CHAPITRE 43 : DEFINIR LE CADRE

Write by L'UNIVERS DE JOLA

CHAPITRE 43 : DEFINIR LE CADRE

**LOYD MBAZOGHO**

Le repas chez Mommy s'est achevé et les gens décident de s'en aller mais je décide de ne pas bouger.

Lucrèce : (Me regardant) Tu ne viens pas ?

Moi : Non.

Lucrèce : (Surprise) Comment ça ?

J'ai envie de lui donner une réponse désagréable mais je me ravise et je lui dis simplement.

Moi : J'ai décidé de rester avec Mommy.

Lucrèce : (Après un moment) Il y a un souci ?

Moi : (Dans ma tête) Sérieusement ? (Parlant) Rentre avec les tiens Lucrèce.

Elle me regarde.

Ya Leslie : (Derrière nous) Vous faites comment ?

Lucrèce : (Me regardant) J'arrive maman.

Moi : Bonne nuit d'avance.

J'ai tourné mes talons et je suis quitté devant elle. Elle a fini par sortir et est partie avec les autres. La maison s'est vidée et je suis finalement resté avec Mommy.

Moi : Je crois que tu devrais prendre une assistante maintenant qui restera ici avec toi. Cette maison est bien trop grande pour que tu y vives toute seule.

Elle me sourit et va s'asseoir sur le canapé, je l'y rejoins.

Mommy : Je ne suis jamais toute seule dans cette maison. Il y a énormément de gens ici.

Moi : Je ne te parle pas des êtres spirituels mais des êtres humains.

Mommy : Tu deviens comme tes sœurs ? Vous pensez que je suis trop vieille maintenant pour rester toute seule ?

Moi : Un peu même si tu n'es pas si vieille que ça.

Elle sourit.

Mommy : Tes sœurs ont souhaité m'envoyer les enfants pour rester avec moi à cause de ça (Souriante) Mais j'ai refusé.

Moi : Pourquoi ?

Mommy : Parce que ce n'est pas mon rôle d'éduquer mes petits-enfants. Je veux bien les avoir de temps à autre pour des vacances mais je ne saurais les recevoir ici permanemment. Et tu sais pourquoi ?

Moi : Non.

Mommy : Parce que les grands parents n'ont pas reçu l'onction des parents sur la vie de leurs petits-enfants. Sauf cas de force majeure, personne d'autre ne devrait élever un enfant que ses parents parce que cette onction est unique et spécifiques aux parents. Du point de vue humain, c'est déjà assez compliqué, tu verras par exemple lorsqu' un oncle ou une tante élève l'enfant de son frère, il y a une sorte de filtre qui pèse sur lui de sorte à l'empêcher d'agir pleinement sur l'enfant. Déjà par peur de penser que peut-être ses actions seraient mal interprétées par l'enfant qui pourrait se dire que c'est parce que je ne suis pas ‘’son enfant'' qu'il agit ainsi envers moi. Et cette pensée, le parent et parfois la société la partage. Du coup, on a souvent du mal à trouver le juste milieu. Soit la personne risque d'être très sévère ou au contraire laxiste avec son neveu, un sentiment que l'on a rarement avec ses propres enfants. Il en est de même pour un aîné qui joue le rôle des parents. Ces choses sont très courantes chez nous, comme ce fut le cas pour toi avec ta grande sœur mais ce n'est pas normal, un frère n'a pas vocation à être parent de ses frères, c'est le dénaturer et changer le cours de leurs relations. Les grands parents quant à eux, ils sont par nature, amies de leurs petits-enfants, ce qui par essence, brise cette autorité qu'il y a naturellement entre un parent et son enfant. Ce qu'un enfant ne ferait pas en présence de ses parents, il le fera avec ses grands-parents qui auront beaucoup du mal à lui imposer des limites. Ce n'est pas toujours le cas mais dans la grande majorité des cas, tu verras un énorme laisser aller chez des enfants qui ont grandi avec leurs grands-parents que les autres. Tu as sans doute déjà entendu l'expression ‘’ je ne suis pas ta grand-mère ou ton grand père pour m'emmerder''.

