Chapitre 23 Le Courage d'Aimer
Ecrit par belleetrebelle
Deux années avaient passé depuis cette nuit de Nouvel An où Clarisse avait franchi le pas.
Deux années de montagnes russes émotionnelles. Des semaines où tout semblait possible, où ils se réveillaient enlacés, où les enfants rayonnaient de voir leurs parents ensemble. D'autres semaines où Clarisse fuyait, prétextant du travail, des obligations, n'importe quoi pour garder cette distance de sécurité qu'elle s'était construite comme un bunker autour de son cœur.
Samuel avait été patient. D'une patience infinie, apprise dans la douleur des années de thérapie. Il l'avait laissée venir, partir, revenir, sans jamais forcer, sans jamais exiger.
Mais les enfants, eux, avaient grandi.
Noé avait maintenant treize ans. Il mesurait presque autant que son père et commençait à parler avec cette voix grave qui surprenait tout le monde. Maël avait dix ans, toujours aussi passionné de foot, mais avec une maturité nouvelle. Reine avait cinq ans, et pour elle, la maison sur la colline était « chez papa », un territoire qu'elle aimait sans réserve.
Un soir, après un énième départ de Clarisse, Noé avait pris la parole.
« Maman, on en a marre. »
Clarisse s'était figée, son sac à la main.
« Pardon ? »
« On en a marre de faire les valises tout le temps. Marre de changer de maison chaque semaine. Marre de ne jamais savoir où on va dormir le lendemain. »
Maël avait hoché la tête, les bras croisés. Reine, trop petite pour comprendre, s'était blottie contre son père.
« On reste avec papa, avait conclu Noé. C'est notre maison. Tu peux venir quand tu veux. Mais nous, on bouge plus. »
Clarisse était restée sans voix. Elle avait regardé Samuel, cherchant un secours, une intervention. Il avait simplement haussé les épaules, les mains dans les poches.
« Ils ont grandi, Clarisse. Ils ont le droit de choisir. »
Elle était partie, ce soir-là, le cœur en miettes.
Les semaines qui suivirent furent étranges.
Clarisse venait à la maison, passait du temps avec les enfants, repartait. Elle dormait parfois dans la chambre d'amis, parfois avec Samuel, quand elle était trop fatiguée pour conduire.
Il était devenu distant. Poli, prévenant même, mais distant. Il ne la touchait plus. Ne l'embrassait plus. Ne lui envoyait plus ces messages du matin et du soir qu'elle avait fini par attendre sans se l'avouer.
Elle avait cru vouloir cette distance. Maintenant qu'elle l'avait, elle ne savait qu'en faire.
La dispute éclata un jeudi soir, pour une raison idiote — un plat oublié au four, un malentendu sur les horaires des enfants. Mais ce n'était pas le plat ni les horaires. C'était tout le reste.
« Tu ne peux pas continuer comme ça, Clarisse ! explosa Samuel. Tu veux quoi, à la fin ? Tu veux être avec moi ou pas ? Tu veux une famille ou pas ? Parce que moi, je suis là. Je suis là depuis deux ans à attendre que tu te décides. Les enfants sont là, ils t'aiment, ils veulent que tu vives avec nous. Mais toi, tu fuis. Toujours. Chaque fois que ça devient trop réel, tu files. »
« Ce n'est pas si simple ! » cria-t-elle en retour.
« Alors explique-moi ! Rends-le moi simple ! Dis-moi ce que tu veux, ce que tu crains, ce qu'il faut pour que tu sois prête. Je ferai tout ce que tu demandes, tu le sais. Mais dis-moi quelque chose ! Parce que là, je navigue à l'aveugle depuis deux ans, et je commence à me demander si tu veux vraiment la même chose que moi. »
Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.
Il attendit. Une minute. Deux. Cinq.
Puis il secoua la tête, attrapa ses clés et sortit en claquant la porte.
Elle resta seule dans le salon, tremblante, les larmes coulant sans qu'elle puisse les arrêter.
Cette nuit-là, elle rentra chez elle. À Mvog-Mbi, dans cette maison qu'elle n'habitait plus vraiment.
Une semaine passa. Puis deux.
Samuel ne l'appela pas. Ne lui écrivit pas. Rien.
Elle commença à revenir à la maison sur la colline, pour voir les enfants. Il était là, toujours. Poli. Distant. Il parlait à peine, ne la touchait pas, ne la regardait pas vraiment.
Elle avait mal. Un mal physique, profond, qu'elle ne s'expliquait pas.
