Chapitre 23 : Fête d'aurevoir

Write by L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 23 : Fête D’au Revoir

Calvin Harris Otando

— Harris, tu me laisses ton ancien ordinateur ? demande Camille en déboulant dans ma chambre sans cogner.

— Non… sors de ma chambre, dis-je.

— S’il te plaît, insiste-t-elle.

— Non.

— S’il te plaît.

— Non.

— S’il te plaît, pitié.

— J’ai dit non. Sors de ma chambre.

Elle ne bouge pas. Je me lève de mon bureau et vais la saisir par le bras pour l’emmener dehors.

— Aïe Harris, tu me fais mal. Tu vas me casser le bras, proteste Camille.

— T’avais qu’à pas venir, dis-je en la mettant hors de ma chambre.

— Mais… commence-t-elle.

Clap. Je lui ferme la porte au visage et la verrouille de l’intérieur. Elle se met à tambouriner comme elle le fait pour m’énerver, mais je ne rentre pas dans son jeu. Je retourne m’asseoir, mets mes écouteurs et monte le volume. Je reprends le transfert de mes fichiers de mon ordinateur vers les disques durs externes. Je vérifie que rien d’important n’a été laissé derrière, supprime toutes les données inutiles, mets un verrou d’accès à certains sites — notamment pour adultes —, je désinstalle certaines applications, puis je le dépose. Oui, cet ordinateur, je compte le laisser à la petite peste que j’ai comme sœur. Bien sûr, nous ne sommes pas très proches, je ne le suis avec personne dans cette famille à part ma grand-mère paternelle, mais elle reste ma sœur et cela m’oblige à lui faire quelques dons de temps à autre ; celui-ci en est un.

Je récupère mon autre ordinateur, le Lenovo, et effectue le paramétrage de base. J’installe les applications que je juge utiles pour apprendre des informations et acquérir des compétences, ainsi que quelques applications sociales. Je l’inscris avec son mail. Quand tout est prêt, je réalise des vidéos tutoriels pour lui montrer le fonctionnement de l’appareil et l’utilisation de certaines applications. Une fois terminé, je le range dans son sac, à côté du parfum et des bijoux, je trouverai bien un moment pour aller le déposer.

Je reprends mon Mac et me plonge dans mon travail. La journée passe sans que je m’en rende compte, je n’ai pas quitté ma chambre. Ma grand-mère est occupée avec les préparatifs de ma fête ; j’ai eu la confirmation très tôt ce matin. Bac plus pot de départ en mon honneur : toute la famille, des deux côtés, est invitée. Je sais très bien qui est derrière tout ça. Dans tout ça, je n’ai pas eu le temps d’informer mes potes. Je leur envoie un message pour leur dire qu’il y aura une fête chez moi demain à dix-huit heures, en expliquant que moi aussi j’ai été pris de court, raison pour laquelle je ne les préviens que maintenant, et je précise que mon départ est prévu pour samedi à neuf heures.

Loïc : Tu as fait fort man. On trouve le créneau où pour une teuf ?

Yohan : En vrai. C’est serré. Est-ce que tu penses pouvoir faire une virgule demain après ta fête histoire de couper même une ou deux heures avec toi en pv ?

Moi : Je ne promets rien mais je vais voir. Dans tous les cas, on aura la tendance demain pendant la fête.

Eux : Ok. À demain.

Moi : À demain.

Je pose mon téléphone et vais discuter avec mon épouse.

****

Nous sommes à la fête organisée en mon honneur. Cela a commencé depuis une heure maintenant et j’avoue que je suis surpris par le monde qui y est. Je ne m’attendais pas à ça, ma grand-mère a dépêché tout le monde. Comme cela se passe à la maison, ma mère n’a pas eu d’autre choix que de jouer les hôtesses d’accueil même si son manque d’enthousiasme est manifeste et ses sourires forcés. J’ai reçu des enveloppes d’argent de la part de presque tout le monde comme quoi j’en aurai besoin où je m’en vais. Je ne sais pas exactement combien ça fait, je n’ai pas eu le temps de vérifier, j’ai juste rangé dans ma chambre. Là je suis avec mes potes dans un coin du salon.

— Tu penses que ce sera faisable ? demande Yohan.

— Oui. Je crois qu’à vingt-deux heures tout au plus, les choses seront pliées et tout le monde sera parti chez lui, dis-je.

— Ok.

Ma grand-mère se met au milieu du salon.

— Il est où mon époux ? demande Marie-France.

Je lève la main en esquissant un faible sourire.

— Ah il est là, viens, s’il te plaît, mon amour, dit-elle.