Moi : Oui.

Mommy : Parce que dans la conscience collective, un enfant est censé emmerder, jouer et blaguer avec ses grands-parents. Ils sont là pour être leurs amies, ils les écoutent, les conseils mais ne les éduquent pas parce que ce n'est pas leurs rôles.

Moi : (Silence)

Mommy : Et du point de vue spirituel, de la même façon que les parents ont l'autorité sur les enfants qui leur confèrent le droit de les bénir et de les maudire, c'est ainsi qu'ils ont reçu l'onction nécessaire pour les éduquer.

Moi : Je comprends.

Mommy : Et ne t'inquiètes pas pour moi, je ne me sens pas seule, quand je sentirai qu'il faut que je me fasse accompagner de façon permanente, je vous le dirai, d'accord ?

Moi : D'accord.

Mommy : Et sinon, comment vas-tu ? Tout se passe bien avec Rebecca ?

Je soupire.

Moi : Je ne sais pas ce qui se passe mais j'ai l'impression que depuis que nous nous sommes mariés, elle me fuit. Elle n'arrête pas de trouver des excuses pour être loin de moi. Ces derniers temps, tout le monde est plus important que moi et à chaque fois que je veux lui parler, elle me dit plus tard. Elle n'a pas arrêté de me dire que je ne voulais pas faire d'elle ma femme et me reprocher mon manque réactivité. Maintenant que je l'ai fait, j'ai l'impression qu'elle ne veut plus de cette relation. Elle veut être avec ses parents alors j'ai décidé de laisser tomber et la regarder faire.

Mommy : Je vois. Ne te résigne pas aussi vite et cherche à avoir une discussion. Lorsqu'on est en face d'un comportement qui n'est pas normal, on ne le laisse pas demeurer dans notre maison, il pourrait enfanter des enfants que vous auriez du mal à faire partir avec le temps et risquez de les élever. Tu comprends ce que je te dis ?

Moi : (Soupirant) Oui.

Mommy : Dans un mariage nous sommes à 2 et quand une personne manifeste une attitude qui est néfaste pour l'un d'entre vous et même pour vous 2, on se doit d'intervenir pour la recadrer. Et n'oublie pas que tu es l'homme dans ce mariage et c'est à toi de tracer le chemin à suivre. Vous n'êtes plus dans une position où Rebecca pouvait faire ce qu'elle voulait. Aujourd'hui, elle ne s'appartient plus et ne peut pas prendre n'importe quelle décision comme elle le veut, tu dois le lui faire comprendre et lui imposer des limites à ne pas franchir.

Moi : (Silence)

Mommy : Nous les femmes, nous sommes comme des enfants et testons sans cesse les personnes sous l'autorité desquelles nous nous trouvons et si jamais il n'y a pas de cadre bien défini, on ira dans tous les sens. Alors ais une discussion avec elle pour comprendre son comportement ensuite mets lui un cadre pour qu'elle sache dans quel périmètre elle doit naviguer.

Moi : J'ai compris et merci pour tes conseils.

Mommy : Je t'en prie. Nous ferions mieux de prier et aller nous reposer car ça n'était pas facile avec le mariage de ton frère.

Moi : D'accord.

Mommy : Dirige.

Je me suis mis à prier pendant qu'elle m'accompagnait en chanson puis elle m'a suivi et plusieurs minutes après, nous avons rejoint le lit. J'ai reçu des messages de Lucrèce me disant qu'ils étaient bien rentrés puis après me demandais si nous devrions prier ensemble mais je n'ai pas réagi. Je m'apprêtais à aller prendre ma douche quand mon téléphone a sonné pour un appel WhatsApp, c'était Arsène. J'ai écarquillé les yeux de surprise et pour cause ? Je n'ai plus reçu un appel de lui depuis plus de 4 ans maintenant. Il avait bloqué mon numéro de téléphone et l'a débloqué pendant le mariage où je l'avais appelé 2 fois pour savoir si je pouvais passer déposer les marchandises de la dot. Nous avons échangé que dans ce cadre là 4 ou 5 fois puis plus rien. Il est resté dans son coin et m'a bien fait comprendre qu'il n'était pas prêt à m'avoir près de lui si ce n'est pas obligatoire. Alors je suis vraiment surpris de recevoir son appel cette nuit, peut-être est-ce à propos de Lucrèce ou des enfants, je décroche.

