Nouveau départ

Ecrit par Fleur de l'ogouée

Aujourd’hui avec ma mère, mes oncles et tantes, nous allons chez les Moutsinga pour la réunion familiale. Nous arrivons un peu en retard au domicile de mes beaux parents, tout leur clan est déjà réuni. Tout le monde est vêtu de noir, couleur de deuil, nous sommes invités à prendre place, ce que nous faisons aussitôt, je me colle bien à maman je sais que je pourrai toujours compter sur elle. Mon beau père ouvre les hostilités en remerciant tout le monde d’être venu, il exprime sa reconnaissance pour ceux qui les soutiennent pendant cette triste période et ensuite remercie ma famille d’avoir fait le déplacement. À l’ordre du jour bilan de ces deux dernières semaines. La grande sœur de mon beau père qui est la trésorière prend la parole,elle sort un petit cahier et commence

- Les cotisations pour le décès de notre fils Thomas ont donnés Quatre millions cinq cent mille francs, cette somme provient des différentes enveloppes qui m’ont été remis, il y a aussi eu des participations en nature, notamment le soir de la veillée du premier jour il y a eu une dizaine de paquet de sucre, de boite de nescafé et de bouteilles de rhum. La gerbe de fleur a été pris en charge par les amis du défunt et l’habillage par sa belle famille, en tant qu’aînée des Moutsinga je tiens à dire un merci particulier à toute la famille de Mélanie notre fille, qui s’est beaucoup mobilisé.

Il y a eu un échange de sourire, mais personne n’a plus pris la parole pendant quelques instants, quand tout d’un coup, une des sœurs de ma belle mère s’est levée de son siège et a dit ‘’ on ne sait toujours qui a tué notre fils, pourquoi sa femme ne nous dis pas ce qu’elle a fait, oui comment un jeune garçon comme ça peut mourir, le vampire des femmes….’’

Avant qu’elle ne puisse finir sa phrase ma mère lui a calmement dis de se taire, et ça a énervée la tontine qui a commencé à vouloir monter sur ses grands chevaux. Le père de Thomas s’est levé de son siège, pendant que j’essayais d’arrêter de pleurer, il a reprit tranquillement la parole, il n’a pas besoin de crier pour ramener le silence sa voix est imposante

-Mélanie qui est là c’est notre fille, elle a été présente pour notre fils au moment où il en avait le plus besoin, elle a fait de lui un homme et nous a donné des jumeaux, il n’est pas question que nous doutions une seule seconde de son amour et de son affection pour feu son mari, nous traversons tous un moment difficile, ne compliquons pas les choses plus qu’elles ne le sont.

Le grand frère aîné de maman a lui aussi pris la parole pour remercier mes beaux parents pour leur hospitalité et pour réaffirmer que les liens entre les deux familles continuerait et que la présence des jumeaux était une bénédiction pour la prospérité de Thomas. Après la réunion j’ai un peu parler avec ma belle mère et mes belles sœurs, elles qui ont perdus un fils et un frère essayaient de me remonter le morale, j’ai été émue devant tant de considération, il faut dire que je me suis dès le début bien entendu avec mes beaux parents et beaux frères, je suis tellement reconnaissante qu’ils continuent de me considérer comme membre de la famille. Je suis rentrée à la maison déboussolée, avec l’envie d’en finir avec cette vie, une forte douleur me parcours le cours et je me retrouve par terre sans avoir le temps de penser à quoi que ce soit. Je reviens à moi je ne sais combien de temps après, les jumeaux sont autour de moi, Maëlle me ventile avec un magazine pendant que Yvan me masse la tête avec ses petites mains, ils sont tous les deux silencieux, je suis surprise de les voir agir comme des adultes pourtant ils n’ont que 5ans, je prends conscience que mes bébés dont je dois m’occuper on maintenant mon rôle, il faut que je me ressaisisse pour eux, ma douleur ne doit pas freiner leur épanouissement. Nous avons dormi nous trois blottit les uns contre les autres, je ne peux pas me laisser mourir mes enfants ont besoin de moi.

