Chapitre 18: Mise en beauté.
Ecrit par L'UNIVERS DE JOLA
Chapitre 18 :
Mise En Beauté
Winnie Fleur Ella
|
J |
'ouvre
les yeux ce matin, je m’étire comme une chatte, je suis toute seule dans le
lit. Je me redresse et descends pour me rendre à la douche. Le sol est
particulièrement glacé, la clim a tourné toute la nuit et elle est toujours
active. Je vais m’asseoir sur les toilettes, je fais mes besoins, mes fesses me
font mal mais c’est mieux que la semaine dernière.
Je
termine, je me nettoie et tire la chasse. Je nettoie correctement les résidus,
me lave les mains puis je me brosse les dents. Après ça, je fais un tour sous
la douche, je m’essuie, je me frotte avec sa crème, son parfum, et je regagne
la chambre.
Je
réfléchis à ce que je vais porter en retirant les draps du lit. Oui, Calvin ne
redort pas sur un drap sur lequel il a couché, même s’il l’a mis le même jour.
En termes de propreté, je ne peux pas lui parler, je sais qu’il est même plus
propre que moi. Il n’est pas du genre à te demander de faire le ménage pour
lui, il le fait lui-même.
La
seule chose que je ne l’ai pas encore vu faire, c’est préparer à manger, enfin
autre chose que des œufs. Mais pour le reste, il fait sans problème, sans
broncher, contrairement à beaucoup de garçons qui estiment que les tâches
ménagères incombent aux femmes. Il pourrait parfaitement être l’homme idéal si
et seulement si…
Je
soupire sans aller plus loin. Je ne veux pas me miner le moral ce matin, j’ai
suffisamment pleuré hier.
Je
prends de nouveaux draps que j’installe. J’entends le bruit d’un moteur dehors,
et une minute plus tard, le bruit se fait entendre dans le salon. Il ouvre la
porte de la chambre.
—
Ah, tu t’es réveillée, dit Calvin.
—
Oui. J’étais en train de faire le lit.
— Je
vois. Tu as déjà pris ta douche ?
—
Oui, je cherche juste de quoi me vêtir.
— Tu
n’as pas vu le t-shirt d’hier ?
— Je
cherchais plutôt à savoir si mes vêtements n’ont pas séché.
Il
fronce les sourcils.
— Tu
veux rentrer chez toi ?
—
Non. Je veux juste porter une de mes robes.
— Je
vois. Même si cela a séché, il faudra la repasser avant.
— Tu
peux le faire pour moi, s’il te plaît ?
—
J’ai la tête d’un blanchisseur ?
—
S’il te plaît, bébé, dis-je en souriant.
Calvin
pose un sachet sur le lit.
—
Non.
Je
vais me coller à lui et croise mes bras dans son dos.
—
S’il te plaît, bébé, insisté-je d’une petite voix avec des yeux de chat.
—
Hum… Avale d’abord un comprimé dans le sachet. Comme tu le sais…
— On
a couché sans préservatif, je le sais.
Il
ne dit rien.
— Je
peux avoir de l’eau ?
Il
m’apporte une bouteille d’eau minérale. Il me regarde avaler le comprimé puis
s’en va. Je range le sachet de pharmacie. Je m’assois sur le fauteuil,
attendant qu’il m’apporte ma robe. Il le fait cinq minutes plus tard avec une
des nouvelles robes que j’ai achetées la veille. Je l’enfile puis je le rejoins
à la cuisine.
—
J’ai fait quelques achats, dit Calvin en me regardant. Tu peux préparer ce
week-end ou tu préfères la nourriture du dehors ?
— Je
peux le faire. Tu as pris quoi ?
—
Rien de consistant. Je voulais d’abord connaître ton avis. Là, j’ai juste de
quoi faire le petit déjeuner. On pourra aller un peu plus tard prendre ce qu’il
faut.
—
D’accord.
Il
sort des croissants, une grande palette d’œufs, des fromages, du beurre, du
jambon, du salami, des saucisses, du sucre, du lait en bouteille, de l’huile et
du sel gros grain.
Je
le regarde.
— Je
peux te poser une question ?
Il
me regarde simplement.
— Je
peux savoir où tu gagnes tout l’argent que tu dépenses ?
Il
arque un sourcil.
— Je
veux dire que tu ne travailles pas mais tu as toujours de l’argent que tu
dépenses sans compter.