« Moi : Allô ? »

« Arsène : Tu dormais déjà ? »

« Moi : Non, ne t'inquiète pas. Il y a un problème avec les enfants ? »

« Arsène : Non. Lucrèce aussi va bien, ils sont tous les 3 dans leur chambre. »

« Moi : D'accord. »

« Arsène : J'aimerais savoir si tu serais disponible demain matin pour que nous puissions prendre le petit déjeuner tous les deux. »

« Moi : À la maison ou ailleurs ? »

« Arsène : Ailleurs, de préférence dans un endroit où l'on pourra discuter. »

« Moi : Tu veux que je choisisse le lieu ? »

« Arsène : C'est toi qui connais le la ville donc ce serait logique. »

« Moi : D'accord. Je passerai te chercher demain à 8h si ça te va. »

« Arsène : Ok. On se dit à demain et bonne nuit. »

« Moi : Merci, à toi aussi. »

« Arsène : Merci. »

Clic ! J'ai posé mon téléphone assez intrigué par ce coup de fil et je me suis demandé ce qu'il voulait bien me dire. Je suis finalement allé prendre ma douche et je me suis couché (...)

Je regarde Lucrèce qui me regarde la surprise dans les yeux et je me retourne pour suivre Arsène qui vient de sortir de la maison. Nous montons dans la voiture et je démarre sans attendre mon reste. Le trajet se fait en silence jusqu'au restaurant que j'ai choisi. C'est un coin où j'avais mes habitudes quand je vivais au Ghana, le cadre est beau et paisible. En plus, il est proche de la société où je travaillais. Nous arrivons là, nous nous installons et un des serveurs vient vers nous.

Lui: (Souriant) Mr. Loyd, how are you? It's been a while since we've seen you. (Monsieur Loyd, comment allez-vous ? Ça fait longtemps que nous ne vous avons pas vu.)

Moi : (Répondant à son sourire) I'm fine Tom and you ? (Je vais bien Tom et toi ?)

Lui :  I'm fine. Were you out of the country? (Je vais bien. Vous étiez hors du pays ?)

Moi: Yes, I returned to Gabon a few years ago. (Oui, je suis rentré au Gabon il y a quelques années)

Lui : I understand. In any case, it's nice to see you. (Je comprends. En tout cas, ça fait plaisir de vous revoir)

Moi : Me too. (Regardant son uniforme) I see you've become a supervisor, congratulations. (Moi aussi. Je vois que tu es devenu superviseur, toutes mes félicitations)

Lui : Thank you, I'm trying to follow your advice as best I can. (Merci. J'essaie d'appliquer vos conseils du mieux que je peux)

Moi : It's good. (C'est bien)

Lui : What can I do for you ? (Que puis-je faire pour vous)

Moi : I brought my brother-in-law here and would like to leave him in your care so he can explore. (Je suis venu avec mon beau-frère et j'aimerais le laisser à tes bons soins afin de le faire découvrir)

Lui : I agreed. (Je vois) (À Arsène) Hello sir and welcome. (Bonjour monsieur et bienvenu)

Arsène: Hello and thank you. (Bonjour et merci)

Lui : Will you give me carte blanche to serve you? (Vous me donnez carte blanche pour vous servir ?)

