Chapitre 26 : Départ.

Ecrit par L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 26 : Départ

Calvin Harris Otando

(Sonnerie du réveil)

J

’ouvre les yeux et les referme aussitôt, ils me piquent, ma tête est lourde. Je ramène une de mes mains sur le visage pour me protéger de la lumière du jour qui passe à travers les espaces des planches. Quand mes yeux se sont plus ou moins adaptés, je l’enlève et plisse les yeux en prenant pleinement conscience du décor. Mes souvenirs me reviennent rapidement, me rappelant l’endroit où je me trouve : chez Winnie.

Je baisse le visage : la concernée est endormie sur ma poitrine. Le réveil continue à sonner, m’indiquant que je dois bouger d’ici.

Je caresse légèrement son corps, m’arrêtant sur ses fesses que j’appuie. Mine de rien, ça va me manquer de faire ça, c’est certain.

Je malaxe un peu et lui mets une claque dessus.

— Hum… Calvin, murmure Winnie, endormie.

— Lève-toi, il faut que je parte, dis-je amusé.

— C’est déjà le matin ?

— Oui, mon réveil sonne.

Il lui faut quelques secondes pour se décider à se lever. Je me redresse et descends du lit, je récupère mon caleçon et mon débardeur que j’enfile, puis vais arrêter le réveil. Je porte le reste de mes affaires et m’assois sur la chaise pour remettre chaussettes et chaussures. Quand tout est en place, je me lève et passe mes mains sur mon pantalon, comme pour enlever quelques résidus. Je regarde Winnie, qui est assise sur le lit, et qui fait de même avec moi. Un sursaut de conscience me rappelle que nous avons couché sans protection.

— Où sont les pilules ? demandé-je.

 Elle pointe un des sacs sur le mur.

— C’est dedans.

Je prends le sac que je lui remets. Elle le fouille et en sort une boîte.

— Où puis-je trouver de l’eau ?

Elle regarde au pied de son lit, une bouteille y est posée. Je la récupère et la lui donne, elle avale le comprimé puis me regarde en tenant la bouteille entre ses jambes avec ses deux mains. Je me rapproche d’elle, je mets la bouteille de côté et je l’attire pour la serrer dans mes bras, elle s’agrippe à moi. Je la soulève par les fesses, elle passe ses bras autour de mon cou et ses jambes en ceinture sur ma taille, son visage dans le creux de mon cou, elle se met à pleurer. Je lui caresse le dos.

— Reste avec moi, Cal, je t’en supplie, sanglote-t-elle.

— Tu sais au moins que c’est absurde ce que tu dis, n’est-ce pas ? dis-je en esquissant un faible sourire.

— S’il te plaît, pour une fois, dis-moi une chose gentille, même si c’est un mensonge, je m’en fiche, pleure-t-elle.

— …

— S’il te plaît, Cal, j’en ai besoin. Je veux garder une parole douce de ta part, renifle-t-elle. Je t’en prie.

— J’aime ta chatte, dis-je.

Elle se détache et me regarde dans les yeux.

— J’aime la chaleur de ton corps contre le mien, j’aime la douceur de tes lèvres, la profondeur de ton regard, l’expression de ton visage quand tu te mords la lèvre inférieure, le son de ta voix quand tu éclates de rire, poursuis-je en soutenant son regard.

— …

— J’aime ces choses et c’est la vérité.

Elle esquisse un faible sourire à travers ses larmes.

— Merci, murmure-t-elle.

— Je t’en prie, dis-je.

Elle se rapproche et m’embrasse sur la bouche, j’y réponds. Elle passe sa main sur ma nuque pour l’approfondir. Nos langues se mélangent plusieurs fois, nos têtes s’inclinent de part et d’autre pour trouver le juste milieu et nos souffles se font courts. Pourtant personne n’a envie de laisser. C’est clairement un baiser d’adieu.

Au bout de je ne sais plus combien de temps, j’y mets un terme et replace mon visage dans le creux de son cou. Je prends une grande aspiration tout en la serrant dans mes bras, puis je la relâche doucement. Elle desserre également ses bras de mon corps, elle descend. Je lui caresse le visage en esquissant un faible sourire.

— Prends soin de toi, Winnie.

— D’accord.

— Tu viens m’ouvrir la porte ?

 — Oui, dit-elle en reniflant.

Elle tire la couverture sur le lit et se couvre avec. Elle essaie de marcher mais c’est encore pire que tout à l’heure, s’il ne fallait pas que quelqu’un ferme la porte derrière moi, je lui aurais dit de laisser tomber mais bon.

