Chapitre 28 : Son vrai chemin.

Write by L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 28 : Son Vrai Chemin

Flora Louise Minkue

— Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je à Winnie.

— Calvin dit qu’il est à la porte, répond-elle.

J’écarquille les yeux de surprise et je la pousse presque.

— Et qu’est-ce que tu attends pour partir lui ouvrir ?

Elle me regarde et s’en va. Je reste là à lorgner pour voir si c’est vraiment lui. Elle met la lumière et ouvre la porte, effectivement Calvin est là. Merci Seigneur. Je sais qu’à chaque fois qu’il la voit, forcément c’est pour lui donner de l’argent. Apparemment, il n’a pas encore voyagé.

Je reste à les guetter même si je n’entends rien de ce qu’ils se disent. Je le vois au moins lui donner un sac, ensuite Winnie part avec et revient lui faire un câlin, puis il lui donne un petit paquet. Winnie l’embrasse sur la bouche et elle éteint la lumière. C’est maintenant la lumière de son téléphone qui les éclaire et je les vois partir dans sa chambre. Je comprends donc qu’il va passer le reste de la nuit ici. Je ferme ma porte et retourne m’allonger sur le lit. Quelques minutes après j’entends des gémissements, j’ouvre les yeux que j’avais déjà fermés.

— Ô mon Dieu… Cal… Cal… oui… oui… anh... Anh… anh… bébé...  Anh…, gémit Winnie.

Le lit là-bas aussi que cui-cui-cui.

— Ohr… ohh… ô seigneur… Ahn... Calvin… Calviiiiinnnnnn, fait-elle plus fort.

Silence. Je n’entends plus rien. Je pense qu’ils ont fini puis soudain.

Cui-cui-cui, plus fort même qu’au début.

— Seigneur, mais ils font comment là-bas ? dis-je.

— Ôh… ôh… ôh…, continue la voix de Winnie.

— Ça c’est quel goût qui ne finit pas ? murmuré-je. Et elle est obligée de crier comme ça ?

Je descends du lit et je viens coller mon visage sur le mur qui donne sur sa chambre. J'essaie de voir par les petits espaces entre les planches pour comprendre pourquoi ils font autant de bruit et pourquoi elle crie comme ça. J’ai vécu ici avec son père et jamais nous n’avons fait un tel vacarme. Je ne sais même pas si un jour elle a même pu se douter que son père et moi faisions dans la chambre.

 Ils sont dans le noir et je n’arrive pas à les voir.

— Calvin, s’il te plaît, doucement, supplie Winnie.

C’est maintenant qu’elle se rend compte qu’ils font du bruit ?

— C’est ton lit qui parle, répond Calvin.

— Ô mon Dieu…, souffle-t-elle, haletante.

— Suce-moi, ordonne-t-il.

Je ne sais pas si elle le fait mais on n’entend plus rien pendant un moment, puis encore le lit qui parle.

— Calvin, les voisins…, gémit-elle.

— Les voisins ne baisent pas ? réplique-t-il.

— Ô Seigneur… Cal, ma mère est à côté, dit-elle.

— Ce n’est pas un bébé et elle sait que tu baises.

— Aahnnn…

Sans que je ne le veuille, je commence moi aussi à ressentir des sensations dans mon sexe ; il s’humidifie tout seul, et plus Winnie crie à côté, plus l’envie grimpe dans mon corps. Cela fait plusieurs mois que personne ne m’a touchée. J’étais trop en colère à cause de ma situation, au point que même penser à coucher avec quelqu’un ne m’avait plus traversé l’esprit. Il faut aussi dire qu’il n’y a que des malheureux qui me draguent, ce qui m’a encouragée à rester dans ma position. C’est lundi dernier que j’y ai pensé, quand j’ai vu les objets que Winnie avait ramenés de chez Calvin. Je les ai d’ailleurs confisqués. Maintenant, je suis excitée.

Winnie continue aussi à crier. Je remonte ma robe de nuit et fais passer ma main dans mon slip, déjà mouillé. Je caresse mon sexe avant d’y enfoncer mes doigts. J’ouvre grand les yeux et la bouche, me retenant de gémir. Je me doigte un petit moment, puis, quand le goût commence à me prendre, je retire ma robe et mon slip pour me retrouver complètement nue. Je soulève le matelas pour prendre l’un des objets que j’avais confisqués avec Winnie, en forme de bangala en caoutchouc. Je reviens coller ma tête contre le mur et l’enfonce dans mon sexe. Je gémis de plaisir.

—  Flora, c’est comment chez vous là-bas ? crie Caroline depuis sa maison en cognant sur le mur.