— Si
jamais tu me vois dans l’Union[1],
dis que tu ne me connais pas et que tu ne m’as jamais vu, répond-il avec un
rictus.
Je
le regarde.
— Je
ne fais rien d’illégal, rassure-toi, ajoute-t-il en changeant de sujet. Je vais
prendre ma douche, je ne l’ai pas encore fait.
Il
passe près de moi et me donne une claque sur les fesses qui me fait sourire. Je
reste à préparer le petit déjeuner. C’est la deuxième fois que je le fais
depuis qu’on se fréquente.
La
première fois, c’était lors du tout premier week-end que nous avions passé
ensemble. Ses parents étaient partis à l’intérieur du pays avec sa sœur. Il
m’avait fait entrer dans la grande maison pour pouvoir accéder à la cuisine.
C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’avais appris à utiliser certains
appareils. La façon dont mon cœur battait ce jour-là, Dieu seul le sait.
J’avais eu tellement peur que quelqu’un me
surprenne ou que j’abîme quelque chose là-bas.
Nous
avions mangé ce jour-là dans leur salle à manger et il avait poussé la
hardiesse jusqu’à me faire l’amour dans le salon privé de ses parents. C’avait
été grisant, partagé entre l’excitation de braver l’interdit et la peur d’être
surpris. Bref.
Après
ce jour, je ne l’avais plus jamais refait, alors c’est seulement ma deuxième
fois. Je fais du café et une omelette qui ressemble presque à une pizza tant
j’ai mis de choses à l’intérieur. Je mets le tout dans une grande assiette. Je
sors tout ce dont on aura besoin pour manger et je dispose le tout sur la
table. Quand tout est prêt, je m’assois pour l’attendre.
Il
me rejoint quelques minutes plus tard et nous nous attablons. À la fin, on
débarrasse ensemble : il fait la vaisselle, je l’essuie. Puis nous
retournons au salon.
— Ça
fait combien de temps que tu as ces tresses sur la tête ? demande Calvin.
—
Deux semaines et demie, réponds-je en touchant mes tresses.
— Et
c’est normal ?
—
Non, mais j’ai la paresse de les détacher toute seule.
— Si
on le fait à deux, cela peut prendre combien de temps ?
— Tu
vas détacher mes tresses ? demandé-je, surprise.
Calvin
ne répond pas.
— Ça
peut faire une ou deux heures, ça dépend de la rapidité.
—
Selon toi, il serait mieux qu’on le fasse avant ou après avoir fait les courses
?
—
Après.
Il
regarde sa montre puis m’informe qu’on peut déjà y aller. Je récupère
uniquement mon téléphone. En chemin, il me demande de dresser une liste. Est-ce
que je sais ce qu’il a l’habitude de manger chez lui ? Nous n’avons pas du
tout les mêmes habitudes alimentaires. Là où moi j’achète des ailes de dinde,
des ailes de poulet, des cuisses et autres, lui consomme des aliments aux noms
compliqués.
Pour
contourner le problème, je lui demande plutôt ce qu’il aimerait manger. Il me
cite des côtes d’agneau, des filets de bœuf, des gambas, du filet mignon, du
poisson d’eau douce, etc. Je note tout dans le bloc-notes de mon téléphone.
Nous
allons au CKDO du carrefour Gigi. Il me demande de l’attendre
quelques minutes, le temps de faire un retrait au guichet automatique.
J’acquiesce. Je patiente donc quelques instants et, à son retour, nous entrons
dans le magasin. Je prends le caddie à sa demande.
Au
lieu de se diriger directement vers les rayons qui nous concernent, il m’emmène
d’abord dans celui des cosmétiques. Là-bas, il me demande de choisir une crème,
un parfum, une eau de toilette, des peignes et des produits pour les cheveux.
Au
comble de la surprise, je le suis. Je ne m’y attendais pas du tout et je ne
sais même pas quoi choisir. Ne vous moquez pas de moi : je n’ai pas
l’habitude d’acheter ce genre d’articles dans ce type de magasin, je vais
plutôt chez les Libanais du quartier. Je lui demande s’il peut m’aider à faire
mes choix, mais il me répond non, qu’il n’est pas une fille et qu’il ne connaît
pas grand-chose à nos produits.
