Chapitre 30 : J'ai déchiré.

Write by L'UNIVERS DE JOLA

Chapitre 30 : J’ai Déchiré

Winnie Fleur Ella

J

e descends du taxi et me mets sur le côté pour attendre ma mère, qui est venue avec moi. Nous sommes venues payer mon billet de train à la gare d’Owendo. Je dois voyager la semaine prochaine.

Je vais partir seule, mais je me suis déjà arrangée avec un groupe de gens avec qui j’étais au lycée et qui vont également voyager avec moi. Il y a un gars de ma classe qui connaît la ville et qui nous a aidées à trouver les chambres là-bas dans une maison. Comme lui-même va aussi pour apprendre, il nous servira de guide.

Ils ont pris leurs billets hier et m’ont dit de venir aujourd’hui pour avoir la place le même jour qu’eux, sinon après, ça risquerait d’être difficile. Nous sommes donc venues.

Ma mère paie, mais prend tout son temps pour descendre du taxi. Quand elle le fait enfin, elle se plaint de la fraîcheur à cause du vent.

— Maman, si tu marches vite, on va vite arriver et tu pourras être là où il y a moins de vent.

— Je dois maintenant me casser les pieds, Winnie ? Toi-même tu ne vois pas tout le vent là ? Tu ne pouvais même pas me dire de prendre un par-dessus.

Je reste silencieuse.

— Il faut maintenant avancer là-bas comme on a dit que les billets là vont fuir, dit-elle en arrivant à mon niveau.

Je me tourne pour continuer mais malheureusement, je cogne quelqu’un qui me rattrape pour m’empêcher de tomber.

— Excusez-moi, je n’ai pas vu où je marchais, dis-je confuse.

— Ce n’est pas grave, si je pouvais me faire cogner tous les jours ainsi par une aussi jolie femme, ça ne me dérangerait pas, répond-il en souriant.

Je souris faiblement.

— J’espère que je ne vous ai pas fait mal.

— Non, ça va.

— Kevin ? demande maman derrière moi.

— Oh… tantine Flora, c’est toi qui es là ? dit-il en se décalant.

— Oui, c’est moi.

— Tu fais quoi ici ?

— Je suis venue accompagner ma fille.

— C’est la jolie demoiselle là, ta fille ?

— Oui oh, répond-elle avec un large sourire.

— C’est donc elle, la Winnie dont tu parles souvent ?

— Oui c’est elle, c’est elle, répète maman avec un large sourire.

— Ah ça… j’ignorais que tu avais une grande fille comme ça, dit-il en me regardant.

— Ah… c’est Dieu qui m’a bénie oh.

— Maman, on peut y aller ? interviens-je.

— Allez où ? Tu ne vois pas que je parle d’abord avec mon fils ? N’est-ce pas, on est déjà à gare ? Ou bien ce sont les guichets qui vont fuir ?

— Je ne veux pas qu’on me dise qu’il n’y a plus de place.

— C’est une nouvelle place ?

Je reste silencieuse. Je la regarde, mon cœur chauffe dans ma poitrine. Je croise mes mains et j'attache mon visage. Elle continue de parler avec le gars en question. Lui aussi, au lieu de partir, prolonge la discussion pour poser des questions qui n’ont même pas de sens. Il ne peut même pas dire que, non, certainement elles sont pressées, je vais les laisser partir. Je fouille dans mon sac pour sortir mon téléphone et mes écouteurs, mets la musique à fond et enfonce les écouteurs dans mes oreilles pour ne plus écouter leur conversation. On perd dix minutes là comme la blague.

— Maa, je vais aller rapidement prendre mon billet et je reviens te trouver, dis-je exaspérée au plus haut point.

— Sinon, on peut aller tous les trois, propose-t-il.

Lui et qui ? me dis-je dans ma tête, puis à haute voix, sèche : Non merci. Vous pouvez rester là à bavarder comme vous le faites si bien.

— Winnie, ça c’est quelle façon de parler aux gens ?

— Ce n’est pas grave, tantine Flora, dit-il en souriant.

— Je pars d’abord, je reviens.