Je me rapproche d’elle, nous nous retrouvons au milieu et mon père nous rejoint.

— Diane tu peux me rejoindre, s’il te plaît ? dit papa en tendant la main à ma mère qui se trouve dans un coin.

Elle le regarde quelques secondes avant de s’avancer vers nous, un brin hésitante dans sa démarche et un sourire de circonstances sur les lèvres. Il lui prend la main et l’attire plus près. Il passe sa main autour de sa taille.

— Je tenais tout d’abord à remercier toutes les personnes d’avoir répondu présent à cette invitation, comme ce fut le cas deux ans plus tôt avec notre fils aîné, dit papa.

Certains acquiescent en un mouvement de tête.

— Si nous sommes là ma femme et moi, c’est pour célébrer notre second, fils Calvin Harris surnommé le mouton noir dans cette famille, ajoute-t-il.

Les gens rient et lui aussi.

— Oh oui, nous le savons tous. Tout le monde a entendu parler d’Harris dans cette famille et je sais que beaucoup se demandaient s’il obtiendrait ne fût-ce que le bac, moi le premier. Rassurez-vous, ce n’est pas par manque d’intelligence, car en matière d’intelligence il l’a toujours eue, mais c’était son manque de volonté et sa dispersion qui posaient un problème. Pourtant aujourd’hui, il nous a montré que non seulement on le sous-estimait, mais qu’il était capable de faire bien au-delà de ce que l’on attendait de lui. Un baccalauréat scientifique avec mention et une admission à la prestigieuse école EPITA. Certes, ce n’est qu’un début et le plus gros reste à venir, mais n’empêche que nous sommes fiers de lui et nous voulons le lui dire tout en lui souhaitant le meilleur pour le futur, déclare-t-il en levant son verre. Je veux lever mon verre à Harris ce soir.

— À Harris ! répondent tous les autres.

Ils lèvent leurs verres, ma grand-mère m’en donne un et je le fais aussi. Nous buvons en mon honneur. Mon père m’attire à lui pour me faire un câlin. Je veux me tourner vers ma mère, mais celle-ci s’éloigne avant que mon père ne me lâche. Je prends sur moi. Ma grand-mère me reprend dans ses bras et dirige tout le monde vers la salle à manger. Les adultes s’installent à une table, les ados à une autre, et les plus petits à une troisième. Le repas est servi. Ça mange, ça raconte, ça rit, jusqu’à vingt-et-une heures. Puis, petit à petit, les gens s’en vont. À vingt-deux heures, la maison est vide.

— Je raccompagne Yohan et Loïc, dis-je à mon père.

— Oui mais va pas faire le con là-bas. On s’en va à neuf heures.

— J’ai compris.

— Ok.

Je fais un tour dans ma chambre, je sors tout l’argent contenu dans les enveloppes. J’essaie de compter mais j’arrête quand je dépasse un million cinq. Ça va me perdre du temps. Je ramasse tout et le mets dans une grande enveloppe. Je récupère l’ordinateur et le petit paquet. Je sors de ma chambre puis j’emprunte la porte arrière pour me retrouver dans le parking. J’ouvre le coffre d’une des voitures, je mets le tout à l’intérieur. Je retourne dans la maison faire signe aux gars qu’on lève l’encre, nous sortons par la porte centrale. Je grimpe au volant et c’est feu dans la ville.

— Djo, tu vas aller en boîte avec ta veste là ? lance Yohan, amusé.

On éclate de rire tous les trois. Marie-France m’a obligé à me mettre en costume deux pièces cravate pour le coup, je n’avais pas le choix.

— Tiens le volant une minute, dis-je.

Il le fait, je retire la veste et la cravate, je retrousse les manches de ma chemise. Je reprends le volant. Ça fait beaucoup moins stricte surtout face à eux, ils sont en t-shirt, jean et basket, j’ai l’air d’avoir au moins cinq ans de plus qu’eux vêtu de la sorte.

— Là quand-même ça va, reprend Yohan amusé. Tu étais là comme un daron et tout.

— Bouge.

On sort de ma zone pour Louis, on retrouve d’autres potes au Cotton où un salon nous est déjà réservé. Le champagne est posé sur la table. Quand on prend place, les choses vont vite, je temporise quand même parce que je dois conduire et aussi rentrer chez moi vivant après une petite escale. L’ambiance est bonne, les filles s’agitent autour de nous et y en a même qui rejoignent rapidement notre salon. Le DJ me dédicace de temps à autre une parole disant que ce show, c’est pour moi. Je me laisse absorber par le mouvement, quand je regarde l’heure, il est deux heures quarante-cinq du matin.