Un soir, elle était sous la douche quand il rentra du travail. Il ouvrit la porte de la salle de bains pour prendre quelque chose et la trouva là, assise au fond de la cabine, l'eau coulant sur elle, secouée de sanglots silencieux.
Il la regarda une seconde. Puis il sortit sans un mot.
Il se changea dans la chambre, enfila un jean et un tee-shirt propre, et s'assit sur le lit pour l'attendre.
Quand elle sortit de la douche, enveloppée dans un peignoir, le visage rougi par les larmes, il lui fit signe de s'asseoir.
« Assieds-toi. Il faut qu'on parle. Comme des adultes. »
Elle obéit, le cœur battant.
« Dis-moi ce que tu veux, Clarisse. » Sa voix était calme, mais quelque chose vibrait en dessous, une fatigue immense. « Dis-moi ce que tu me reproches. Quand penses-tu être prête ? Qu'est-ce qu'il faut pour que tu sois prête ? »
Elle ouvrit la bouche. Rien.
« Parle-moi, stp ! » Sa voix s'éleva, cassée par l'émotion. « Donne-moi un montant, un chiffre, une date ! Dis-moi ce que je dois faire, ce que je dois dire, ce que je dois changer ! Mais dis-moi quelque chose ! »
Le silence.
Il la regarda longuement. Puis il se leva, lentement, et sortit de la chambre.
Il descendit à la cuisine, se fit réchauffer les restes du dîner. Il mangea sans goût, le regard perdu sur le jardin obscur. Puis il remonta.
Clarisse était allongée sur le lit, en boule, recroquevillée sur elle-même. Il hésita une seconde sur le seuil. Puis il vint se glisser derrière elle et l'attira contre lui.
Elle se raidit, puis se détendit lentement, blottie contre sa chaleur.
« Désolé, murmura-t-il contre ses cheveux. Désolé d'avoir été dur avec toi. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus quoi dire. »
Elle ne répondit pas, mais ses doigts cherchèrent les siens.
« Je ne dirai plus rien, continua-t-il. Tu feras comme bon te semble. Je suis là. Je ne forcerai rien. De toute façon, on est déjà divorcés. Rien ne t'oblige à rester. »
Il marqua une pause.
« Mais je sais une chose. C'est toi que mon cœur a choisi. Et ça, ce n'est pas près de changer. Sauf si tu décides autrement. »
Il l'embrassa dans les cheveux.
« Bonne nuit, Clarisse. »
Ils s'endormirent ainsi, enlacés, réconciliés sans l'être vraiment, apaisés par cette simple présence partagée.
Dans la nuit, quelque chose se dénoua en elle.
Elle comprit, avec une clarté aveuglante, que la seule chose qui la retenait encore, c'était sa peur. Pas lui. Pas leur histoire. Pas la gifle, pas les années de silence. Juste sa peur à elle, cette vieille compagne qui l'avait protégée si longtemps et qui maintenant l'emprisonnait.
Elle avait cessé de fuir Samuel. Elle fuyait le bonheur. Et elle en avait assez.
Au petit matin, elle se réveilla lovée contre lui.
La chaleur de son corps, son odeur, la respiration lente du sommeil — tout cela lui était familier, aimé, essentiel. Et elle sentit contre sa cuisse la preuve qu'il était un homme, même dans son sommeil.
Sans hésiter, sans réfléchir, elle glissa sous les draps.
Elle remonta lentement le long de son corps, déposant des baisers légers sur son ventre, son torse, avant de redescendre. Ses lèvres trouvèrent sa peau, doucement d'abord, puis plus hardiment. Elle l'embrassa là où il était le plus sensible, le plus vulnérable, et il gémit dans son sommeil avant d'ouvrir les yeux.
« Clarisse… qu'est-ce que… »
« Chut », murmura-t-elle. « Laisse-moi faire. »
Elle le prit dans sa bouche avec une lenteur délibérée, savourant chaque seconde, chaque frémissement de son corps. Il gémit, ses mains s'enfonçant dans ses cheveux, son bassin se soulevant imperceptiblement à la rencontre de ses lèvres.
Elle joua avec lui, le taquinant du bout de la langue, le reprenant tout entier, accélérant le rythme jusqu'à ce qu'il halète, les doigts crispés sur les draps.
« Clarisse… je vais… »
Elle ne ralentit pas. Elle voulait ça. Elle voulait le sentir s'abandonner, lui offrir ce plaisir qu'elle lui avait trop longtemps refusé.
Quand il jouit, ce fut avec un long râle rauque, son corps tout entier arc-bouté, ses mains la tirant par les cheveux sans lui faire mal, juste pour la retenir, pour prolonger l'instant.