Nous
faisons alors appel à la rayonniste du rayon, qui me conseille. Je remarque les
regards qu’elle lance à Calvin. Pourtant, en la voyant, il est évident qu’elle
est bien plus âgée que lui.
—
Pour les produits de cheveux, vous souhaitez des défrisants ou juste un
shampoing ? demande-t-elle d’une voix mielleuse en le regardant.
— En
principe, c’est à elle que vous devez vous adresser, répond Calvin en souriant.
Je n’y connais rien.
—
Vous avez raison, dit-elle en lui rendant son sourire.
Elle
pose la main sur mon épaule.
— Ma
puce, excuse-moi, j’avais complètement oublié que c’était pour toi. C’est juste
que comme ton grand frère est là, je pensais que c’est lui qui déciderait à ta
place.
Je
regarde sa main sur mon épaule avant de lever les yeux vers elle. Ton grand
frère ? Qui est le frère de qui ? Quand elle nous regarde, on se ressemble ?
Je
m’apprête à répondre mais Calvin me devance.
— Si
elle prend du défrisant, ses cheveux auront-ils encore la même texture au
toucher ? demande-t-il en mettant une main dans mes tresses, toujours souriant.
Je lui touche beaucoup les cheveux quand on couche ensemble.
Elle
fronce les sourcils et retire sa main de mon épaule.
—
Coucher dans quel sens ?
—
Quand je la baise, répond-il directement en la fixant dans les yeux avec un
sourire.
Elle
écarquille les yeux.
—
J’aime bien tenir ses cheveux quand je la prends dans certaines positions,
ajoute-t-il en caressant toujours ma tête, et j’aimerais savoir si ses cheveux
auront la même texture.
Elle
paraît un peu déconcertée et nous regarde à tour de rôle. J’aurais sûrement été
gênée qu’il parle ainsi dans d’autres circonstances mais aujourd’hui, ça me
plaît tellement que je souris.
—
Désolé si ma question vous dérange, ajoute Calvin sans être le moins du monde
troublé.
—
Hum-hum… Euh… non, pas du tout, répond-elle en se raclant la gorge. Et pour
votre question, non… ils n’auront plus la même texture, mais plus lisse.
Calvin
se tourne vers moi.
— Je
ne pense pas que ce soit ce que tu veux, petite sœur ?
—
Non, grand frère, réponds-je amusée. Je ne veux pas défriser mes cheveux. Je
veux juste les laver.
—
Moi aussi, j’aime mieux cette texture, dit-il en secouant légèrement sa main
dans mes cheveux avant de tirer dessus.
—
Nous sommes en public, Cal, dis-je en repoussant sa main avec un sourire.
— Je
veux juste me rappeler la sensation que ça fait quand je te saisis les cheveux
pendant une levrette, réplique-t-il en souriant.
Je
me pince les lèvres pour ne pas exploser de rire devant le visage de cette
femme. Calvin et le vice, il n’y a pas deux. Sa main glisse le long de mon dos
jusqu’à mes fesses qu’il presse sans aucune gêne pendant qu’elle nous regarde,
visiblement choquée.
—
Calvin ! dis-je en repoussant sa main.
— Je
sais que tu aimes ça, répond-il avec un large sourire. Sache que dès qu’on sort
d’ici, je te baise dans la voiture.
On
se regarde dans les yeux, sourires aux lèvres. Il me saisit par la taille et
m’embrasse sur la bouche. C’est le raclement de gorge de la femme qui nous
ramène sur terre.
—
Désolé… dit Calvin en souriant. C’est juste que ma petite sœur m’embrouille
souvent.
—
Peut-on revenir aux produits ? demande-t-elle d’un ton plus distant.
—
Bien sûr, répond-il en retirant ses mains de moi. On vous écoute. Vous nous
conseillez quoi ?
— Un
shampoing à base de collagène pour fortifier le cuir chevelu et un
après-shampoing, répond-elle toujours distante.
Elle
nous guide dans le rayon. Jusqu’au bout, elle garde ses distances. Nous prenons
tout ce qu’elle nous suggère et la remercions. Nous changeons ensuite de rayon
pour aller aux condiments. Devant mon hésitation à choisir certains articles,
il s’en charge lui-même.
Il
fait de même au rayon des surgelés, où il prend plusieurs produits qu’il avait
cités dans la voiture. Il ajoute aussi une palette d’eau et des pâtisseries
pour le dessert, puis nous passons en caisse. Les quelques articles que nous
avons pris là s’élèvent à près de cent mille. Mon cœur se met à battre plus
fort. Le marché du mois à la maison n’atteint même pas quarante mille.