— Merde, dis-je.

Je pose mon verre sur la table et me lève.

— Yo, il faut que je parte, dis-je en touchant Yohan.

— Comment ça ? demande Yohan.

— Regarde l’heure.

Il regarde et écarquille les yeux.

— Ah ouais. On a abusé, reconnaît-il.

Il va chercher Loïc qui colle une petite sur la piste et le tire dehors jusqu’à la voiture.

— Qu’est-ce qui se passe ? demande Loïc.

— Je fonce, il est presque trois heures, dis-je.

— Ah bon ? dit-il, les grands yeux.

Il regarde sa montre et constate que c’est vrai.

— Vous restez encore, non ? demandé-je.

— Ouais, répondent-ils.

On se checke avant de se cogner par les épaules.

— En tout cas, merci les gars, on s’appelle, dis-je.

— Ok. Fais-nous signe, répondent-ils.

J’envoie mon pouce en l’air. Je grimpe dans la voiture et je démarre en direction de Rio, me demandant comment je vais faire pour la sortir de sa maison à trois heures du matin sachant que son quartier est une zone hautement dangereuse, surtout à pareille heure…

PLUS TÔT DANS LA JOURNÉE

Winnie Fleur Ella

Je dépose une nouvelle fois le troisième zoom[1] que j’ai acheté, dans l’espoir de trouver un travail à faire. Il n’y a rien d’autre que les bars à gérer. À croire que dans tout ce pays, les gens ne connaissent que les bars comme commerce.

Je dépose le zoom, dépitée. Il va bien falloir que je trouve un truc. Je n’ai pas envie de gérer les bars, je ne veux pas que des gars ivres viennent me tripoter si j’en gère un, et puis les horaires ne sont pas bons. Si je ne trouve rien d’autre, je vais chercher à faire nounou. Je soupire.

Je me lève et ramasse les zooms pour les déposer sur la table. Je regarde l’heure sur la petite montre au mur : treize heures. Ma mère va rentrer vers quinze heures autant préparer dès maintenant. Ces derniers jours, elle ne mangeait que ce que j’avais ramené de mon week-end, refusant ce qu’on avait dans le congélateur. C’était à base d’un repas avec une ou deux bières. Tout ça, c’est fini depuis hier. Sa réalité va la rattraper. Elle pensait trop qu’elle était déjà arrivée, jusqu’à venir manger devant la porte pour montrer je ne sais quoi à qui. Dernièrement, je ne reconnais plus ma mère, elle a des comportements étranges maintenant. Je soupire.

J’ouvre le congélateur : il n’y a pas grand-chose, juste des cous de dinde et des pattes de poule, qu’on appelle aussi râteaux. Je sors les cous, les nettoie avant de les mettre dans la casserole. Je les prépare avec des tomates en fruits, et pour accompagnement, on a du riz.

Pendant que tout cuit, je me pose et reprends mes réflexions sur ce que je pourrais faire. Je passe en revue mes options de commerce. Je peux faire des glaces : il y a beaucoup d’enfants ici, ça pourrait marcher. Je sais en faire à l’oseille, au lait ou même au coco. Je vais chercher rapidement mon carnet pour noter les ingrédients nécessaires pour les trois saveurs et en estimer les coûts.

Je poursuis ma réflexion et me rappelle que je sais aussi faire des crêpes, des croquettes et même des gâteaux au four. J’ai appris avec Cynthia, sauf que je n’ai pas les ustensiles nécessaires pour les crêpes ni le feu pour les gâteaux : nous avons seulement un réchaud trois feux. Il me faudrait au moins une mini gazinière pour ça. Je note tout de même en continuant mes estimations de prix et revois mes listes.

Lait caillé et coco : 2 kilos de lait en poudre 6 000 F, 2 paquets de sucre en poudre 1 560 F, 6 pots de yaourt 1 500 F, 1 arôme 3 Lions 500 F, sachets (petit) 250 F, sachets (moyen) 300 F, coco 1 000 F. Total : 11 110 F.

Bissap : paquet d’oseille 500 F, sucre 780 F, arôme 500 F, bonbons mentholés ou menthe 500 F. Total : 2 280 F.

Croquettes : farine 500 F, sucre 780 F, lait non sucré (bouteille) 600 F, beurre 750 F, 3 œufs 300 F, sucre vanillé 100 F, levure 100 F, sachets 300 F, huile 900 F. Total : 4 330 F.