Je m’arrête.

— Calvin, s’il te plaît, supplie Winnie.

Le silence s’installe un petit moment, puis Winnie pousse un fort gémissement que tout le monde entend. La minute suivante, on entend les bruits contre le mur, les gémissements, les grognements et les papapapap. On sent que ce qui se passe là-bas est intense.

L’enfant là est sérieusement en train de me baiser ma fille. Je comprends maintenant pourquoi quand elle revient à la maison, elle boite et elle a les traces partout. Un petit comme ça a appris à baiser où ? De toute ma vie, jamais on ne m’a prise comme ça. J’essaie de me consoler avec le jouet que j’ai entre les mains mais même cela me frustre, j’en viens à vouloir être à la place de Winnie.

Je l’écoute crier encore quelques minutes puis plus rien, plus un bruit. Je guette en forçant mon œil à voir dans le noir et effectivement je le fais. Je les vois assis sur la chaise :  Winnie est sur lui et a ses bras autour de son cou ; lui, il a ses mains sur ses fesses et ils s’embrassent. Winnie est aussi en train de tourner sur lui. Regarde même leur façon de faire, ça te donne envie de faire aussi. Sylvestre ne pouvait pas me faire des postures comme ça, lui que les positions des pauvres.

Je les regarde faire jusqu’à ce qu’ils terminent, et c’est avec peine que j’accélère rapidement cette chose dans mon con pour jouir. Quand je le sens venir, je marche, jambes écartées, jusqu’au lit, où je prends un oreiller pour le mettre dans ma bouche. Je continue et je mords l’oreiller pour étouffer ma voix. Je retire cette chose et la remets sous mon matelas. Je ramasse ma robe que je remets, le slip va au sale. Je regarde l’heure sur mon petit téléphone : quatre heures trente. Je monte sur le lit et j’essaie de dormir.

****

Le bruit d’un réveil se fait entendre. Je piaffe.

— Ça c’est le réveil de qui ? murmuré-je exaspérée.

Je me tourne sur le lit avant d’ouvrir un œil. Le jour est déjà là et ce satané réveil continue de faire du bruit. J’ai envie de crier le nom de Winnie, mais je me rappelle que Calvin est là, alors je me ravise. J’entends de légères voix provenir de sa chambre, sans écouter ce qu’ils se disent. Je me redresse et m’assois sur le lit. Normalement, je devrais sortir pour aller me laver et partir au travail, mais je ne peux pas le faire à cause de ce petit. J’attends qu’il s’en aille. Il ne faut pas qu’il sache que je sais qu’il est venu me baiser l’enfant chez moi.

J’apprête néanmoins mes habits pour le travail. Le simple fait d’y penser me fatigue et m’énerve, mais je n’ai pas le choix. J’espère au moins qu’avec tout le bruit que Calvin a fait ici, il va donner quelque chose de conséquent, même deux cent mille.

Au bout d’un moment, j’écoute la porte de Winnie s’ouvrir. Je viens guetter : elle est dans les bras de son type, qui la soulève comme un bébé.

— Ils jouent à quoi ? dis-je.

Il la dépose devant la porte et il enlève les cales. Il se retourne et l’embrasse en la serrant dans ses bras, ensuite il lui caresse le visage et s’en va. Winnie referme la porte derrière lui, je sors de la chambre pour la rejoindre.

— Il est parti ? demandé-je derrière elle.

Elle se retourne brusquement, apparemment elle ne m’a pas entendue arriver. Je la fixe, elle baisse les yeux. Elle a un drap noué autour de sa taille, tient une veste à la main, ses yeux sont rouges et elle a des traces de suçon sur le cou, les épaules et le haut de la poitrine. Tu vas suivre son visage et tu vas dire que c’est une enfant innocente pourtant personne n’a dormi dans ce terrain à cause d’elle.

— Bonjour maman, dit Winnie d’une petite voix.

— Oui, bonjour. Tu n’as pas répondu à ma question.

— Oui… il est parti. Il doit voyager ce matin.

— Ah !

— Il est venu pour me dire au revoir.

— Il t’a donné quelque chose ?

— Oui.

— C’est où ?

— Dans la chambre.

— Allons me montrer.

Elle essaie de marcher mais grimace. Je la regarde. Est-ce qu’elle pouvait bien marcher après ce qui s’est passé cette nuit ?

— Il faut faire de l’eau chaude. Tu dames là-bas, ça va passer.