Arsène : I'd like to. Surprise me. (Je veux bien. Surprenez-moi)

Lui: Ok, you won't be disappointed. (D'accord, vous ne serez pas déçu)

Arsène : I'll wait and see. (J'attends de voir)

Lui: Ok, I'll get back to you in a few minutes. (Ok. Je vous reviens dans quelques minutes)

Nous : Okay. (D'accord)

Il s'est retiré et j'ai regardé Arsène.

Moi : On s'est connu à l'époque quand je travaillais ici. Il était tout jeune et venait d'être embauché. Nous avons très vite accroché et sommes devenus assez proches.

Arsène : Je vois. Il m'a l'air sympa.

Moi : Il l'est.

Le silence s'est installé un petit moment et Arsène a repris la parole.

Arsène : J'ai tenu à te voir aujourd'hui car je voulais que nous discutions tous les deux.

Moi : (Silence)

Arsène : Depuis que tu es revenu à Libreville, nous savons un peu tout ce qui s'est passé. Chacun a tiré cette histoire à sa sauce et a dit tout ce qu'il pensait en essayant de nous faire suivre une direction. Je n'ai rien dit parce que si tu me connais assez, tu dois savoir que je ne fais pas quelque chose tant que je ne l'ai pas décidée en amont et ce peu importe l'opinion des gens autour.

Moi : Je sais.

Arsène : (Me fixant dans les yeux) Ce que tu nous as fait Loyd, n'a pas de nom.

Moi : (Silence)

Arsène : Tu étais supposé être l'oncle de mes enfants. J'avais confiance en toi à tel enseigne que je t'ai ouvert mes bras et je t'ai accueilli dans ma maison pas comme un beau-frère mais comme un fils. Aussi bien à la maison comme partout ailleurs, je t'ai pris sous mon aile et je me suis porté garant pour toi en tout point. Je t'ai défendu et soutenu quand il le fallait et j'ai toujours cherché à avoir ta position à chaque fois qu'il y avait un souci dans lequel tu étais impliqué. J'ai installé un climat de confiance et de respect entre nous au point de te confier ma maison et mes enfants à plusieurs reprises lorsque je me suis déplacé. Et qu'est-ce que tu m'as fait ?

Moi : (Silence)

Arsène : Tu as dit avoir été surpris par tes sentiments pour Lucrèce ce que je comprends parfaitement mais cela ne justifie en rien les actions que tu as posées. Tu riais avec moi tous les jours, tu mangeais sur ma table et me regardais dans les yeux, pourtant dans la nuit tu accueillais mon enfant dans ta chambre pour coucher avec elle sous mon propre toit en me sachant endormi à quelques mètres de là paisiblement en me pensant en sécurité avec ma famille. Tu as une seule idée de ce que tu as pu créer dans mon esprit ?

Moi : (Silence)

Arsène : Combien de questions nous ne nous sommes pas posés ta sœur et moi ? Des nuits entières à parler de cette histoire au point de devenir dépressifs et paranoïaques. Si toi qui étais supposé être leur oncle et les protéger, tu avais pu faire une telle chose ? Qui d’autres ? Tu nous as fait douter de nos positions de parents et de protecteurs pour nos enfants. Tu nous as fait remettre tout notre entourage en cause et nous a fait douter de tout ce que l'on considérait comme vrai. Ce que tu nous as fait Loyd, je te le redis, n'a pas de nom. Et je te le dis sans détour, j'ai longtemps médité sur la façon dont je devais te tuer.

Moi : (Silence)

Arsène : Je ne compte même plus le nombre de scénarios qui sont passés dans ma tête à ce sujet parce que la colère que tu as éveillée en moi, je ne l'avais encore jamais ressenti pour quelqu'un avant toi. (Esquissant un léger sourire) Tu dois beaucoup remercier Dieu et le pasteur Lilian parce que s'ils n'avaient pas été là pour me parler encore et encore sur cette histoire, il ne fait aucun doute que je t'aurais éliminé, cela je peux te le garantir. Je ne pensais pas pouvoir être capable de m'asseoir un jour en face de toi sans avoir envie de te faire du mal et c'est l'une des raisons pour lesquelles, j'ai préféré te tenir éloigner de moi. Au-delà du fait que tu m'aies pris un enfant, tu m'as manqué de respect à tous les niveaux et tu m'as pris comme un idiot alors que je t'avais soulevé et mis à une place que peu de personnes avaient atteinte dans ma vie et ça Loyd, c'était impardonnable.