Je la soulève comme un bébé et marche avec elle jusqu’à la porte de la chambre. J’ouvre la porte.

— Prends mes effets, s’il te plaît, dis-je.

Elle attrape ma veste, mon téléphone, mes clés et mon portefeuille, nous allons au salon. Je la dépose près de la porte et j’enlève toutes les cales avant de tourner la serrure avec la clé. Je me tourne vers elle pour récupérer mes affaires, elle retient ma veste.

— Laisse-la-moi, s’il te plaît, demande-t-elle.

— D’accord, acquiescé-je après un moment.

Je lui fais un dernier baiser, ouvre la porte et sors de la maison. Je tombe sur un petit attroupement de personnes non loin de la maison de Winnie. Ils arrêtent de parler quand ils me voient sortir et se jettent même des regards, comme pour se faire des signes. Sans doute ont-ils tous entendu ma performance de la nuit et sont venus voir la personne derrière ça. Le travail des pauvres : incapables de réfléchir à comment améliorer leurs conditions de vie, mais promptes à se mêler de ce qui ne les regarde pas.

J’esquisse un sourire à leur endroit et fais même un clin d’œil à l’une d’elles sur laquelle mon regard se pose. J’aurais voulu avoir mes lunettes pour bien les narguer, mais dommage. Je bombe tout de même le torse et quitte les lieux dans une démarche suffisante, empreinte d’arrogance. Je prends la piste qui ramène à la route et rejoins ma voiture, que je trouve intacte. Je remercie le grand qui m’accompagne en lui donnant deux mille supplémentaires. Je grimpe dans la voiture et démarre pour rentrer à la maison.

Quand j’arrive, il est sept heures quarante-cinq. Je passe par l’arrière pour regagner ma chambre. Je me rends directement dans la salle de bain : brossage de dents, douche, je suis plus ou moins d’attaque quand j’en sors. Je passe rapidement ma crème, m’habille et me pose devant le miroir. Mes traits sont tirés — normal, je n’ai dormi qu’une heure. Si on ajoute à ça l’alcool consommé et ma séance de sexe avec Winnie, ça se comprend : j’ai besoin de me reposer.

Je sors avec mes valises jusqu’au séjour. Les couverts m’indiquent qu’ils sont à table. Je les rejoins dès que je termine.

— Bonjour, dis-je.

— Bonjour, répondent certains.

— Bonjour mon chéri, lance Marie-France.

Je viens m’asseoir près d’elle et lui fais un bisou sur la joue.

— Et moi qui pensais que je passerai ta dernière nuit au Gabon dans tes bras, je suis tombée des nues. Donc c’est mon fils qui avait raison ? sourit-elle.

— Aucunement mon épouse, réponds-je, amusé.

— Aucunement ? Où as-tu passé cette nuit ? arque-t-elle un sourcil.

— Quelque part dans Libreville mais certainement pas pour te faire des infidélités, dis-je avec un faible sourire.

— Donc la marque rouge sur ton cou est une piqûre de moustiques ?

Je suis tenté de toucher mon cou pour vérifier mais je me ravise. Je suis passé devant le miroir tout à l’heure, j’ai des marques sur le corps, oui, mais elles sont sur ma poitrine et mon dos, pas sur mon cou ni mon visage.

— À moins que ce soit l’œuvre d’un esprit de nuit, je ne vois pas comment je pourrai en avoir, dis-je en beurrant ma tranche de pain, serein.

— Voilà un homme qui maîtrise parfaitement la situation en tout point. La cohérence ! s’amuse-t-elle.

Je lui souris.

— Tchrrr, piaffe Maman en bougeant la tête de gauche à droite.

Nous la regardons et le repas se poursuit en silence. Dix minutes plus tard, nous quittons la table.

— On part avec quelle voiture ? dis-je à mon père.

— Celle de ta mère, répond-il.

Je le regarde avec insistance.

— Va mettre tes bagages à l’intérieur, c’est elle qui va nous déposer à l’aéroport et dépêche-toi, ordonne-t-il.

— C’est ouvert ?

— Oui.

— Ok.

Je sors en tirant mes valises jusqu’à la voiture. Je ne touche pas à la voiture de ma mère, je ne conduisais que celles de mon père. J’ouvre le coffre et je charge mes affaires avec celle de mon père qui était déjà là. Quand je termine, je ferme. Je regarde les autres sortir de la maison.

— Tu m’as refusé ton ordi, non ? demande Camille.

Je la regarde, amusé.