Elle veut encore beaucoup parler mais je pars. Je l’entends m’appeler derrière mais je ne réponds pas. Je continue jusqu’au guichet pour prendre mon billet, je paie. Quand je quitte de là, la caissière annonce que c’était le dernier billet pour ce train. Vous voyez ? Donc si je n’avais pas forcé, je ne devais même pas avoir mon billet.

Je le range dans ma sacoche, je retourne pour les trouver, ils ne sont plus au même endroit. Je sors mon téléphone pour l’appeler mais celui-ci se met à sonner. C’est un numéro inconnu, je décroche.

— Allô ?

— Winnie, c’est Kevin, dit une voix d’homme.

— Kevin, c’est qui ? demandé-je en fronçant les sourcils.

— Celui qui parlait avec ta mère tout à l’heure.

— Ah !

— C’est tantine Flora qui m’a remis ton numéro. Je t’appelle pour te dire que nous sommes assis du côté où il y a les buvettes, on prend un jus. Quand tu vas finir, rejoins-nous.

Je reste silencieuse.

— Allô ? Tu m’écoutes ?

— Oui, j’ai compris.

— Ok. À tout à l’heure, on t’attend.

— Ok.

Clic ! Je regarde mon téléphone, comment maman peut donner mon numéro comme ça à un inconnu ?

 Au lieu d’aller les rejoindre, je m’assois sur un banc public. Je scrolle sur Facebook pour passer le temps. Je tombe sur une photo de Calvin qu’il vient de publier. Mon cœur se met à battre vite dans ma poitrine. Deux mois, ça fait deux mois qu’il est parti et je n’ai plus de ses nouvelles.

Est-ce que je l’ai oublié ? Bien-sûr que non. Je pense à lui tous les jours et je rêve également de lui la nuit. Parfois je suis assise toute seule et j’essaie de m’imaginer ce qu’il peut bien être en train de faire. Il n’avait plus publié de photos depuis un mois maintenant alors c’est aujourd’hui que je vois une nouvelle image de lui. Il a une petite barbe qui a poussé, il a l’air d’avoir pris un peu de muscle et il est dans ce qui ressemble à un amphithéâtre. D’ailleurs la légende qui accompagne la photo le dit. ‘’mon futur chez moi, mission focus’’. C’est ce qui est écrit. Je le regarde, je like la photo et je décide de laisser un petit commentaire même si je sais qu’il ne va pas me répondre.

Moi : (commentant) Bonne chance à toi !

Je sors et continue de scroller sur la plateforme. Une notification me disant que Calvin HO a répondu à mon commentaire me parvient. Je clique pour voir.

Calvin HO : Merci beauté.

La minute d’après, un message sur Messenger me parvient, je clique dessus c’est toujours lui.

Calvin HO : Tu vas bien ? Ça fait un bail ?

Moi : J’ignorais que mon état t’inquiétait. En tout cas, je ne suis pas encore morte si c’était ça ton souhait.

Calvin HO : J’en suis ravi. C’était juste pour te saluer, bye.

Moi : Je te déteste, Cal. Je te jure que je te déteste.

Calvin HO : Kiakiakiakia. J’avais oublié à qui j’avais affaire. Grandis, Ella.

Moi : Il faut venir me faire grandir.

Calvin HO : J’ai déjà beaucoup fait sur toi, je laisse cette tâche à quelqu’un d’autre. Ou alors c’est ma queue qui te manque ? Mon remplaçant ne te fait pas comme moi, n’est-ce pas ?

Moi : Tu es un vrai rigolo, Calvin, tu m’entends, non ?

Moi : Sache que ton remplaçant est meilleur que toi, sur tous les plans.

Calvin HO : Kiakiakiakia. C’est ce petit côté fougueux de toi là que je n’ai pas encore trouvé ici, Ella. Pleure ma queue en silence. Toi et moi savons qu’aucun de tous ceux qui te grimperont dessus n’arrivera à te faire vibrer comme je l’ai fait. Tu es ma marque de fabrique, tu portes et tu porteras jusqu’à la fin de ta vie, la signature de mon passage sur toi. Alors reste tranquille, bébé.

Moi : N’importe quoi.