Elle me regarde sans rien dire. Je la devance pour aller l’attendre dans sa chambre. Je vois le sac et le paquet posés sur sa table. Je prends le paquet et regarde : un parfum et des bijoux. J’observe bien le parfum ; c’est le même que ma patronne. Je déchire l’emballage pour sortir le flacon, je vaporise sur mon bras : c’est la même odeur, c’est un vrai parfum. Pour ma patronne, son mari avait ramené ça de France à son dernier voyage.

Winnie entre dans la pièce en s’agrippant aux murs et me regarde.

— Je prends le parfum là. Tu as déjà trois parfums là-bas, tu n’as pas besoin de ça.

Elle ne dit rien.

Je regarde les bijoux, je prends les boucles d’oreilles et je lui laisse le bracelet.

— Je prends aussi les boucles là. Je n’ai même plus rien. Je suis maintenant là comme une femme qui vit au village.

Elle ne dit toujours rien et force son chemin jusqu’au lit sur lequel elle se couche en serrant la veste qu’elle a entre les mains dans ses bras.

Je remets mon parfum et mes boucles dans le paquet, je le mets à côté. J’ouvre le sac et je fais sortir tout ce qui est à l’intérieur, ce sont les accessoires de l’ordinateur et une feuille sur laquelle il a écrit des informations que je ne comprends pas, il y a aussi une grande enveloppe kaki. Je l’ouvre pour voir et mes yeux s’écarquillent tellement je suis dépassée par ce que je vois. Je me tourne vers Winnie.

— Calvin t’a dit quoi quand il est venu ?

— Il a dit qu’il est venu me donner l’ordinateur là et un peu d’argent pour mon école quand je vais voyager, répond Winnie.

— Il t’a dit combien il a donné ?

— Non. Il a dit que ça va me tenir pour le voyage, l’inscription et pour quelques mois en attendant que la bourse passe.

— Ok. Je vais aller cacher ça dans ma chambre. À mon retour du travail, on va compter ensemble.

— D’accord.

— Je pars d’abord me laver pour ne pas être en retard. Toi, repose-toi et, quand tu auras un peu de force, tu vas chauffer de l’eau pour mettre au pipi.

Elle ne dit rien. Je prends mon paquet et je sors de sa chambre pour la mienne. Je regarde encore bien dans l’enveloppe et mon cœur est content jusqu’à… ce n’est pas ce dont je parlais hier ici ? Madame voulait faire les croquettes ; les croquettes peuvent-elles donner une enveloppe pareille ? Seulement trois heures de temps, et regarde tout ce qu’elle a reçu !

En tout cas, je pars d’abord au travail. À mon retour, je vais regarder tout ça. Je pose l’enveloppe sous mon lit, je ramasse ma serviette que j’échange contre ma robe de nuit. Je prends ma brosse à dents et mon pot de bain, et je sors, heureuse comme jamais, pour aller me laver.

Je tombe sur les voisins qui sont attroupés à côté et me regardent avec des visages de kongosseurs. Je suis tellement en joie que je ne perds pas mon temps sur eux. Qu’ils disent et pensent ce qu’ils veulent, ce n’est pas mon problème.

Je me rends dans la douche et me lave en chantonnant. Après ça, je retourne dans la maison, frotte la crème et m’habille. J’ai envie de pomper mon nouveau parfum pour aller au travail, mais je me ravise : je n’ai pas envie que ma patronne m’accuse d’avoir pompé son parfum. Je mets seulement les boucles, une jolie robe, mes ballerines, et je sors.

— Winnie, je suis partie oh.

— Oui maman, répond-elle d’une petite voix.

Je peux entendre dans sa voix qu’elle est en train de pleurer. L’enfant là et les pleurs, je n’ai jamais vu.

— Il ne faut pas oublier de faire l’eau chaude et aussi préparer oh.

— On peut manger les Nike aujourd’hui, non ? Comme ça je vais te donner l’argent pour que tu emmènes, je n’ai pas la force de préparer.

— Hum… Il faut donner.

— Tu peux venir prendre ça dans mon sac ? Je n’arrive pas à marcher, s’il te plaît.

Je me rends dans sa chambre. Elle est toujours allongée sur le lit et serre la veste sur elle.

— C’est dans quel sac ?

— Dans le sac bleu.

Je vais fouiller le sac et je vois plusieurs billets dedans. L’enfant là a encore l’argent comme ça ?

Je prends dix mille et je ressors.

— Bonne journée maman.

— Merci mon bébé. Il faut bien te reposer.

Je récupère ma sacoche et je me rends au travail très joyeuse. Même la saleté de la maison des gens-là n’enlève pas ma joie.