— Tu es trop mauvais et j’espère que tu feras un mauvais voyage, ajoute-t-elle en faisant la moue.

— Ah bon ? Et moi qui avais bêtement laissé mon ordi sur mon lit dans la chambre en pensant à la jeune esclave qui était dans cette maison, dis-je.

Elle me regarde avec intérêt.

— Je crois que je ferai mieux d’aller le récupérer, ajouté-je.

Je n’ai pas encore fait un pas qu’elle court dans la maison pour aller le prendre. Même Usain Bolt n’est pas aussi rapide. Nous rions. Elle revient quelques minutes après avec l’appareil dans les bras qu’elle serre contre sa poitrine.

— Tu es un bon grand frère, Harris, c’est vrai, lance-t-elle avec un large sourire.

— Petite intéressée, sourit Marie-France.

On rit.

— Ce n’est pas tout mais nous avons un avion à prendre. Il faut qu’on y aille, dit Papa.

Ma grand-mère me serre dans ses bras, me dit qu’elle m’aime et me souhaite un bon voyage. Je la remercie. Je fais un signe de tête à ma petite sœur, au gardien et à la dame de ménage, puis je grimpe dans la voiture. Les deux autres me rejoignent et nous nous mettons en route. En chemin, je parle avec mes potes pour leur donner de mes nouvelles, et ils me souhaitent un bon voyage.

À l’aéroport, c’est mon père qui s’occupe de l’enregistrement ; il connaît les bonnes personnes pour toutes les facilités possibles. Nous n’avons pas à faire la queue comme les gens ordinaires. Je le regarde donc faire jusqu’à ce que nous embarquions en business class, s’il vous plaît — mon père a les moyens.

Ma mère m’a-t-elle dit au revoir ? Non. Aucun regard, aucune parole pour moi. Juste un bisou sur les lèvres de son mari et un « On se voit à ton retour », puis elle a tourné les talons et s’en est allée. Nous sommes officiellement débarrassés l’un de l’autre, et je ne m’en formalise pas.

Je mets mon casque dans mes oreilles, ma capuche sur la tête et me cale correctement sur mon siège. Mon téléphone vibre dans la poche de mon sweat. Je le récupère : un message de Winnie.

Winnie F.E : Je serre ta veste dans mes bras pour sentir ton odeur. J’espère que tu feras un bon voyage, et même si tu me traites de bête, sache que je t’aime comme je n’ai jamais aimé personne, tu vas horriblement me manquer. Je t’aime, CHO.

Je souris devant son message.

Moi : Tu es idiote, Ella et très têtue mais bon, que puis-je faire si ce n’est te lire ? En tout cas, prends soin de toi, WFE, et adieux.

J’envoie le message.

Winnie F.E : Tu es cruel, Cal, tu es cruel.

Je pouffe de rire en bougeant ma tête de gauche à droite, cette fille…

Winnie F.E : (image)

C’est son visage triste avec les yeux rougis.

Moi : Tu es laide sur cette photo.

Winnie F.E : Sans cœur, méchant.

Je ris, mon père me regarde. Je fouille dans ma galerie et je sélectionne quatre images : une sur laquelle elle est endormie sur ma poitrine dans le studio, nous sommes sur mon lit. Une autre de nous en sous-vêtements, elle est assise à califourchon sur moi toujours dans le studio mais cette fois-ci sur le canapé, j’ai une main sur ses fesses, nous regardons tous les deux la caméra en souriant. La troisième la montre dans sa tenue du lycée adossée contre ma voiture, elle se mord la lèvre inférieure. La dernière est une photo d’elle au snack dans ma chemise.

Je les lui envoie.

Moi : Voici de belles images, ne me remercie pas. Ciao !

Winnie F.E : Je t’aime !

Je ne réponds plus. Je range mon téléphone où il était après l'avoir verrouillé. Je soupire longuement puis je m’endors sans difficulté. Mon père me réveille après deux heures de sommeil.

— Tu comptes passer tout le vol endormi ? demande Papa.

— Je suis fatigué, réponds-je en me passant la main sur le visage.

— La nuit est faite pour dormir et non le contraire, réplique-t-il.

— Hum… dis-je en m’étirant et me redressant.

La pression dans ma vessie m’indique que je dois aller me soulager. J’y vais après avoir demandé à mon père où c’était. Après ma commission, je me lave les mains et me regarde dans le miroir. Je n’ai pas très bonne mine, mais c’est déjà mieux que ce matin. Je me passe de l’eau sur le visage, ça me fait du bien. Je laisse sécher quelques minutes puis retourne à ma place. Mon père est devant son ordinateur.