Calvin HO : Je t’envoie un bisou sur toutes tes parties humides que nous connaissons tous les deux. Bye.

Moi : Tu peux te les garder tes sales bisous.

Il ne répond plus.

Moi : Tu es parti ?

 Aucune réponse.

Moi : Cal ?

Aucune réponse.

Moi : Tu me manques, cal, s’il te plaît, écris-moi.

Aucune réponse.

Je soupire. Je sors de l’application et je verrouille mon téléphone. Je m’adosse sur le banc, je ferme les yeux et me perds plusieurs minutes dans mes souvenirs avec lui. J’ignore combien de temps je fais là, mais c’est la sonnerie de mon téléphone qui me sort de cet état. Je regarde le numéro : c’est le même que tout à l’heure. Je piaffe et laisse sonner. L’appel se coupe puis relance la seconde d’après, je ne prends toujours pas. La troisième fois, je soupire longuement avant de le faire.

— Allô ?

— Tu n’as toujours pas fini ?

— Je viens de le faire. Je ne connais pas où sont les buvettes alors je vais vous attendre à la route. Dites à ma mère que quand elle va finir, elle n’a qu’à venir me retrouver.

Clic ! C’est moi qui ai raccroché. Je n’ai pas envie de les rejoindre, je veux rentrer à la maison. Deux minutes plus tard, j’entends le klaxon d’une voiture non loin de moi.

— Winnie ?

Je me retourne, le gars de tout à l’heure qui m’appelle. Ma mère est également dans la voiture. Je me lève pour me rapprocher.

— Viens monter, on s’en va, dit-il.

— On s’en va où ?

— Je vais vous déposer chez vous avant de rentrer chez moi.

— Ce n’est pas la peine, on va prendre le taxi. On ne va pas vous déranger.

— Cela ne me dérange pas.

— Ce n’est pas la peine, insisté-je.

— Ah, Winnie, monte non, c’est comment ? demande maman en baissant davantage la vitre arrière.

Je reste silencieuse.

— Mon fils nous propose gentiment de nous déposer et tu es là pour beaucoup parler ? Tu as quel problème ?

Je reste silencieuse.

— Viens monter ici on va partir, ça c’est quoi ?

C’est à contrecœur que je tourne le véhicule en traînant les pieds pour aller ouvrir la portière arrière.

— Tu viens où ? demande maman en me regardant.

— Tu m’as demandé de venir monter, non ? dis-je, la regardant confuse.

— Et c’est derrière ici que tu viens le faire ? Kevin, c’est ton chauffeur ?

Je reste silencieuse.

— Ferme-moi la portière, tu vas monter devant là-bas, tu te crois où ?

Je la regarde, je ferme la portière arrière et j’ouvre celle du devant où je monte. Je mets la ceinture et je tourne mon visage bien amarré vers la route.

— Allons-y mon fils, il ne faut pas suivre celle-là, dit maman.

Il démarre, ils reprennent à parler tous les deux sur le chemin. Ils parlent de moi. Le bon monsieur demande à ma mère si c’est prudent de me laisser aller toute seule à Franceville sachant que je suis une fille et qu’il n'y a personne là-bas pour m’encadrer. Il lui dit que cela aurait été plus facile pour moi d’aller au CUSS[1]qui est juste à côté, et, que si je tiens à poursuivre les études sur quelque chose de sérieux et promoteur, je dois m’inscrire en fac de médecine car à Franceville, on finit par devenir enseignant.

Je l’écoute, mon cœur est gros mais je prends sur moi pour ne pas répondre parce que si je lui dis le fond de ma pensée actuellement, ma mère risque de me renier. Je finis par remettre mes écouteurs aux oreilles jusqu’à la route au quartier. Je veux descendre mais il me retient en m’attrapant la main. Je le regarde.

— Tu peux m’accorder cinq minutes ? demande-t-il.

— Je vais vous laisser, Winnie, tu vas me trouver à la maison, dit maman en souriant.

Je reste silencieuse.

— Kevin à lundi oh, et salue tes parents pour moi, ajoute-t-elle, toujours souriante.