— Eh, tantine Flora, aujourd’hui là, tu es en forme, hein, lance Nina, l’une des filles.

— Oui ma fille, il y a des jours comme ça, dis-je en essuyant le salon, souriante.

— Ah c’est bien. Maman a dit de nettoyer la chambre extérieure là avant de partir aujourd’hui. Il y a mon grand frère qui va rentrer de Suisse demain.

— D’accord, réponds-je en souriant.

Elle me regarde un moment et ça se voit qu’elle est étonnée. Oui, je suis toujours énervée quand on me demande de faire quelque chose que je n’avais pas prévu. Mais aujourd’hui je l’ai dit, rien ne peut m’enlever ma bonne humeur. Je finis le salon, je vais m’occuper de la vaisselle. Après ça je sors la nourriture que je trempe dans de l’eau.

 Je vais nettoyer la chambre des patrons, déjà sale alors que j’ai nettoyé hier. Je fais comme je peux et je retourne à la cuisine. Je prépare rapidement et quand je termine, je vais nettoyer la fameuse chambre qui est vraiment poussiéreuse avec les toiles d’araignées partout. Ils ont la chance que je sois de bonne humeur sinon le foufou que j’allais faire ici, Dieu seul sait. Je balaie sols et murs, je lave la douche et toilette, j’essuie le sol, il me faut une heure trente pour tout finir tellement c’est sale. Je finis à quatorze heures. Je vais me laver dans la petite chambre où je laisse mes affaires, je me change et je pars. Je croise les deux grandes filles des patrons.

— Ah, tantine Flora, tu as déjà fini ? C’était rapide aujourd’hui, hein, disent-elles.

— Dieu m’a donné la force oh, réponds-je.

— Il doit le faire tous les jours oh.

— Amen.

Salomé me regarde puis pointe mes oreilles.

— Ah, tantine Flora, tes boucles là sont jolies, hein. Tu as acheté ça où ?

Elle s’approche de mon oreille et les touche.

— C’est le vrai or, hein.

Je bombe le torse, le sourire jusqu’à dans un autre continent.

— Ah… c’est ma fille qui m’a offert ça. Elle m’a dit que ça revient de l’Europe.

Eh oui, je mens, même si je ne sais pas d’où ça vient. Il faut qu’elles sachent que nous aussi, on a des connaissances qui sont là-bas.

Elena les regarde attentivement.

— En tout cas, c’est très joli.

— Merci. Mais bon, j’y vais. À lundi oh.

Je sors de la maison puis du portail. Je vais prendre mon taxi pour la gare routière. Je sors les dix mille que j’ai pris avec Winnie, j’achète deux robes avec et une babouche. Il me reste trois mille. Je prends le bus pour Rio. Une fois descendu, je vais chez les braiseurs de nourriture : je prends à Winnie les Nike[1] de cinq cents avec les beignets de cinq cents. Je prends le poisson à la braise pour mille deux cents et les beignets pour huit cents. Tout son billet est dépensé. Il me reste mille deux cents dans mon sac et j’achète un litre de Djino, puis je rentre à la maison.

J’entends des bruits de couloir : apparemment, « un petit garçon est venu me coucher dans ma maison cette nuit et personne n’a pu dormir. » Est-ce que ça me fait quelque chose ? Je m’en moque.

J’arrive à la maison, la porte est toujours fermée. Je sors ma clé et l’ouvre.

— Winnie ? appelé-je en rentrant dans la maison.

Je n’obtiens aucune réponse. Je dépose la nourriture et le jus sur la table, puis vais d’abord dans ma chambre déposer mon sac et mon sachet de vêtements. Je soulève mon matelas : l’enveloppe est toujours à sa place.

Je sors et vais dans la chambre de Winnie. Elle est endormie sur son lit. Je vois qu’elle s’est lavée : sa serviette est posée sur la fenêtre et elle a porté une robe sous la veste de Calvin que la bonne dame a portée.

Je regarde son visage et je peux voir les traces de larmes séchées, comme pour me dire qu’elle a beaucoup pleuré aujourd’hui. L’enfant-là n’a jamais versé autant de larmes, même pour son père, que pour Calvin, surtout ces trois derniers mois. Si pleurer pouvait tuer, elle serait morte.

Je veux sortir de la chambre, mais mon regard tombe sur son téléphone et est attiré par l’image qui s’affiche sur l’écran. Je récupère le téléphone. Je la vois assise, en soutien-gorge et slip, sur lui qui porte uniquement un caleçon. Elle est à califourchon sur lui, il a une main sur ses fesses qu’il attrape comme s’il était le propriétaire ; ils regardent tous deux vers la caméra et sourient. Je regarde l’image, puis Winnie, qui dort paisiblement, le visage innocent… comme si elle ne connaissait pas les hommes, et pourtant voici les positions qu’elle prend. J’imagine qu’ils se préparaient à faire ce qu’ils ont fait cette nuit, dérangeant tout le quartier avec leurs cris.