Moi : (Silence)

Arsène : (Esquissant un faible sourire) Mais Dieu est grand et lui seul sait comment il parvient à toucher les cœurs au point de faire en sorte qu'aujourd'hui je te regarde et mon cœur est libre. Libre de toute colère, de tout ressentiment et de toute animosité à ton égard. Si ce n'était pas Dieu, personne ne pouvait faire un tel exploit. Je ne vois pas ce que l'on pouvait dire, qui pouvait me sortir de cet état, il n'y a pas. C'est pourquoi ce matin je peux aisément te dire que je te pardonne Loyd et j'accepte tes excuses par rapport à toute cette histoire.

Moi : (Touché et reconnaissant) Je te remercie et crois moi, je suis sincèrement désolé d'avoir agi comme je l'ai fait.

Arsène : Je te crois.

Moi : Merci.

Le serveur est arrivé avec ce qu'il a choisi et il a déposé, la table était garnie.

Arsène : (Souriant) We won’t be able to finish all this just the two of us. (Nous ne pourrons pas finir tout ça juste nous 2.)

Le serveur : Don't worry. If can’t do it, that’s okay. It's the restaurant that offerts it to you. (Ne vous inquiétez pas. Si vous ne pouvez pas le faire, c’est OK. C’est le restaurant qui vous l’offre)

Arsène : Ok. Thanks. (D’accord, merci)

Il a souri avant de s'en aller en nous disant de lui faire signe si jamais nous avions besoin de quoique ce soit.

Arsène : (Souriant) Je vois que tu es très apprécié et considéré ici au point où l'on t'offre gratuitement à manger.

Moi : (Souriant) J'ai eu un très bon mentor dans la vie et je ne fais qu'appliquer ses conseils.

Arsène : Je vois. Qui que cela puisse être, il doit être très sage puisque ses conseils nous permettent de manger gratuitement dans un pays étranger.

Moi : (Souriant) En effet. C'est sans aucun doute l'un des plus sages hommes qu'il m'a été donné de rencontrer et je ne serai pas où je suis aujourd'hui s'il ne m'avait pas pris par la main et guidé dans cette direction par le passé. Je lui dois beaucoup.

Arsène : (Souriant) Il faudra me donner son contact, peut-être que je pourrai moi aussi tirer de bons conseils auprès de lui.

Moi : (Amusé) En tout cas, je lui demanderai s'il est d'accord pour ça. Bon appétit.

Arsène : Merci. À toi aussi.

Moi : Merci.

Nous avons commencé à manger et c'était tellement bon que nous avons volontairement abusé au point d'être complètement ballonnés. C'est en riant que nous sommes partis de là après avoir remercié le restaurant pour le service.

Arsène : (Regardant son ventre) C'est pas possible, on dirait que j'ai trois mois de grossesse.

Nous éclatons tous les deux de rire tellement c'est la vérité. Mon ventre est tendu mais pour lui l'est plus que moi.

Arsène : C'est un indicateur que je dois reprendre le sport. C'est pas possible.

Moi : Ça te dirait de marcher quelques minutes histoire de faire descendre tout ça ?

Arsène : Je veux bien.

Nous avons commencé à marcher et il m'a posé des questions sur Mommy et sa famille. Comment et depuis quand elle est veuve ? Comment je l'ai rencontrée ? Et comment nous avons fait pour intégrer sa famille Marwane et moi au point où on a l'impression que nous en sommes véritablement membres ? Je réponds à ses questions autant que je le peux et il finit par me dire que c'est vraiment une femme spéciale.

Moi : (Souriant) Je le sais. J'ai eu énormément de chance de la rencontrer il y a quelques années. Et tout ça c'est grâce à toi.