— D’accord tantine Flora, à lundi et rentre bien, répond-il en souriant.

Ma mère descend de la voiture et ferme la portière. Quand elle s’éloigne du véhicule, je retire brusquement mon bras en fermant davantage mon visage. Il me regarde.

— C’est la première et la dernière fois que vous osez m’attraper comme vous l’avez fait, dis-je droit dans les yeux. La prochaine fois, je vais correctement vous insulter. Et aussi, fermez votre bouche en ce qui concerne mes études, votre avis et vos commentaires à la con, vous pouvez vous les garder, je n’en ai pas besoin. Bonne journée.

J’ouvre la portière et je descends. Je fouille la poche arrière de mon pantalon, j’en sors deux mille et je balance ça sur son siège avant en claquant la portière. N’importe quoi.

Je m’éloigne de son véhicule et je prends la route de la maison.

— Oh… tu as déjà fini de parler avec Kevin ? s’étonne maman dès que je rentre.

— Oui… il a dit qu’il va m’appeler comme il a eu une urgence, dis-je, ne voulant pas faire d’histoires.

— Ah d’accord. Heureusement que je lui ai même remis ton numéro quand on était à la gare là-bas, répond-elle en souriant.

Je la regarde et reste silencieuse.

— L’enfant là…, poursuit-elle dans le même état, c’est le fils de ma patronne qui était à l’étranger pour ses études. Il est rentré le mois dernier. Il a commencé le travail ça fait seulement deux semaines à la Seeg là-bas comme un cadre. Il n’a pas de copine et apparemment tu lui plais. Quand tu es partie prendre le billet là, il fallait voir comment il te regardait derrière, ajoute-t-elle, souriante. Il n’a pas arrêté de me demander des informations sur toi. J’ai dit que vraiment Dieu est bon oh. Je vois comment l’enfant là donne l’argent à ses sœurs là-bas, il va bien s’occuper de toi.

Je la regarde sans rien dire, totalement convaincue que cette femme doit avoir perdu l’esprit. Je trace dans ma chambre sans lui répondre en pensant intérieurement que la semaine-là doit vite passer pour que je parte d’ici rapidement.

****

Je suis en train de plier mon linge. Mon voyage est prévu pour demain et je suis contente. Enfin, je vais pouvoir penser à autre chose avec les nouvelles occupations que j’aurai et un nouvel environnement. Cette maison commence à m’épuiser, avec ma mère qui ne fait que me parler du fils de sa patronne, qui fait ci et ça.

À chaque fois qu’elle rentre du boulot, elle m’appelle pour me demander si j’ai parlé avec Kevin et si on commence à s’entendre. Je lui répète que oui, que ça se fait doucement avec lui. Je préfère entrer dans son jeu pour avoir la paix, parce que je ne veux pas la fâcher avant mon départ. Je me suis dit que j’allais faire semblant pendant la semaine-là et partir tranquillement.

Son Kevin, ou je ne sais trop qui, m’a écrit le soir même pour s’excuser de m’avoir vexée en parlant de mes études, en disant qu’il voulait juste me faire élargir les angles et que son intention n’était pas de m’importuner. À la fin de son message, il m’a demandé si on pouvait se voir le dimanche.

Non seulement je n’ai pas répondu à son message, mais je l’ai rapidement mis sur la liste noire. Voilà quelqu’un qui n’a même pas honte. Il doit avoir au moins vingt-cinq ans, si ce n’est plus, mais il vient s’intéresser aux petites filles comme si j’avais l’âge de sortir avec quelqu’un comme lui. Si ça, ce n’est pas de la sorcellerie, alors c’est quoi ?

Dans tous les cas, ce n’est pas mon problème. Demain, je pars d’ici et je verrai bien où il va encore me voir. Je boucle ma première valise et la mets de côté. Je prends mon sac à dos et j’y mets tous mes papiers de l’école, mon billet, l’argent et tout ce dont je pourrai avoir besoin rapidement en chemin. Je le pose sur la table et je retourne vers la seconde valise.