Gâteau et crêpes : farine 1 000 F, lait non sucré 1 200 F, sucre 780 F, orange 250 F, arôme 500 F, 2 levures 200 F, 2 sucres vanillés 200 F, petit pot de chocolat 250 F. Total : 4 380 F.

Poêle à crêpes 3 000 F, mini gazinière 45 à 50 000 F. TTC : 70 à 75 000 F.

Je fais une grimace. C’est une sacrée dépense. Est-ce que mon argent suffira là-bas ? J’essaie de faire des projections sur les recettes et combien je pourrais rentabiliser.

Je choisis les formats :

Glaces : 50 et 100 F pour les enfants, 300-500 F pour les ados, 1 500 F pour les adultes.

Crêpes : 100 F simples, 150 F au chocolat.

Gâteaux : 100 F la tranche.

Croquettes : 100 F.

Je fais une petite projection pour voir combien je peux gagner. Ce n’est pas mal, mais pour compenser l’achat de la gazinière, ce ne sera pas une mince affaire, surtout que mon temps est limité : j’ai à peine deux mois avant de voyager. Ce n’est pas faisable. L’achat de la gazinière, je le ferai peut-être à Franceville si je trouve le terrain favorable. Pour l’instant, on se contente du reste.

Je refais mes calculs en enlevant la partie gâteau et la gazinière. Je garde le reste : je suis à un peu plus de 15 000 F comme dépense, ce qui est raisonnable.

J’arrête les feux et vais dans ma chambre pour vérifier mon argent. Je sors l’enveloppe de mon sac. Les deux dernières fois que j’ai vu Calvin, il m’a remis 100 000 F à chaque fois. Ma mère a retiré 70 000 F en tout, il me restait donc 130 000 F. Elle m’a emprunté 40 000 F avant-hier : il me reste 90 000 F.

Je n’ai rien acheté depuis lors, si ce n’est les zooms, et ça c’était avec le reliquat de l’argent pour le bac. J’ai bien géré ça. La seule grosse dépense que j’ai faite était les 20 000 F pour les habits, sinon rien.

Je n’ai plus de nouvelles de Calvin. Je l’avoue avec un pincement au cœur. J’ignore s’il a voyagé. Je dois chercher à assurer mon voyage à Franceville. Il me faudra au moins 200 000 F pour le billet, les inscriptions et une chambre de 15 000 F que je vais payer deux mois en avance en attendant la bourse.

Je décide de retirer 20 000 F pour le commerce et de garder les 70 000 F. Avec les 55 000 F que ma mère me doit, si elle me complète même avec 50 ou 60 000 F plus l’argent du commerce, ça peut aller. Sinon, je vendrai mon téléphone et achèterai un allô-allô. De toute façon, la principale personne avec laquelle je m’écrivais m’a déjà oublié, alors à quoi bon ?

Je finis mes calculs et sors pour acheter mes articles. Je donne 500 F aux enfants du quartier pour aller chercher des bouteilles vides un peu partout. Je profite pour leur dire que je vais vendre des glaces à la maison avec les croquettes et les crêpes. Ce sont mes commerciaux et mes prospects en même temps.

Derrière eux, je ne perds pas de temps et me lance dans la préparation des croquettes et des crêpes. Ma mère vient me trouver alors que je suis en plein travail.

— Ah… il se passe quoi ici ? demande maman.

— Bonjour maman et bonne arrivée, dis-je.

— Merci… mais tu ne réponds pas à ma question, rétorque-t-elle.

— J’ai décidé de faire le commerce. Je vais vendre les croquettes, les glaces et les crêpes jusqu’à ce que je parte à Franceville, dis-je en souriant.

Elle se met à taper dans ses mains avant de les poser sur ses hanches.

— Je dis, hein. Winnie, tu es normale ? lance-t-elle.

Je la regarde, confuse.

— Non, il faut me répondre, tu es normale ? Tu es sûre que tout va bien dans ta tête ? insiste maman.

— J’ai fait quelque chose de mal ? demandé-je, perdue.

— Tu me poses la question, Ella ? réplique-t-elle.

— J’ai fait quoi ? dis-je en essayant de réfléchir à ce que j’ai bien pu faire de travers.

— Donc quand tu vois ce que tu fais ou tu entends ce que tu dis là, ça sonne bien dans ta tête ? dit-elle.

Je reste silencieuse.

— Tu vas laisser quelqu’un qui te donnait des enveloppes de trente mille, quarante mille, cent mille après seulement avoir passé un week-end avec toi pour venir me vendre les croquettes de 100-100f ? Ella, tu es normale ?

—…


 



[1] Journal d’annonces.

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