— Ça va mieux ? lance-t-il en jetant un regard sur moi.

— Ouais. On arrive quand ?

— Dans à peu près quatre heures, répond-il.

— Pff. Tu aurais dû me laisser encore dormir. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant ces quatre heures ?

— Parler avec ton père, par exemple, suggère-t-il.

Je le lorgne.

— On pourrait profiter de ce petit temps pour essayer de discuter tous les deux, ajoute-t-il.

— On va discuter de quoi tous les deux ?

— De tout, je ne sais pas moi. Par exemple de ton amie.

— Quelle amie ?

— Ta petite copine.

— Je n’ai pas de petite copine.

— Et cette fille qui venait à la maison ? insiste-t-il.

— Plein de filles venaient à la maison.

— Je parle de celle à qui tu avais remis les clés.

— Ce n’est pas ma copine.

— Ah bon ?

— …

— Pourtant tu as très souvent été aperçu avec elle à plusieurs endroits.

— Tu me surveillais ? demandé-je en le regardant.

— Non. Mais n’empêche que des nouvelles m’ont été rapportées, continue-t-il. De toi et d’une jeune fille fréquentant le lycée d’État.

— C’est bien. Quoiqu’il en soit, elle n’est pas ma copine, je n’en ai pas, dis-je en détournant le regard.

Je reprends mon casque et le remets aux oreilles comme pour indiquer que je n’ai pas envie de poursuivre cette conversation. Il n’insiste pas car il me connait assez pour savoir que si j’ai dit que je n’ai pas envie de parler, je ne le ferai pas. S’il veut parler, il n’a qu’à attendre d’arriver en France, son fils est là-bas et ils pourront le faire en toute quiétude. Je le vois soupirer et reprendre ce qu’il faisait. Je prends moi aussi mon ordi dans mon sac et je me jette dans mon univers.

On fait une pause une heure plus tard pour manger, puis chacun retourne à ses occupations. Trois heures après, nous atterrissons à Charles de Gaulle. On passe le protocole, on récupère nos bagages et on se dirige vers mon frère qui vient à notre rencontre. Il fait un câlin chaleureux à mon père ensuite se tourne vers moi.

— Bienvenue en France, petit, lance Clovis Jr.

— Ce n’est pas comme si c’était la première fois, réponds-je.

Clovis Jr élargit son sourire.

— C’est la première fois que tu viens pour y vivre tout seul.

— Hum…

Il me tire et me serre dans ses bras sans que je ne réagisse.

— Ton visage renfrogné m’a manqué, tu sais ? ajoute-t-il.

— Si tu le dis.

Il me relâche et me tape sur le bras.

— Je vois que tu as un peu pris du muscle là. Et tu as aussi bonne mine, dit-il en tapotant ma joue.

Je lui fais un rictus.

— On peut y aller ? demande Papa, amusé.

— Oui, j’ai trouvé un bon emplacement, suivez-moi, répond Clovis Jr.

Ils m’aident avec mes valises jusqu’à la voiture, nous les chargeons, nous grimpons dans le véhicule — moi derrière, eux devant — et nous mettons le cap sur le 6, où mes parents possèdent une maison et où vit Clovis Jr. Ils prennent des nouvelles l’un de l’autre durant tout le trajet. Ils rigolent ensemble plusieurs fois, et de temps en temps, mon père lui fait de petites tapes sur l’épaule. Je les observe sans y participer, puis, quand j’en ai assez, je remets mon casque sur mes oreilles, me tasse sur le siège, remets ma capuche, mets mes mains dans les poches de mon sweat et ferme les yeux.

Je me sens secoué.

— Calvin? Calvin? entends-je une voix.

J’ouvre les yeux pour tomber sur le visage de mon frère.

— Qu’est-ce qu’il y a?

— Nous sommes arrivés à la maison, répond Clovis Jr.

Je regarde autour de moi et reconnais l’endroit : nous sommes effectivement dans notre concession. Je me redresse, ouvre la portière et descends.

— Laissez les valises dans la voiture pour ne pas avoir à les ramener encore lundi, dit Papa.

Je prends mon sac d’ordinateur et mon sac à dos où se trouvent quelques affaires. Nous allons passer le reste du week-end ici avant de partir pour Toulouse lundi. Nous rentrons dans la maison et, bien évidemment, en digne fils qu’il est, il a fait apprêter un repas de bienvenue par un service traiteur. Je lève les yeux au ciel. Vivement que lundi arrive et que je me casse d’ici…


 

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