J’y mets le reste de mes vêtements et quelques cahiers à l’intérieur. Je n’ai pas fait de fournitures scolaires, je les ferai sur place pour éviter d’alourdir les bagages. Les cahiers, ce sont ceux que je n’ai pas utilisés l’année dernière. Je suis en train de boucler ma valise quand ma mère rentre de son travail.

— Ella ? crie maman.

— Maman ?

— Viens ici.

Je me lève, intriguée, ne sachant pas pourquoi elle est fâchée. Je sors de la chambre pour la rejoindre au salon.

— Bonsoir maman et bonne arrivée, dis-je.

— Tu dis bonsoir au cadavre de ton père, Winnie, ce n’est pas à moi que tu dis bonsoir, répond-elle, le visage fermé.

Je reste perdue.

— Quand je t’ai posée la question sur Kevin ici, tu m’as dit quoi ?

Je gratte ma tête.

— Tu m’as dit quoi, Ella ? Tu étais en train d’apprendre à vous connaître, non ? dit-elle en balançant son sac sur les fauteuils.

— Oui, dis-je d’une petite voix.

— Tu apprends à te connaître avec le fantôme de ton père, eh, ou bien c’est avec qui ?

Je reste silencieuse.

— Tu blagues avec moi, Ella ?

— Non.

— Non et tu oses me mentir ? Tu me racontes des conneries alors que tu as bloqué le numéro de Kevin depuis déjà une semaine ? dit-elle en me giflant sur le visage.

Je mets un bras sur mon visage et reste silencieuse.

— Tu es folle, Ella ? Tu ne vois pas comment je me tracasse ici pour toi ? Tu ne vois pas ça ? On te trouve les opportunités et toi tu les bloques ? En plus tu as le courage de me regarder dans les yeux pour me raconter des conneries ? continue-t-elle en me giflant sur la tête. Tu t’amuses avec moi ? me donne-t-elle une autre gifle sur la tempe. Tu t’amuses avec moi, Winnie ? Donc tu n’as pas pitié de moi.

Une pluie de coups s’abat sur moi et je recule pour aller me bloquer sur un coin du mur. J’encaisse en pleurant en silence et quand elle en a marre, elle me pousse. Je vais tomber par terre en cognant ma tête contre le living.

— Lève-toi rapidement et dégage de ma vue si tu ne veux pas que je te tue. Badecon, crie-t-elle en colère.

Je m’exécute et je pars pleurer dans ma chambre.

— Je me tracasse pour toi ici et tu es là pour saboter mon travail ? Ça te plaît de vivre dans ce trou à rat ? Tu es même comment ? Seigneur, c’est quoi cette malchance avec moi ? C’est quelle maboule que tu m’as donné comme enfant, qui ne comprend pas les choses ? Ça c’est même quel esprit ? Ce n’est pas la sorcellerie ? Ô mon Dieu ! continue-t-elle, parlant toujours.

Je pleure dans ma chambre pendant longtemps, au point de m’endormir sans m’en rendre compte. Lorsque je me réveille, je suis plongée dans le noir. Je cherche mon téléphone pour voir l’heure : une heure du matin.

J’écarquille les yeux, me lève et allume la lumière. Je mets mon téléphone en charge et termine de préparer ma dernière valise. Mon départ est prévu à sept heures demain — enfin, dans quelques heures. Je boucle tout jusqu’à deux heures, puis je règle le réveil à cinq heures trente avant de me recoucher.

À l’heure indiquée, je me lève. Je sors mes valises ainsi que le sac de l’ordinateur et les dépose devant la porte. Je retourne dans la chambre, me déshabille, enfile ma serviette et soulève mon pot de douche pour aller me laver dehors.

À mon retour, je me passe la pommade, j’enfile la tenue que j’avais mise de côté pour le voyage. Je range mes produits de toilette dans un sachet que j’emballe soigneusement, ainsi que ma brosse à dents, puis je les mets dans mon sac à dos. Je me parfume, j’enfile mes chaussures, porte les bijoux que Calvin m’a offert et soulève mon sac.

Je regarde mon téléphone : il est complètement chargé. L’heure indique six heures trois. Je le débranche et sors de ma chambre pour aller frapper à la porte de ma mère. Même si la veille ne s’est pas bien passée et que j’ai encore la douleur de ses coups sur le corps, je ne vais pas m’arrêter sur ça.