Elle remonta le long de son corps et, sans attendre, s'empala sur lui.
Il était encore dur, vibrant, et elle gémit en le sentant la remplir si parfaitement. Elle commença à bouger, lentement d'abord, puis plus vite, ses mains à plat sur son torse, ses cheveux tombant en cascade autour d'eux.
Il la regardait, émerveillé, ses mains sur ses hanches l'aidant à trouver le rythme, la cadence, l'abandon.
« C'est bon, murmura-t-il. C'est tellement bon. »
Elle se pencha pour l'embrasser, leurs langues mêlées, leurs souffles confondus. Elle accéléra encore, cherchant son propre plaisir, le sentant monter, inévitable, irrésistible.
Quand elle explosa, ce fut avec un cri qu'elle étouffa dans son cou, ses ongles s'enfonçant dans ses épaules, son corps tout entier secoué de spasmes délicieux.
Il la serra contre lui, la berçant doucement, attendant que les dernières vagues s'apaisent.
Ils restèrent ainsi un long moment, enlacés, haletants, comblés.
Plus tard, quand leurs souffles furent calmés et leurs esprits redevenus clairs, il parla.
« Que me vaut l'honneur de cette gâterie, Madame ? »
Elle rougit, enfouissant son visage dans son cou.
« J'avais envie de toi. »
Il sourit, la taquinant du bout des doigts.
« Tu étais en manque ? »
Elle leva la tête, faussement indignée.
« Ça fait combien de semaines que tu m'ignores ? »
Il devint sérieux, ses doigts caressant sa joue.
« Je ne t'ignore pas, mon bébé. Je suis confus. Je ne sais plus quoi penser. » Il marqua une pause. « Tu sais très bien que je suis prêt à me fondre en toi chaque jour. C'est mon passe-temps préféré. »
Il l'embrassa, longuement, tendrement, pour appuyer ses mots.
Elle se blottit contre lui, rassurée.
« T'es toujours fâché, Sam ? »
Il réfléchit une seconde.
« Un peu, oui. »
Elle rit, sentant ses mains à lui qui commençaient à vagabonder.
« C'est quelle fâcherie, ça sur mes seins ? »
Il avait déjà attrapé un sein, son pouce jouant avec le mamelon déjà durci.
« La bouche qui mange ne parle pas, Madame. »
Elle rit encore, un rire léger, libéré, qui lui avait tant manqué.
Il se pencha et prit son sein dans sa bouche, le suçant doucement, le taquinant du bout de la langue. Elle gémit, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux.
Il alterna, passant de l'un à l'autre, n'en laissant aucun au repos. Sa main libre descendit le long de son ventre, trouva son sexe déjà humide, prêt.
« Déjà ? murmura-t-il contre sa peau. Tu es une petite coquine, toi. »
« C'est toi qui me rends comme ça », souffla-t-elle.
Il remonta vers ses lèvres, l'embrassa profondément, tout en continuant ses caresses. Puis il la retourna doucement, la mettant à quatre pattes, et la prit par-derrière.
« Là, dit-il d'une voix rauque. Là, je vais bien te montrer que je ne suis pas fâché. »
Il entra en elle lentement, profondément, la faisant gémir à chaque poussée. Une main sur sa hanche, l'autre jouant avec son clitoris, il la mena au plaisir avec une maîtrise confondante.
« Tu aimes ça ? » murmura-t-il.
« Oui… oh oui… »
« Tu aimes quand je te prends comme ça ? »
« Samuel… s'il te plaît… »
« S'il te plaît quoi ? »
« Ne t'arrête pas… »
Il ne s'arrêta pas. Il accéléra, intensifia ses caresses, la regardant se tordre de plaisir sous lui. Quand elle jouit, ce fut en criant son nom, son corps tout entier offert à lui.
Il la suivit peu après, s'enfonçant une dernière fois en elle avec un gémissement rauque.
Ils s'effondrèrent ensemble, épuisés, heureux, réconciliés.
Longtemps après, alors que la lumière du jour inondait la chambre, il la prit dans ses bras.
« Merci, murmura-t-il. Pour ce matin. Pour toi. Pour tout. »
Elle se blottit contre lui.
« C'est moi qui devrais te remercier. De m'avoir attendue. De ne pas avoir abandonné. »
Il embrassa son front.
« Je t'attendrai toujours, Clarisse. Toujours. »
Elle ferma les yeux, bercée par ces mots, par cette certitude nouvelle.
Pour la première fois depuis des années, elle n'avait pas peur de l'avenir.
Elle avait hâte d'y être.