Le deuil à distance
Ecrit par Corey's
Après le programme, je suis rentrée chez mes parents.
Et une seule idée tournait dans ma tête :
aller aux funérailles.
Je voulais être là.
Je voulais lui dire au revoir, même tard.
Mais ma mère a refusé.
Elle a dit que ce n’était pas une bonne chose
pour moi d’y aller, que cela risquait de me briser encore plus, que je devais
garder mes forces et faire mon deuil autrement, à distance.
Je n’avais pas le choix.
Alors j’ai accepté… à contre-cœur.
Mais à l’intérieur, je me sentais vide.
Comme si on m’avait retiré la seule chance que
j’avais de lui dire adieu.
Et c’est comme ça que j’ai commencé mon deuil…
loin de lui.
La décision avait été prise : je ne participerais pas aux funérailles.
Je devais faire mon deuil à distance.
Pendant que, de l’autre côté, tout se déroulait.
Là-bas, c’était le rassemblement.
Les proches étaient présents, les amis aussi. La
cérémonie était chargée d’émotion, lourde, presque irréelle.
On m’a raconté que tout le monde pleurait.
La sortie du corps avait été particulièrement
difficile à vivre pour ceux qui étaient présents.
Tout le monde était brisé.
Même son ex… était là.
On m’a dit qu’elle s’était effondrée, qu’elle
était inconsolable.
Je n’ai pas pu m’empêcher de penser, avec un
mélange de douleur et de lucidité :
Jusqu’au bout…
elle aussi était là.
Mes sœurs, elles, avaient insisté pour y aller.
Elles ont pris des photos, des vidéos… pour me
montrer, pour que je puisse “être un peu présente” malgré la distance.
Mais rien ne m’aidait vraiment à réaliser.
Je regardais les images, mais mon esprit
refusait encore de comprendre.
C’était comme si tout cela ne me concernait
pas totalement.
Comme si j’étais spectatrice d’une histoire
qui n’était pas encore la mienne.
La seule chose qui finissait par me convaincre… c’était son absence.
Je ne le voyais plus.
Je ne pouvais plus l’appeler.
Je ne recevais plus de messages.
C’était ça, la seule réalité que mon cœur
acceptait.
Alors, petit à petit, j’ai fini par
comprendre.
Il était parti.
Mais accepter n’était pas comprendre.
Et comprendre n’était pas guérir.
Les jours suivants furent difficiles.
Heureusement, mes parents étaient là.
Ils essayaient de me soutenir, de me parler,
de me garder debout quand tout en moi voulait s’effondrer.
Et chaque nuit…
je rêvais de lui.
Encore et encore.
Dans mes rêves, il revenait.
Parfois pour me parler.
Parfois pour me rassurer.
Parfois juste pour être là, silencieux, comme
avant.
Mais ces rêves, au lieu de m’apaiser… finissaient par me troubler encore
plus.
J’avais peur de dormir seule.
Peur de fermer les yeux.
Parce que chaque nuit, je revivais quelque
chose entre lui et moi.
Et chaque réveil était une nouvelle chute dans
la réalité.
Je pleurais souvent, en silence, dans le noir.
Et je levais les yeux vers le ciel, incapable
de comprendre.
— Pourquoi
maintenant ? Pourquoi lui ? Pourquoi comme ça ?
Un matin, alors que je restais plongée dans ma douleur, assise sans vraiment
bouger, mon téléphone vibra.
Un message.
C’était elle. L’ex d’Hadriel.
J’ouvris le message.
Et immédiatement, les mots me frappèrent de
plein fouet.
Ils étaient durs. Accusateurs. Cruels.
Elle m’écrivait :
“Tu es contente
de ce que tu as fait ?”
“C’est toi qui l’as entraîné dans tout ça.”
“Aujourd’hui il est parti, j’espère que tu es
satisfaite.”
“De toute façon, je sais qu’il ne t’aimait pas
vraiment.”
“Avec toi, il ne réfléchissait pas, il était
aveuglé.”
Je restai figée.
Le téléphone dans les mains, incapable de
réagir.
Comme si les mots refusaient de se connecter à
ma réalité.
Je sentis quelque chose se briser à nouveau en moi.
Pas parce que c’était vrai.
Mais parce que j’étais déjà fragile.
Déjà en train d’essayer de survivre à une
perte.
Et là… on venait encore m’accuser.
Je pris une capture du message.
Et sans réfléchir, je le montrai à ma mère.
Puis à ma grand-mère.
Puis à quelques personnes de confiance.
Tous eurent la même réaction.
— Ne réponds
pas.
— Ignore.
— Reste calme.
— Ne te mets pas dans ça.
Mais à l’intérieur, j’étais bouleversée.
Je ne comprenais pas.
Je vivais mon deuil.
J’essayais de me reconstruire.
Et malgré ça… certaines personnes venaient
encore me blesser.
Je me suis assise, silencieuse.
Les yeux perdus dans le vide.
Et je me suis dit, dans mon cœur :
Je suis en
train de me relever… et on continue de me frapper.
Du coup, j’ai fini par avaler tout ça. J’ai laissé passer les messages, les
accusations, les paroles blessantes de cette fille dans ma vie.
Et moi, je continuais à avancer… dans ma
tristesse.
Avec un cœur brisé.