— Maman ? Maman ? dis-je en cognant.

— C’est qui ? répond maman, froide.

— Winnie.

— Et tu me veux quoi ?

— C’est pour te demander si tu ne m’accompagnes plus à la gare, il est déjà six heures.

Je l’entends piaffer dans sa chambre, puis c’est le silence.

— Maman ? cogné-je à nouveau.

— C’est quoi, Winnie ? Tu me veux quoi ? Dans ma propre maison, je ne peux pas dormir? crie-t-elle.

— C’est à cause de l’heure, dis-je d’une petite voix.

— Fous-moi le camp de là.

Je reste quelques minutes devant la porte sans savoir quoi faire, puis je me décide à cogner une dernière fois. Je ne peux pas partir sans lui dire au revoir quand même.

— Tu veux m’énerver le matin-là, Winnie ? ouvre brusquement la porte maman, énervée.

— Non, je voulais seulement savoir si tu devais m’accompagner ou non, dis-je en reculant, petite voix.

— Je ne t’ai pas dit de dégager devant ma porte ?

Je reste silencieuse.

— Cogne encore là, tu vas voir ce que je vais te faire, imbécile, menace-t-elle.

Clap. Elle vient de fermer sa porte avec force. Je retourne au salon en traînant des pieds, ne sachant pas quoi faire : partir sans elle ou attendre un peu qu’elle vienne me trouver ? Je regarde l’heure : six heures dix.

Je décide d’attendre encore dix minutes pour voir si elle sort. Je m’assois sur les fauteuils, j’enlève mon sac de mon dos et le pose sur mes jambes. Je n’ai même pas acheté les petites sucreries que je devais manger en chemin, puisque je me suis endormie sans même m’en rendre compte. À pareille heure, les boutiquiers le long de la route sont déjà ouverts.

Je décide d’aller acheter quelques biscuits, du jus et de l’eau, en attendant que ma mère sorte de la chambre. J’ouvre mon sac pour prendre mon petit porte-monnaie dans lequel j’avais vingt-trois mille francs et quelques jetons. Il est vide.

J’écarquille les yeux.

— Comment ça ?

Je cherche dans le sac et me rends compte que ni cet argent, ni l’enveloppe des cinq cent cinquante mille, ni mon billet n’y sont.

— Qu’est-ce qui se passe ? J’ai bien mis ça dans mon sac, non ? dis-je, paniquée.

Je renverse tout le contenu de mon sac sur le fauteuil et je cherche : il n’y a rien. Je fouille le sac de l’ordinateur, rien. Je retourne chercher ça dans ma chambre, je soulève et balance tous les cahiers, les sacs, je fouille les rotins, je retourne les matelas, je me baisse pour regarder sous le lit. Rien.

— Seigneur, qui a pris mes affaires ? dis-je, mes yeux rouges trahissant ma peur.

— Tu cherches quoi ? demande maman derrière moi.

— Mon billet et l’argent que Calvin m’a donné pour l’école, j’ai mis ça dans mon sac hier mais ce n’est plus à l’intérieur, dis-je, la voix frêle.

— Je vois. C’est moi qui ai pris ça.

Je mets ma main sur mon cœur, apaisée du tourment qu’il avait déjà commencé à subir, il était déjà en l’air.

— J’ai décidé que tu n’iras plus à Franceville, c’est pourquoi j’ai déchiré le billet là la nuit. Si tu veux faire l’école, tu iras là au CUSS, continue-t-elle.

Je la regarde comme si elle avait cinq têtes. Non, je n’ai pas bien entendu.

— Tu m’as bien entendu, j’ai dit que tu ne voyages plus, répète maman.

Elle tourne les talons et passe au salon, je sors à mon tour pour aller regarder dans la poubelle qui est à la cuisine. Je vois effectivement mon billet de train qui a été déchiré à l’intérieur. Je lève la tête pour la regarder, non, elle n’a pas osé me faire une telle chose…

 

À Suivre…



[1] Centre Universitaire des Sciences de la Santé.

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