Nous
récupérons nos achats et allons les ranger dans le coffre. Nous ne repartons
pas tout de suite : nous faisons un détour par le petit marché aux
alentours pour acheter des pommes de terre, des patates douces, des bananes et
du manioc. Il règle et, cette fois, nous retournons à la résidence.
Une
voiture est garée devant notre emplacement, l’une de celles qu’il a l’habitude
de conduire. Je le regarde, inquiète.
— Reste
dans la voiture, dit-il en garant.
—
D’accord.
Il
retire sa ceinture et descend du véhicule. Il va rentrer dans la barrière, il y
passe une vingtaine de minutes et ressort avec son père. Je me baisse pour ne
pas être vue.
— Au
plus tard mardi, tu dois être rentré, annonce la voix d’homme à Calvin. Tu
passeras les trois derniers jours en famille et on réglera le souci avec ta
mère.
Il
ne répond pas.
—
J’espère que tu as compris ce que j’ai dit ?
—
Oui.
—
Ok.
J’entends
le bruit des portières qui se déverrouillent, une portière qui s’ouvre puis se
referme, le démarrage d’une voiture, des grincements de roues, puis plus rien.
Calvin cogne à la vitre, je me redresse. Il va ouvrir le coffre pour prendre
les courses. Je descends et l’aide à les transporter.
J’ai
énormément de questions en tête, mais je sais qu’il ne me répondra pas si je
les pose. En dehors des noms et des visages, je ne connais rien de sa famille,
il n’en parle quasiment pas. À part quelques mentions comme ‘’mon père a dit
'’, ‘’mon père a fait '’ ou ‘’mon père a ramené telle chose '’, il ne dit
rien. Son frère et sa sœur, pour les avoir vus en photo, ont de forts traits de
ressemblance avec lui et, niveau visage, ils tiennent de leur père. Pour le
teint, c’est celui de leur mère, une femme métisse. Leur père est clair, mais
eux le sont encore plus que lui. J’avais déjà dit que Calvin ressemblait à un métis
à cause de sa couleur de peau très claire.
Nous
déposons les courses dans la cuisine et il m’aide à les ranger. Menu du jour :
côtelettes d’agneau à la crème fraîche et purée de pommes de terre. D’après ce
que monsieur veut manger… mais est-ce que l’enfant du bon Dieu sait préparer ce
genre de repas, Seigneur ? Je vais rapidement sur YouTube pour voir
si je trouve une vidéo. Par chance, il y en a une. Il la regarde avec moi,
l’air amusé.
Ce que
j’aime chez Calvin, c’est qu’il a conscience que nous venons de deux milieux
différents et que je suis ignorante sur un tas d’aspects concernant son mode de
vie. Il se moque souvent de moi, mais ce n’est ni méchant ni rabaissant. Par la
suite, il m’apprend à faire ou me suggère une méthode d’apprentissage. C’est
lui, par exemple, qui m’avait parlé de YouTube, en me disant que c’était
une bonne plateforme gratuite pour apprendre sur plein de domaines et qu’il y
avait des tutoriels faciles à reproduire.
Nous
regardons la vidéo et je prends des notes. Je vais ensuite à la cuisine pour
mettre en pratique. Il m’assiste, fait des commentaires jusqu’à la fin, goûte
et me dit que ça se défend. Nous laissons reposer puis partons pour la
terrasse. Je prends un coussin que je pose au sol pour m’asseoir dessus, lui
s’installe sur la chaise. Nous défaisons mes tresses tous les deux. Il va même
nous chercher à boire dans le frigo. Nous passons une heure et demie dessus,
puis il me fait le shampoing. Nous revenons ensuite au salon, moi avec une
serviette sur la tête.
— Tu
feras des tresses aujourd’hui ou demain ? demande Calvin.
—
Qui va me tresser ici ? Je vais les faire quand je vais rentrer à la maison,
réponds-je.
— Tu
veux les faire aujourd’hui ou demain ? insiste-t-il.
Je
reste silencieuse. Il arque un sourcil.
—
Demain, le temps pour moi de laisser mon cuir chevelu se reposer, dis-je enfin.
—
Les salons de coiffure pour femme ouvrent dimanche ? demande-t-il.