Je dépose son téléphone et retourne dans ma chambre. Je sors l’enveloppe, la renverse sur le lit, les billets sont étalés. Mes yeux brillent et mes mains tremblent. C’est la première fois que je vois autant d’argent de ma vie. Je le prends, le hume, je me frotte dessus le visage et le corps comme pour l’attirer davantage à moi, afin que là où il est venu, il ne reparte plus jamais. Je me déshabille et continue à frotter l’argent partout.

Quand j’ai fini, je m’assois pour compter en faisant des lots de cent mille. À la fin, je me retrouve avec trente-cinq lots de cent mille et un de cinquante mille. Je refais mes calculs et tombe sur trois millions cinq cent cinquante mille. Je suis tellement dépassée que je pleure.

— Seigneur, ça c’est quel argent comme ça ? dis-je en pleurant. Donc moi aussi dans ma vie là je pouvais toucher ça ? Merci mon Dieu, j’ai toujours su que moi je suis née pour réussir et que la pauvreté ce n’est pas pour moi. C’est pourquoi tu m’as bénie avec une fille comme Winnie, pour que je puisse bien la guider. J’ai compris le chemin de sa bénédiction et moi-même je vais veiller pour qu’elle ne gâche pas tout pour passer à côté de ça. Envoie encore sur son chemin, les vrais hommes qui vont lui donner plus que ça, même quatre ou cinq, on va les gérer.

Je finis, je prends un million cinquante mille et je mets dans l’enveloppe. Les deux millions cinq cent mille là, je vais cacher dans mon sac. Je reviens m’habiller et je récupère l’enveloppe pour aller déposer. Mais je m’arrête encore devant la porte, j’enlève cinq cent mille. Winnie ? L’enfant là est tellement naïve qu’elle ne compte jamais l’argent que Calvin lui donne. S’il lui a dit que je t’ai donné telle somme, c’est ce qu’elle va répéter sans prendre la peine de vérifier.

Les jours où elle connait le montant exact c’est que j’ai compté devant elle, sinon, elle vient seulement donner l’enveloppe et elle part dans sa chambre, ce qui fait que je dis ce qui me passe par la tête et elle croit. Par exemple, les deux dernières fois qu’elle était avec Calvin, il lui a donné cent cinquante mille mais j’ai dit que c’était cent mille, elle a cru. Là aussi je vais encore mentir, elle ne saura jamais rien.

Je cache les autres cinq cent mille et je vais déposer le reste dans sa chambre. Je ressors pour aller manger mon plat avec la moitié du jus. Je lui garde le reste. C’est à dix-huit heures que la bonne dame se réveille.

— Bonsoir maman, dit Winnie en marchant toujours difficilement, mais mieux que ce matin.

Je la regarde.

— Bonsoir. Tu as quand même pu te reposer, c’est bien. Tu as fait de l’eau chaude ?

— Oui.

— D’accord. Ça va aller, avec le temps, tu vas finir par t’habituer.

— …

— Tu as même mangé depuis le matin ?

— Non.

— Il faut manger, Winnie. Il ne faut pas venir tomber malade ici, on n’a pas l’argent pour les médicaments. Il faut manger.

— Oui. Tu as pris les Nike ?

— Oui… j’ai déjà mangé pour moi. C’est pour toi qui est sur la table. Je t’ai aussi laissé le jus au congélateur là-bas.

— Merci, maman.

— Ce n’est rien, tu sais que tu es mon bébé.

Elle se rend difficilement à la cuisine et revient s’attabler avec le jus et une fourchette.

— Bon appétit, mon bébé.

— Merci !

— Tu as vu l’enveloppe, non ?

— Oui.

— Ok, il faut bien cacher ça. Je n’ai pas voulu prendre l’argent là, comme tu as dit qu’il a donné pour ton école. Il y a cinq cent cinquante mille dedans.

— Mais tu pouvais même prendre cent mille, maman.

— Non, mon bébé, je ne peux pas prendre ça. C’est pour ton avenir. Tu sais que je veux que tu fasses l’école. Comme Calvin nous soulage d’un grand poids comme ça, mieux on ne dépense plus. Il faut bien garder l’argent là pour ton école, c’est le plus important.

— D’accord…


 



[1] Ailes de poulet braisées.

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