant la portière. Il contourne la voiture en courant pour venir vers moi, je recule jusqu’à cogner un caillou et me retrouve assise par terre. Il s’arrête et me regarde, le regard visiblement injecté de colère. 

— Il se passe quoi là-bas ? intervient un grand de mon quartier.

 Calvin le regarde avant de retourner dans sa voiture et démarrer en trombe. Je me relève.

— C’est comment, Winnie ? demande Dash.

J’essuie la poussière sur mes vêtements.

— Tout va bien, le grand. Je suis juste tombée en cognant contre une pierre.

Il me regarde, sceptique.

— Je vais rentrer à la maison.

Je n’attends pas sa réponse et je prends le chemin du retour.

Devant la porte, je jette un coup d’œil à l’heure : vingt-deux heures trente. Je frappe. Ma mère vient m’ouvrir.

— Tu es déjà revenue ?

— Oui, dis-je en me dirigeant vers ma chambre.

— Il t’a donné quoi ?

— Rien, maman.

— Comment ça, rien ?

Je rentre dans la chambre. Elle me suit.

— Comment ça, rien, Winnie ?

— Il n’avait pas d’argent sur lui. Il voulait simplement me parler… il ne m’a rien donné.

Elle souffle.

— Hum. On espère qu’il va t’appeler demain pour te remettre quelque chose.

Je garde le silence.

Elle s’en va. Je me couche sur le lit en mettant mon drap jusqu’à la tête, je me mets à pleurer en silence.

****

— Winnie ? m’interpelle une voix derrière moi.

Je me retourne pour voir Precally et Cynthia arriver vers moi. On se fait la bise.

— Tu es là depuis ? demande Cynthia.

— Trente minutes, réponds-je.

— Tu es seule ?

— Oui, ma mère est à son travail. 

— Et Calvin ? intervient Precally.

— Il est occupé. Et vous ?

— Je suis seule, je ne voulais pas le stress pardon. Au moins si j’échoue, je vais pleurer en silence, déclare Precally.

— Moi aussi, confirme Cynthia.

On rit. Aujourd’hui, c’est la proclamation du bac. Il est quinze heures et ils ont annoncé que ça commencerait à quinze heures trente. Nous sommes dans notre centre d’examen. C’est aujourd’hui que la vérité se saura. Bien que je sois confiante, j’ai tout de même le stress : tout peut arriver, et si je rate cet examen, je ne sais pas ce que je ferai.

D’un autre côté, ma mère me stresse. Chaque jour, elle me demande pourquoi, depuis là, Calvin ne m’a plus donné d’argent. Elle me rappelle qu’il s’en ira bientôt et que je n’aurai plus d’entrée d’argent, alors je dois me bouger. Malgré tout ça, je n’ai rien fait, et lui non plus. Je ne sais pas comment il va, s’il est encore au Gabon… rien.

Je ne vais pas mentir : ça me fait mal de ne pas avoir de ses nouvelles, mais je me suis fait violence. Oui, je suis pauvre et je n’ai aucune exigence à lui faire, c’est vrai, mais son attitude dimanche m’a vraiment blessée. Je ne lui ai rien fait, et comme s’il était possédé, il m’a frappé la main sur la vitre et m’a insultée. Alors je refuse de faire quoi que ce soit ; si cette histoire doit finir, j’accepte.

Le staff administratif sort avec une grande enveloppe. Les gens se rapprochent : apparemment, ils vont commencer la proclamation. Le président du centre prend le micro, fait un discours avant de lancer les hostilités. Je n’attends pas longtemps pour entendre mon nom : je suis deuxième de mon centre. Je crie de joie avec mes copines qui me félicitent.

On se calme juste après pour attendre les autres. Cynthia est 30e et Precally 35e ; on ne s’en formalise pas, l’important est que nous ayons toutes eu notre examen. On saute dans tous les sens. Cynthia sort les markers et on tague nos chemises les unes les autres. D’autres font pareil.

Je sors mon téléphone pour appeler ma mère.

— Allô ?

— J’ai eu le bac oh ! crié-je.

Je l’entends crier à son tour au téléphone et annoncer à quelqu’un que sa fille a eu le bac.

— Tu as déjà appelé Calvin pour lui annoncer ? demande-t-elle après son euphorie.

Je coupe l’appel. Aujourd'hui, c'est mon jour, j'ai eu mon examen et je veux me réjouir en paix.

Je lui envoie aussitôt un message.

Moi : Je n’ai plus de crédit, maman. Ça s’est coupé.

Je retourne vers les filles.

— On va où ?

— Je vais d’abord à la maison montrer le corps, annonce Cynthia. Parce qu’après là… c’est feu.

— Moi aussi, ajoute Precally. Mes parents doivent me donner le gain.

— Ok. Il n’y a personne chez moi pour le moment.

— Tu peux venir avec moi si tu veux.

— Ok.

Nous attendons jusqu’à la fin des proclamations pour savoir quand nous pourrons récupérer nos relevés et nos certificats. On nous dit que ce sera à partir de lundi.

Nous quittons le centre.

— Le beau-frère des gens ! lance Cynthia. Winnie, ton gars est là.

— Tu le vois où ?

— De l’autre côté de la route.

Je regarde dans cette direction et effectivement il y est, adossé contre la portière de la voiture qu’il avait dimanche dernier, nos regards se croisent. Qu’est-ce qu’il fiche ici ?


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