Arsène : Comment ça ?

Moi : Si tu ne m'avais pas encouragé à partir du Gabon la première fois quand j'avais eu cette proposition, je n'allais pas venir et je n'allais jamais la rencontrer. (Esquissant un sourire) Je me rappelle que tu t'étais indigné du fait que je n'avais même pas de passeport à 28 ans.

Il se met à rire en y repensant et moi aussi.

Arsène : (Riant) Tu étais vraiment haut perché à l'époque, toujours dans les jupons de tes sœurs.

Moi : (Riant) Je sais.

Arsène : (Amusé) Et donc c'était à cause de Lucrèce que tu avais criée sur tes sœurs et Janaï ce jour-là chez toi !

Moi : Oui.

Il bouge la tête en esquissant un faible sourire.

Arsène : Et cette fois où vos parents avaient disparu et que tu avais couché avec une femme pendant le travail que nous faisions (s'arrêtant pour me regarder en arquant un sourcil) Il s'agissait aussi de Lucrèce !

Moi : (M'arrêtant à mon tour pour le regarder) Oui. C'était elle.

Arsène : (Esquissant un faible sourire) Tu es un bel enfoiré, tu le sais au moins ?

Moi : (Me grattant la tête en esquissant un faible sourire) Oui.

Il m'a mis un coup de poing dans le ventre et je me suis plié en deux tellement c'était douloureux et imprévisible.

Moi : Aïe.

Arsène : Ça c'est pour avoir couché ma fille mineure sous mon nez.

Il m'a fait une prise avant de me mettre au sol et me shooter dans les côtes avec la même rapidité. Les gens se sont automatiquement écartés de nous et nous ont regardés effrayés parce que je me tordais de douleurs au sol.

Arsène : (S'abaissant pour me regarder dans les yeux) Et ça c'est pour m'avoir pris pour un con pendant toute ces années.

Moi : (Grimaçant de douleur au sol) Aïe!

Arsène : Maintenant on peut passer à autre chose et je peux te souhaiter un bon ménage avec ma fille.

Il m'a souri avant de se relever et me tendre la main. Je l'ai prise et il m'a tiré pour me remettre debout avant de me faire une accolade et me tapotant dans le dos.

Arsène : Ce n'est qu'un juste retour des choses. Serre les dents et soit fort.

Il m'a fait un grand sourire et m'a ensuite tapoté la joue. Je me suis mis à sourire malgré la douleur que je ressentais dans les côtes et le ventre. Il a regardé derrière moi et il a vu que nous étions devant le bâtiment de la société.

Arsène : Tiens, nous sommes là ? On peut aller faire un tour ?

Moi : Si tu le veux.

Je me suis bien essuyé et nous avons pris la direction de la boîte. Il y avait 2 vigiles. Un nouveau et un autre qui était là à l'époque. L'ancien m'a reconnu et a dit à l'autre de me laisser passer car je suis un des chefs ici. Nous les avons salués et sommes passés. Une fois dans le bâtiment, beaucoup sont venus me saluer et avons échangé des nouvelles. Beaucoup ne connaissaient pas Arsène mais lorsque j'ai dit qu'il était le DGA de la boîte au niveau du Gabon, tous les égards étaient sur lui. Nous avons été dirigés vers les hauts cadres qui l'ont automatiquement reconnu en raison des réunions du grand conseil qui se font souvent et dont ils prennent tous part. Nous bavardons pendant quelques minutes et ils viennent à nous parler d'Alex en disant qu'ils n'ont aucune nouvelle de lui et du jour au lendemain, il a disparu sans laisser de traces. Ni sa femme, ni ses enfants ne sont retrouvés et la maison où il vivait en Amérique a brûlé. Que n'ayant plus de nouvelles de lui, quelqu'un d'autre a dû prendre son poste. Je n'ai pas fait de grands commentaires. Nous avons fini par prendre congé d'eux.

