Un adieu inattendu
Ecrit par Corey's
Je restai figée, le souffle court.
En levant les yeux, je vis une silhouette dans
ma chambre.
C’était lui.
Hadriel.
Il était debout près de l’armoire à linge, le
dos tourné vers moi. Immobile. Silencieux. Comme s’il était là depuis toujours.
La faible lumière de la veilleuse rendait la
scène encore plus étrange, presque irréelle. Mon cœur s’emballa.
Pendant une seconde, je crus que je rêvais
encore.
Je me redressai brusquement.
— Mais qu’est-ce
que tu fais là ? Ça n’a pas de sens… Je t’ai laissé à l’hôpital…
Ma voix tremblait entre la peur et
l’incompréhension.
— Comment tu
peux être ici ?
Mais il ne répondit pas.
Il ne bougea même pas.
Il restait dos à moi, fixé sur l’armoire, comme
s’il ne m’entendait pas.
Je sentis une montée d’angoisse.
Je me levai doucement et allumai la lumière.
Il n’y avait plus personne.
La chambre était vide.
Juste moi.
Je restai immobile, le regard perdu, essayant
de comprendre ce que je venais de voir.
Mon cœur battait très vite. J’avais la
sensation que quelque chose venait de se briser dans l’air, sans que je puisse
le nommer.
C’était la première fois que je vivais quelque
chose d’aussi inexplicable.
Je restai longtemps debout, immobile au milieu de la chambre.
Le silence était devenu lourd, presque
étouffant.
Je ne savais plus si je devais avoir peur,
prier, ou simplement essayer de comprendre.
Puis, lentement, je revins m’asseoir sur le lit.
Mes jambes tremblaient légèrement.
Je fixai l’endroit où il se tenait quelques
secondes plus tôt… comme si une réponse pouvait encore apparaître.
Mais la chambre était redevenue normale.
Vide.
Trop vide.
Je me rallongeai doucement, sans vraiment m’en
rendre compte.
Mon regard restait fixé au plafond.
Mon esprit, lui, refusait de se calmer.
Qu’est-ce que
c’était ? Pourquoi lui ? Pourquoi ici ?
Les questions tournaient en boucle, sans jamais
trouver de réponse.
Je fermai les yeux, mais le sommeil ne venait
plus vraiment.
C’était comme si j’étais coincée entre deux
mondes : celui que je venais de vivre… et celui qui refusait de me donner des
explications.
Petit à petit, les pensées devinrent plus
floues.
Les images s’éloignèrent.
Et sans m’en rendre compte, je finis par
sombrer dans un sommeil léger, fragile… presque incomplet.
Puis, le matin arriva.
Un matin différent des autres.
Plus froid.
Plus silencieux.
Je pris mon téléphone machinalement, encore à
moitié perdue entre sommeil et réalité.
Je voulais juste voir l’heure… ou peut-être me
rassurer.
Mais ce que je vis à l’écran changea tout.
Il était décédé.
Le monde autour de moi sembla s’arrêter net.
Je ne criai pas tout de suite. Je ne bougeai pas
non plus. C’était comme si mon corps refusait de comprendre l’information.
Et pourtant… tout devenait clair.
Le rêve.
La sensation étrange de la nuit.
Les prières trop lourdes.
Sa présence dans ma chambre… ou ce que j’avais cru voir.
Tout prenait un sens que je n’étais pas prête à
accepter.
Je me suis assise lentement sur le bord du lit.
Mes mains tremblaient.
Dans ma tête, une seule pensée revenait en
boucle :
On ne s’est même
pas dit au revoir…
Même pas un dernier regard.
Même pas un dernier mot.
Même pas un “prend soin de toi”.
Rien.
Juste le silence. Et maintenant… l’absence
totale.
Je restai longtemps comme ça, incapable de pleurer au début, comme si mes
larmes refusaient de sortir.
Puis, d’un coup, tout est tombé.
La douleur, la tristesse, les souvenirs, les
incompréhensions… tout s’est mélangé.
Et j’ai pleuré.
Pas seulement pour lui.
Mais pour nous.
Pour ce qui n’avait pas été réglé.
Pour ce qui s’était arrêté trop vite.
La journée avait été étrange.
Je me sentais présente physiquement, mais
absente mentalement. Mon esprit était ailleurs, comme bloqué entre ce que
j’avais vécu la nuit et ce que je venais d’apprendre.
Tout tournait dans ma tête : la scène dans ma
chambre, le rêve, les messages, la nouvelle du matin… et tout ce que je n’avais
pas eu le temps de lui dire.
Je restais là, assise, sans vraiment réaliser.
Comme si mon cerveau refusait encore d’accepter
la réalité.
Mon pasteur est venu vers moi, avec d’autres personnes autour.
Ils ont essayé de me calmer.
— Il faut
être forte… ne pleure plus…
Mais rien ne m’atteignait vraiment.
J’ai fini par leur raconter le rêve. Tout ce
que j’avais vu. Tout ce que j’avais ressenti cette nuit-là.
Ils m’ont écoutée en silence.
Puis certains m’ont dit, avec une voix grave :
— Heureusement
que tu n’es pas allée avec lui… sinon peut-être que toi aussi…
Je n’ai pas terminé d’écouter la phrase.
Je n’avais plus la force.