— Je
ne sais pas, réponds-je.
— On
va vérifier. Si tu es disposée, je veux manger.
—
Ok.
Je
rallume les feux le temps de dresser la table puis je dispose. On se lave les
mains et on mange dans une ambiance paisible. On débarrasse après ça, c’est lui
qui fait la vaisselle. Je vais retirer le linge que je plie, il me rejoint.
— Tu
ne vas pas repasser ? demande-t-il.
—
Euh… non. Je comptais aller les ranger après avoir plié, réponds-je.
Il
me regarde.
— Ne
plie pas les miens, je vais les repasser avant de les ranger, dit-il.
Il
retourne dans la maison. Ça, c’est pour me dire quoi ? Ce n’est pas comme
si je portais des vêtements froissés. Je repasse toujours mes habits. J’enlève
tout sans plus les plier, je vais les poser au salon et j’entreprends de les
repasser.
Il
sort de la chambre et me regarde, je suis sur l’une de ses chemises. Il se
rapproche, m’observe faire. Je ne sais pas pourquoi je deviens nerveuse, comme
si c’était ma première fois de repasser un vêtement. J’insiste plus que la
normale pour retirer les plis. Quand je juge que c’est bon, je la soulève pour
bien l’inspecter à la lumière du jour. Dans le fond, c’est son approbation que
je recherche.
— Je
t’apporte des cintres, déclare-t-il.
Il
me les emmène. Je cintre et j’accroche aux vitres de la fenêtre. J’en prends
une autre qui subit le même sort, et ainsi de suite. Il me délaisse pour
s’installer sur le canapé après avoir mis un film. Je regarde la scène et je
m’imagine comment on sera dans notre maison quand on sera mariés. J’imagine à
quoi pourraient ressembler nos enfants et la vie de famille que nous aurions.
Seigneur, si seulement ça pouvait être le cas. Je me verrais bien être sa
femme.
Je
passe une heure à repasser, c’est lui qui range les vêtements et me fait même
de la place dans le placard. Je récupère la crème pour les cheveux ainsi que
les peignes et je vais à la terrasse. J’ôte la serviette, je touche pour
vérifier s’ils ont bien séché, c’est le cas. Je les démêle aux doigts pour y
mettre la crème. Mes cheveux m’arrivent au niveau des épaules et sont assez
touffus.
— Tu
veux boire un truc ? me demande Calvin.
— Tu
as dit que je ne dois pas faire les mélanges.
—
Ok. Je fais un tour rapide. Si tu as des besoins, c’est le moment de me le
dire.
— Ça
va.
Il
me dépasse et sort de la maison. J’entends le moteur de la voiture ensuite il
s’en va. Il revient une vingtaine de minutes avec une palette de bières, deux
mousseux et un grand pot de glace qu’il pose devant moi.
—
Merci.
Il
rentre sans me répondre pour revenir me trouver avec deux cuillères. Il me
laisse terminer les civils sur ma tête, vu que j’étais déjà à la fin, puis il
ouvre le pot que nous prenons ensemble. Il me repose des questions sur mes
démarches administratives, me demande si j’ai des prévisions pour mon
installation à Franceville si j’y vais et comment je compte vivre
là-bas. Je lui dis que je compte principalement sur la bourse de l’État et que,
sur place, peut-être, je chercherai une activité à faire. Il me demande mon
plan de survie avant la bourse, je lui avoue que je n’en ai pas. Il m’écoute
attentivement, puis nous changeons de sujet. Le jour tombe ainsi.
La
soirée est paisible. On descend une bouteille devant un film, on grignote, on
se douche et c’est le lit. À part une séance de câlins et quelques bisous, il
ne se passe rien.
Le
dimanche matin, le réveil est doux. Des câlins, des bisous, le bain, le petit
déjeuner, puis nous sortons à la recherche d’un salon de coiffure pour femme.
On le trouve vers Delta. Je demande à faire une barrette de civils
devant avec des couettes sans fil derrière. On nous demande quatre mille, il
paie et me dit qu’il va aussi se coiffer ailleurs, que lorsque j’aurai terminé
je lui ferai un message ou l’appellerai. J’acquiesce. Il s’en va.