Arsène : (Une fois dehors) Le Alex dont il a fait mention, c'est le mari de Janaï qui avait disparu à l'église ?

Moi : Oui.

Arsène : (Surpris) C'était lui le dirigeant aux USA ?

Moi : Apparemment.

Arsène : Mais je l'ai vu plusieurs fois pendant le conseil. Un homme brillant et intelligent. Il m'avait l'air sympa et tout à fait normal.

Moi : Je sais. Même quand je l'avais rencontré, il m'avait fait cette impression. Nous étions d'ailleurs devenus amis, du moins je le pensais mais bon.

Arsène : Et tu crois qu'il est mort ?

Moi : J'en sais rien. Ce jour là quand il avait disparu pendant le travail. Personne ne sait ce qui s'était passé. Même papa Lilian ne sait pas ce qui s'est passé ni où il est parti.

Arsène : Il n'avait pas de la famille à part Janaï ?

Moi : Je sais qu'il avait une sœur et un neveu mais je ne les ai jamais vus. Pour le reste il était orphelin et avait été élevé par l'homme qui l'avait fait rentrer dans cette chose. Un homme obscur qu'il appelait le chef et qui dans mes souvenirs, ne l'aimait pas et était toujours mal à l'aise à chaque fois qu'il devait le rencontrer.

Arsène : Et sa maison ?

Moi : (Levant les épaules) Aucune idée mais on peut faire un tour si tu n'y vois pas d'inconvénients.

Arsène : Allons y.

Nous avons fait demi-tour et sommes revenus à la voiture. Nous l'avons prise et sommes partis chez Alex. Durant tout le trajet, je lui ai raconté tout ce que je savais à propos de son histoire et ce que Janaï nous a raconté lors de la confession à l'église. Lui-même n'avait rien dit parce qu’il ne parlait plus depuis cette première fois que je l'avais revu jusqu'au jour où il avait disparu. Nous sommes arrivés devant sa maison et nous avons vu qu'elle avait été détruite par le feu et qu'il y avait même des scellés dessus.

Arsène : Le diable ne donne jamais rien de permanent.

Moi : (Silence)

Arsène : Quel gâchis !

Moi : Vraiment!

Arsène : J'espère de tout cœur que Janaï pourras véritablement s'en sortir et aller de l'avant avec ses enfants.

Moi : Moi aussi, même si présentement ce n'est pas encore le cas.

Nous avons soupiré et sommes remontés en voiture pour mettre le cap cette fois-ci pour la maison.

Ya Leslie : On commençait à s'inquiéter de votre silence. Encore un peu et on allait vous appeler.

Arsène : (Souriant) On traînait çà et là dans les rues d’Accra et il me faisait visiter.

Ya Leslie : D'accord.

Arsène : Lucrèce est où ?

Ya Leslie : Elle a fait un tour pour acheter des choses pour Lucia et le bébé que nous allons rentrer avec.

Arsène : Et elle est partie avec Benoît et les enfants ?

Ya Leslie : Avec Benoît uniquement, les enfants dorment.

Arsène : Ok.

Nous sommes allés nous asseoir et avons raconté entre nous jusqu'à leur retour puis elle est passée en cuisine. Elle s'est occupée du déjeuner toute seule et nous avons mangé autour de 15h puis les voyageurs sont allés se reposer pour prendre des forces avant leur départ cette soirée. Les enfants étaient avec eux et moi sur le balcon à observer le paysage quand Lucrèce est venue derrière moi.

Lucrèce : Je vois que les choses se sont arrangées entre papa et toi.

Moi : (Silence)

Lucrèce : Ça me fait vraiment plaisir, je suis contente.

Moi : (Silence)

Lucrèce : (Posant sa main sur moi) Loyd

Moi : (Me redressant et retirant sa main) Je ne suis pas d'humeur Lucrèce alors reste loin de moi.

Lucrèce : (Silence)

Je l'ai dépassé et je suis rentré dans la maison en la laissant sur le balcon…

 
L'AMOUR SUFFIT IL ?...