Ça ne peut pas continuer ainsi, je ne dors plus, je suis devenue l’ombre de moi-même, j’ai perdu 5kilos en trois semaines tellement je ne suis pas bien, je continue le traitement que le docteur Assoumou m’a prescrit mais malgré ça je ne me sens toujours pas mieux. Chaque recoin de cette maison est imprégné de son odeur. Il me manque tellement, la douleur ne diminue pas mais au contraire chaque jour je me demande si la vie vaut encore d’être vécu, sans lui tout est si fade, je meurs à petite dose.

Aujourd’hui j’ai décidé de sortir un peu de la maison, je vais au supermarché faire les courses pour la maison. J’essaie de faire un léger maquillage, mais malgré ça mes cernes sont bien marqués. Dans les rayons je croise, une ancienne camarade de classe, elle me présente ses condoléances et s’en suit les discussion usuelles. Quand elle me parle de l’agence immobilière qu’elle vient d’ouvrir, c’est comme une évidence pour moi, il faut que je quitte cette maison, je dois tout laisser et recommencer tout à zéro sinon je ne m’en sortirai pas. Elle me donne sa carte et me promets de se plonger aussitôt que possible sur ma demande. Chose promise chose due, trois jours plus tard elle m’appelle pour aller visiter une belle maison de 4 chambres à Glass; La maison est jolie, en bonne état plus grande que la notre, il y a une jolie cour arrière où les enfant pourront jouer, bien située parce que j’avais peur d’être entouré par les bars, le loyer est correcte et le propriétaire est un homme fort sympathique, j’ai signée sur le champs, pourquoi beaucoup réfléchir. Quand j’ai dis à maman et aux filles que j’ai décidée de déménager et que je ne veux rien emporter de notre ancienne maison, elles ont hallucinées. Mais à quoi bon quitter la maison et garder le draps fleuri, le verre à bière ou encore le fauteuil qu’il aimait. Tout ça va rester ici, on va racheter de nouveaux meubles au fur et a mesure, pour l’instant j’ai déjà commandé l’essentiel. Même si maman crie au gaspillage d’argent je me sens mieux rien qu’en pensant que dans quelques jours je vais dormir sur un lit dont l’odeur me sera inconnue. Le docteur Assoumou ne m’a certes pas encouragé à fuir ma maison, mais il m’a dit que si j’estime que mon bien être dépend de ce déménagement il faut que je le fasse.

Ce matin je me réveille de mauvaise humeur, je suis dévastée et j’en marre de tout, un énième message, des appels pour me dire à quel point ils sont désolé et me souhaiter leur condoléances, c’est gentil de leur part mais je n’en peut plus, j’ai l’impression que tout le Gabon a mon numéro, les personnes avec qui je n’ai pas parler depuis le lycée m’écrivent, des camarades de fac avec qui je n’ai jamais sympathisé ou des amis d’amis qui m’écrivent, tout ça m’épuise. Avec toute la colère, je casse mes deux cartes sim, désormais je ne suis plus joignable, qu’on me laisse en paix. Je me sens mieux une fois que je n’entend plus mon téléphone vibré, je me surprend même à chantonner en cuisinant, les jumeaux sont heureux, Maëlle danse et chante dans la cuisine pendant que son frère nous regarde en tapant dans ses mains, être mère c’est tellement magique, rien que leur sourire me redonne de l’énergie. Nous mangeons dans la bonne humeur, je laisse ma peine de coté pour une journée et je décide des les emmener au cinéma l’après midi. Chez nous on porte le deuil pendant trois mois donc je sors une robe noir de ma garde robe, Lydia et Sandra m’ont acheté beaucoup de vêtements noir au marché, je n’aurai pas eu autant de patience de chercher. J’attache mon foulard et me mets du gloss sur les lèvres. Les jumeaux sont déjà assez autonome donc quand je choisis des tenues pour eux ils s’habillent sans l’aide de personne. Après avoir regarder un bon film, j’appelle Lydia pour voir si ils sont chez eux, elle me dit oui donc nous y allons. Pendant que les enfants jouent entre eux, je bois un verre de vin avec Lydia, Marc son mari et un de ses amis, on parle de tout et de rien, je me sens un peu mieux. Quand Marc raccompagne son pote Lydia et moi on reste à discuter

- Maintenant que tu as un nouveau numéro, bientôt une nouvelle maison, es ce que tu te sens mieux?