La
dame me fait ce que j’ai demandé en me laissant tomber deux tresses de chaque
côté vers l’avant, sur lesquelles elle met des perles. Elle rajoute de petites
décorations sur la barrette de civils. Elle plaque légèrement les cheveux du
devant avec du gel et me propose même de m’épiler les sourcils. Je refuse, en
disant que je ne veux pas enlever les miens pour les redessiner au crayon ou
les tatouer comme je vois certaines filles dehors.
Elle
me rassure en me disant qu’elle ne fera pas ça, juste une structuration.
J’hésite, puis j’accepte. Elle me la fait et, voyant que j’apprécie, me propose
une mise en beauté simple, gratuitement. J’hésite encore, car je ne l’ai jamais
fait. Elle m’encourage, me disant que je ne perds rien à essayer et que, si ça
ne me plaît pas, on enlève. Je me laisse faire.
— Je
ne sais pas pourquoi, dit-elle souriante, mais quand je te vois, je me sens
inspirée. Tu es belle au naturel, je veux voir ce que ça va donner avec un peu
de maquillage.
Je
lui souris faiblement. Elle sort quelques produits et me les applique sur le
visage, je ne connais même pas le nom de ces articles. Elle me met une pâte marron qu’elle appelle le fond de teint, puis
elle rajoute une poudre. Ensuite, elle applique des fards à paupières, un trait
noir au niveau des yeux dont je n’ai pas retenu le nom, un spray qu’elle
asperge sur mon visage et un léger rouge à lèvres rosé. Elle me sourit et
tourne ma chaise vers le miroir.
J’écarquille
les yeux devant le résultat. Je ne me reconnais pas. Enfin si, on voit bien que
c’est moi… mais en mieux. Je suis belle.
— Tu
aimes ? demande-t-elle, souriante.
—
Oui, dis-je timidement.
—
Appelle ton chéri, me lance-t-elle.
Je
la regarde.
—
Mais appelle, tu as fini, insiste-t-elle, amusée.
— Je
ne peux pas sortir comme ça, les gens vont me regarder, réponds-je.
— Tu
as quel âge ?
—
Dix-sept ans.
— Et
tu as le gars qui te paie déjà les coiffures au salon, c’est quoi qui te
dépasse encore?
Je
reste silencieuse.
—
Vous faites, non ? demande-t-elle, taquine.
Je
la regarde, gênée.
— Si
tu me dis que c’est faux, je te dirai que tu es une menteuse. Forcément, vous
faites. Moi-même là, j’avais mon petit copain, ce rigolo là aussi, à quatorze
ans et on faisait bien même. Pour toi-même t’emmène au salon, hein. Pour nous
là, rien. Il me faisait cadeau derrière les maisons, le maboulisme de
l’enfance. Aujourd’hui là quand je le regarde même, je me demande ce que je suivais.
Je ris.
— Je
te jure mon bébé, ne ris pas. Avant j’étais trop bête. Je n’avais pas le choix
pour voir quelqu’un qui pouvait quand-même te faire quelque chose de bien. Voilà
pour toi là, il t’emmène au salon, ça veut dire qu’il peut te donner même cinq
mille pour acheter ta garniture. Il te paie ça, non ?
J’acquiesce.
— Voilà. C’est ce que je disais. Il ne te fait
pas cadeau. Donc tu n’as pas à avoir honte là. Appelle ton chéri, il viendra te
voir.
Je
fais un message à Calvin pour lui dire que j’ai fini.
Calvin :
Ce n’est pas trop tôt, je pensais que ça ne finirait jamais.
Calvin :
J’ai même eu le temps de me prendre une bière après chez le coiffeur.
Calvin :
Je me mets en route, j’espère au moins que ça vaudra le temps pris. Accorde moi
cinq minutes.
Moi :
Ok.
Je
continue à parler avec cette femme qui est dans la vingtaine, il n’y a pas de clients
alors elle me raconte ses mésaventures et on échange même de numéro. Calvin me
fait un message.
Calvin :
Je suis dehors.
Je
me lève, dis au revoir et m’en vais avec le cœur battant. Je monte dans le
véhicule sans le regarder, il parle au téléphone et a sa tête tournée vers sa portière.
Au moment où je mets la ceinture, il tourne la tête dans ma direction. Nos regards
se croisent, il écarquille les yeux.
— Je
te rappelle, Yo, dit-il à la personne au téléphone.
Il
pose le téléphone, se décale sur le côté pour bien me regarder…
[1]
Journal papier officiel.