- Je ne sais plus où j’en suis, j’ai l’impression d’être heureuse un moment et l’instant d’après je me rappelle que Thomas n’est plus là alors je redeviens triste

-Ça ne doit pas être facile, mais tu sais que tu peux toujours compter sur nous, tu débarques quand tu veux

- Merci pour tout ce que vous faite

-Je ne suis pas ta grande sœur pour rien, celle qui m’inquiète aussi c’est maman, elle est trop silencieuse en ce moment

- J’étais tellement concentrée sur ma douleur que je n’ai pas vu la sienne, j’ai été égoïste

- Ne parle pas comme ça, tu traverse une épreuve difficile c’est normal, je vais faire un tour chez elle demain après l’Église

-Je pense que maman revit la perte de papa à travers celle de Thomas, ils nous ont tout les deux quittés si tôt

Je n’ai plus la force de parler, des larmes commencent à rouler doucement sur mes joues, je pleures en silence pendant quelques minutes, après je me lèves pour aller me laver le visage il ne faut pas que les enfants me trouvent encore entrain de pleurer.

Après avoir dîner chez Lydia nous rentrons à la maison les petits monstres sont tellement fatigués qu’ils vont au lit sans bouder, moi je m’installe à mon bureau pour faire les comptes. Thomas et moi avons signer biens communs, donc facilement je vais pouvoir gérer tout ce qui est compte bancaire, de plus nous avons trois studios en locations, et avec une partie de mon héritage j’ai créée une agence de voyage, elle est assez rentable, les gabonais voyagent quand même beaucoup, j’ai même pu ouvrir une succursale à port-gentil, je gère pas mal de chose moi même et j’ai des employés plus que qualifiés,une fois que tout est en ordre, j’arrange tout les papiers importants et je les mets à l’abri des regards. La famille de Thomas n’est pas très aisés, ses parents se sont toujours battus pour lui et ses frères, ils ont appris tôt que l’argent ça se méritais, du coup quand lui et moi on a emménagés ensemble c’était compliqués on avait pas les mêmes habitudes et les mêmes besoins, il accordait beaucoup d’importance à l’épargne tandis que moi tout ce que je voulais c’était voyager et les sacs de luxe, il m’a fait grandir et m’a appris la réelle valeur de l’argent et du travail, maman ne nous a certes pas gâter mais à la mort de papa elle a commencé à nous laisser avoir a peu près tout ce que nous voulions même si ça ne l’empêchait pas d’être stricte avec nous. Trouver sa moitié c’est aussi trouver un nouveau mode de vie, je n’oublierais jamais tout ce que mon mari m’a inculqué comme valeurs.


Les meubles que j’ai commandé sont arrivés, ils les ont livrés et montés, Marc est venu avec son Pick Up pour nous aider à transporter le peu de chose qu’on apporte, tout ce qui est dans la chambre des enfants, et certaines choses de la cuisine viennent, tout mes vêtements noir du deuil et certaines tenues neuf aussi je les apporte. Je pensais pouvoir tout laisser derrière moi et m’en aller sans me retourner, mais je n’ai pas pu, j’ai pris quelques unes des chemises de Thomas, je veux juste un petit bout de lui pour me réchauffer pendants les nuits de saisons sèches. La nouvelle maison est assez spacieuse, les enfants s’habituent vite, maman et les filles sont passées nous rendre visite, malgré qu’elles ne comprennent pas bien pourquoi j’ai décidé de déménager, elles me soutiennent. L’ancienne maison nous appartient, je ne sais pas ce que je vais faire avec, Thomas à toujours dit que cette maison doit appartenir a nos enfants, donc je sais que je ne vais pas la vendre. Pour l’instant je vais la laisser telle qu’est, je dois reprendre des forces pour pouvoir retourner travailler, je gère certaine chose depuis la maison mais c’est ma plus proche collaboratrice qui maintiens le bateau a flot, elle me fait des comptes rendus et tout se passe bien, donc je peux prendre le temps qu’il faut avant de retourner bosser. Du temps pour moi et pour mes bébés.

La veuve